Le petit Poucet…

Le lieutenant Columbo n’en croyait pas ses yeux fripés de cocker… Les huit cadavres étaient pourtant bel et bien là devant lui, soigneusement alignés par ordre de taille… Le père tout d’abord, puis la mère suivie de ses six enfants, du plus grand au plus petit. Il manquait simplement le dernier dans la mare de sang déjà coagulée. Et pour cause, d’après les premiers constats il n’y avait aucun doute ; c’était surement lui qui avait fait le coup…
— On va le retrouver ce p’tit enfoiré… On va le retrouver ça vous pouvez en être certain Barnaby !
Car Barnaby était là aussi. Pour cette affaire hors du commun on avait appellé du renfort d’un peu partout.Et devait pas rester grand monde au 36 quai des orfèvres ou bien à Scotland Yard. Même cette grande folle dingue avec sa chapka constamment visée sur la tête avait fait le déplacement pour voir ce massacre. Le célèbre Sherlock Holmes relevait déjà des indices précieux…
— Chausses du 36 le saligaud… ! Very funny but it’s not usual du 36 pour un serial killer !
— Mais… N’est-ce pas normal à dix ans et demi… ?!
— Ouais… Perhaps…
On avait fait venir des chiens aussi.
Toute une floppée qui vous reniflaient dans tous les coins en remuant frénétiquement la queue. Des bergers belges malinois qui sont toujours les meilleurs pour cela, et tous les spécialistes des chiens-chiens à sa mémère seront entièrement d’accord là dessus. Très intelligents les bestiaux, et bien souvent beaucoup plus que leurs maîtres d’ailleurs d’après les statistiques…
— Chef… L’est surement parti par la forêt… ! Je crois bien que les chiens ont flairé quelque chose…
Nous voilà donc qu’on se barre tous aussi sec et à fond de train dans les bois. Et dans la cabane reste plus que deux ou trois sbires, tout habillés de combinaisons blanches et qui passent des grandes serpillères humides sur le parquet pour nettoyer toute la scène de crime.
Dans la forêt profonde, les gars décident de faire une pause car cela fait déjà trois bonnes heures que l’on courre ainsi, à en perdre haleine, derrière ces putains de clébards. Maigret s’allume une pipe, Barnaby sort sa fiole de whisky old Glenmore et Sherlock son violon pour nous jouer une sérénade tandis que cap’tain Marleau pisse debout derrière un arbre recouvert de mousse.
— Vous croyez qu’il a déjà réussi à passer en Suisse ?
— Possible…
Le chocolat étant très certainement le mobile du crime –on avait retrouvé des boulettes de papier d’alu qui emballe les Kinder-surprise disséminé tout le long du sentier– fallait donc bien se douter que le gamin chercherait forcément à se planquer là-bas, pays de cocagne de la chocolaterie s’il en était.
— Galope drôlement vite ce salopiot… ! Merde… Ils ont la santé à c’t’âge là ! S’il ralentissait un peu la clope maïs le commissaire Bourret cracherait peut-être un peu moins ses poumons aussi…
Vl’a qu’on repart. Faudrait se magner le rondin parce qu’il ne va pas tarder à faire nuit maintenant.
— Z’avez pas entendu… ?
— Quoi… ?
— …Les loups… ! Pas entendu les loups qui hurlaient là… ?!
Canis lupus… Le loup gris commun d’europe…
Notre ami Sherlock, il ne peut jamais s’empêcher de ramener sa science à tout bout de champ. Il en deviendrait presque chiant à force.
Finalement on s’est arrêté dans une petite auberge qui était située au beau milieu d’un clairière. Recommandée par le guide du Routard ce qui ne gâchait rien. L’établissement, tenu par un vieux couple très propres sur eux, ne payait pas de mine mais on a bien bouffé quand même. Et on a bien picolé aussi. Peut-être même un peu trop pour certains car ça s’est terminé en bagarre générale juste aprés le dessert… Columbo qui saignait fort du nez a fini par sortir son flingue, un remington calibre 38 avec une crosse en nacre véritable qu’est toute jolie, et nous a tiré une salve en l’air pour que le calme revienne. De vrais gamins.
Ensuite, on est tous allés se coucher dans le foin. Ça grattouille un peu quand on n’est pas habitué mais on s’y fait assez rapidement surtout lorsque l’on est bien crevés comme nous l’étions. Un sacré roupillon que l’on s’est payé même parce le lendemain matin à neuf heures personne n’était encore debout. Il est vrai que dans notre boulot on a rarement le temps de faire la grasse mat’ alors on en a profité un peu. Et puis l’air de la campagne nous avait fait du bien à tous, qui sommes le plus souvent enfermés dans des bureaux à taper des rapports criminels ennuyeux au possible. Alors c’était l’occasion ou jamais de décompresser un peu.
Bref… On s’est remis en route vers quinze heures, quinze heures trente, après avoir petit-déjeuné et déjeuné dans la foulée. La patronne de l’auberge nous avait préparé une daube aux morilles, qui était sa spécialité, et il aurait été idiot de ne pas en profiter.
Dès le début, on a vu tout de suite que les chiens n’avaient plus du tout la gnaque… Ils commençaient à en avoir plein les pattes surement. Nous aussi, quelque part.
Alors, comme les pauses devenaient de plus en plus nombreuses et longues, le commissaire Navarro, qui était le plus âgé d’entre nous mais aussi le plus ancien dans le grade le plus élevé, a décidé de tout arrêter. Mais à vrai dire un peu la mort dans l’âme tout de même parce que c’est malgré tout un sacré professionnel le père Navarro quoi qu’on en dise dans le télé Z de la semaine dernière.
— Bon… Je crois qu’on va laisser tomber les gars… Parce que sur la tête de ma mère, la vérité que ce n’est pas humain de faire endurer ça à ces pauvres chiens… !
Un bus bien climatisé est venu nous chercher rapidement pour ne pas avoir à se retaper toute la traversée de la forêt profonde. Sur le retour on a chanté tous en chœur « Plus vite chauffeur ! » et l’ambiance était vraiment au top. Sherlock a joué de son instrument et la Marleau, qu’est pas bégueule pour un sou celle-ci, nous a fait un stripe dans les règles de l’art. Alors vrai que l’on s’était bien marré, et comme a dit Barnaby, lui qui se fait toujours drôlement chier à la maison avec sa femme qui n’en rate pas une pour lui casser les pieds, pour ne pas dire autre chose de beaucoup plus vulgaire ; —il faudrait que l’on recommence l’expérience plus souvent non… ?! »
Retour donc à la cabane sanglante en fin de journée où pendant notre absence, les petits gars de la propreté scientifique avaient bien bossé, et tout nettoyé du sol au plafond. Sur qu’on y voyait beaucoup plus clair maintenant dans cette histoire. Et surtout qu’ils avaient finalement retrouvé le petit criminel bien caché dans un placard à balais…
— L’aurait fallu peut-être mieux fouiller le baraque… qu’a sorti l’inspecteur Harry que l’on n’avait pas entendu encore jusque là mais qui cause pas très bien le français non plus, il faut dire.
Le petit chose de mes deux a avoué tout de suite ses horribles crimes ce qui nous a permis de gagner pas mal de temps pour résoudre l’affaire surtout que l’on était un vendredi soir, et qu’évidemment personne ici n’avait envie de faire des heures sup’ une veille de week-end. On a tout de suite fêté ça comme de bien entendu en ouvrant quelques bonnes bouteilles de champagne millésimées que l’on a trouvé dans la cave et où il y avait également un ogre qui se planquait bien dans le noir, et depuis pas mal de temps…
Mais ceci est une autre histoire…

Trés librement inspiré du conte… Et texte proposé également dans un défi d’écriture (Babelio.com) mais n’ayant pas rencontré beaucoup de succès non plus…

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