Au vent mauvais.

Petit poème du matin, mais qui ne vous remontera pas forcément le moral… !

Paroles en l’air, promesses alléchantes
D’incontinents vieillards ; sombre hécatombe
Pourtant nous n’irons pas pleurer sur vos tombes
La douleur qui serre les cœurs, oppressante…
Nous n’irons pas…
Au vent mauvais d’avril, flotte bel étendard
de mon pays cloîtré, le servile sujet
Et qu’une seule balle dans son barillet
Suffirait pour lui faire péter le testard… !
Nous n’irons pas…

Madame Soleil-Salgrenn !!!

Pour toutes celles et ceux d’entre-vous qui ont bien rigolé en lisant mon post intitulé : « Monsieur Bricolage » paru le 16 mars : voici la retranscription d’un article paru aujourd’hui même sur le site Web de la chaîne d’info LCI…

Quant à moi : demain, c’est décidé, je vais vous lire les lignes de la main !

RECONVERSION TECHNOLOGIQUE

Spécialiste de l’aspirateur sans sac, Dyson a conçu en un temps record un respirateur artificiel. James Dyson, inventeur et fondateur de l’entreprise, a expliqué avoir reçu une commande du gouvernement britannique pour 10.000 appareils afin d’épauler le National Health Service.

« Un respirateur artificiel prend en charge un patient qui n’est plus en mesure de respirer naturellement, et malheureusement, il y a actuellement une pénurie importante, au Royaume-Uni comme dans le reste du monde », a expliqué James Dyson.

Baptisé CoVent, ce respirateur artificiel inédit peut être « fabriqué rapidement, de manière efficace et en grand nombre », a affirmé l’entreprise. Il promet efficacité et performance dans le stockage de l’oxygène, tout en étant facile à transporter et à utiliser. Il n’a pas besoin d’une alimentation en air fixe. Dyson a expliqué que les appareils seraient disponibles début avril. Il va en offrir 5.000 à l’international. 

Papier Bleu

« Circulez ! Il n’y a rien à voir, rien à raconter, et même rien à entendre, et cela fait maintenant trente-cinq ans que cela dure ainsi… ! »
Mon existence est en réalité une suite monotone de non-évènements. Une vie tout ce qu’il y a de plus lisse, plate, morne, sans aucun accroc nulle part. Une vie drôlement bien rangée en somme.
Enfin… jusqu’à aujourd’hui…
Je suis né un 17 avril. Un jour de l’année tout à fait comme les autres, me direz-vous ? Eh bien, non, détrompez-vous… ce 17 avril n’est pas vraiment un jour comme les autres. C’est le jour idéal pour démarrer une vie complète dans l’anonymat et le rien du tout à signaler. J’aurai pu naître la veille, le 16, comme Joseph-Armand Bombardier, l’inventeur de la motoneige, ou pourquoi pas le lendemain, le 18 donc, comme Laurent Baffie, humoriste français de renom. Mais non, je suis né le 17 avril, seul jour de l’année où aucune personnalité célèbre n’a jamais choisi de naître… C’était déjà un signe.
Puis, une enfance sans problème. Je sais bien que c’est souvent ce que l’on dit pour la plupart des gamins bien élevés, mais cela cache pourtant presque toujours quelque chose de plus ou moins avouable ; dyslexie, énurésie jusqu’à l’âge de cinq ans, onychophagie à la puberté, crises d’angoisse nocturnes, ou bien pire encore, un redoublement en classe de sixième, honteuse balafre indélébile dans un brillant cursus scolaire bien linéaire…
Mais chez moi, rien de tout cela. Le gamin parfait. Jamais un mot plus haut que l’autre, propre à deux ans comme c’est indiqué dans le manuel, le tableau d’honneur et toutes les félicitations du jury. Parfait, et sur toute la ligne que je vous dis. Sans vagues, le gamin, même pas une petite ride sur le lac, alors pliez les voiles, messieurs-dames, et revenez donc demain… !
Et pour la suite du parcours ? Idem, aucun intérêt non plus ! Alors, ne nous attardons pas plus…
Le type a sonné. Comme on était un samedi matin, je devais m’occuper de mon linge sale. Les lessives chez moi, c’est toujours le samedi matin. J’étais donc la tête dans la panière en osier, en train de trier le blanc et la couleur, le coton et la rayonne, la soie et le tergal, lorsque ce type a appuyé sur la sonnette.
« Monsieur Salgrenn… ? Ernest Salgrenn… ?
— Oui… c’est moi… !
— Maître Stone… huissier de justice… Je viens pour l’inventaire avant saisie… !
— … Inventaire… ? Justice…. ? Saisie… ? Stone… ? Mais comment ça Stone… ? Vous êtes de la même famille que cette madame Stone du bureau de tabac ?
— Je ne devrais pas vous répondre… mais oui, c’est ma mère !
— Et pourquoi donc vous ne devriez pas me répondre ?!
— Je ne veux pas lui attirer des ennuis… vous savez… nous , les huissiers… nous ne sommes pas très appréciés par la population… !
— Ah bon… ? Non, je ne savais pas… ! Mais faut dire que je ne lis pas souvent les journaux… »
Il jette un coup d’oeil derrière mon dos.
« Par contre, je vois que vous avez un poste de télévision… un grand écran… Alors, je peux entrer monsieur Salgrenn… ?! »
Je m’écarte poliment. Et il ne se fait pas prier deux fois.
« Dites… Vous auriez tout de même pu vous essuyer les pieds… Je viens tout juste de faire le ménage ! »
Il ouvre sa sacoche en cuir jaune et en sort une grosse liasse de papelards, puis commence à noter des choses fébrilement avec un stylo Bic.
« Nous disons donc… un paillasson en coco tressé… 60 par 40 environ… c’est à peu près ça , hein… ?
— Oui, mon coco… enfin du coco, que je voulais dire… ! Mais ne restez donc pas dans l’entrée, passons dans le living, Stone… Je peux peut-être vous servir un petit café… un sucre ou deux ?!
— Oh non… surtout pas ! Jamais de café, malheureux ! Je fais de l’hypertension ! Mais par contre, un petit Calva, ça ne serait pas de refus… ! »
Je me précipite vers le bar. J’ai un bar très bien garni, cela tombe assez bien.
« Sinon, j’ai du Porto aussi ? Vous ne préférez pas un petit Porto plutôt ? »
Il ne répond pas, trop absorbé déjà à prendre les mesures exacts de mon sofa.
« Roche-Bobobois… le canapé… c’est du Roche-Bobobois ! vous pouvez le noter ça aussi… je l’ai payé une fortune vous savez !
— Vous inquiétez pas, je connais parfaitement mon métier !
— Dites-donc… monsieur Stone… ça m’ennuie un peu de vous demander ça… mais vous m’avez bien parlé d’une saisie tout à l’heure… ?
— Exact… Saisie pour impayés… article 7, alinéa 12 du Code général des Impôts… le petit papier bleu comme on l’appelle dans notre jargon…
— Ah oui… ce fameux petit papier bleu… mais… bon… et arrêtez-moi encore si je me trompe bien sûr… mais une saisie pour impayés… n’est-ce pas uniquement lorsque l’on n’a pas payé quelque chose… ?! »
Il me regarde avec de gros yeux, Stone… Et je me demande du coup, si je ne viens pas de sortir une connerie…
« Évidemment, monsieur Salgrenn ! Vous pensez bien tout de même que nous n’allons pas saisir de pauvres gens qui n’auraient rien à se reprocher… nous avons déjà bien assez de boulot comme ça, croyez-moi… !
— Bien… bien… c’est ce que je pensais, alors… vous allez donc me saisir parce que je dois de l’argent à quelqu’un… ?!
— Oui… Enfin… pour être plus précis ce n’est pas exactement vous … c’est plutôt le gars qui a usurpé votre identité… Lui par contre, il doit un sacré paquet de flouze à pas mal de monde… !
— Ah… Quelqu’un a usurpé mon identité me dites-vous… ?!
— Eh oui, monsieur Salgrenn… mais ne vous en faites pas, cela est très courant de nos jours… vous êtes loin d’être le seul dans ce cas là ! »
Je m’asseois en bout de sofa. J’ai un peu les guiboles qui flageolent et j’entends ma machine à laver dans la buanderie, qui passe maintenant en fin de cycle, mode essorage.
« Et comme on n’arrive pas à le coincer… faut dire aussi que généralement, ils sont très malins, ces gens-là ; ils n’hésitent pas notamment à nous refiler de fausses adresses… alors, c’est donc vous que l’on vient saisir !
— Moi… oui… bien sûr… je comprends mieux… mais… il n’y a pas de recours possible quand même… ? Je ne sais pas… une réclamation à faire d’urgence pour éviter tout ça… parce que c’est bigrement ennuyeux tout de même cette affaire- là… j’avais pas vraiment prévu, moi… ! Surtout qu’on est à seulement deux jours de Noël tout de même… !
— Ben non ! C’est trop tard, monsieur Salgrenn ! Beaucoup trop tard maintenant, la machine administrative est lancée, mon vieux ! Et tout le monde sait que rien ne peut arrêter la machine administrative lorsqu’elle est lancée… non… rien… une vraie locomotive à vapeur… !
— Heu… une petite seconde, maître Stone, excusez-moi, mais j’ai une machine à étendre… ! Je reviens tout de suite, ça ne sera pas long ! La bouteille de Calvados est dans le bar, allez-y servez-vous donc, faites un peu comme chez vous et surtout ne m’attendez pas pour commencer à boire…

Tiens… Vous ai-je déjà causé de ma collection de couteaux de chasse ? Non, je ne crois pas, hein ?

Poudis

Je ne sais pas trop ce que je fais là, ils m’ont finalement traîné de force. Pourtant, je n’avais pas du tout le cœur à faire la fête, ce soir…

— Mais si, allez quoi, viens avec nous, Nénesse… ! Ne fais pas ta tête de mule… Tu vas voir ; cela te changera les idées ! La bringue de l’été, à Poudis, ça ne se manque sous aucun prétexte… !

Flonflons, lampions. Il y a un monde fou. Toutes les tables sont occupées. Ils apercoivent des amis. Alors on se faufilent tant bien que mal, et ils nous font une petite place à coté d’eux. L’orchestre sur son estrade fait un boucan épouvantable, on ne s’entend plus, et l’on doit hurler nos prénoms pour les présentations d’usage…

— Ernest… enchanté !

Je la vois.

Un coup de foudre est la chose la plus merveilleuse qui puisse vous arriver dans une existence. Il a ce pouvoir étrange, inexplicable, de suspendre à la fois le temps qui s’écoule, le monde entier autour de vous , le vacarme le plus assourdissant, votre vie…

Et si je n’aperçois d’elle que son visage, ses yeux, son sourire, mon cœur, lui, sait déjà. Je lui fais répéter son prénom.

— Clara…

Bien sûr, on commande à boire. Les gens bougent, chantent à tue-tête, dansent devant nous sur la place du village. L’air est électrique et l’orchestre fait des fausses notes, mais tout le monde s’en moque. Moi le premier. Car plus rien ne compte qu’elle.

— Alors, comme ça, vous êtes en vacances chez vos amis ?

Elle s’intéresse donc à moi. Je bafouille. J’ai chaud. Besoin d’air. Je cherche péniblement mes mots.

— … Oui… c’est ça… Edith et Jacques m’ont proposé de venir passer quelques jours chez eux… Je n’étais jamais venu par ici… c’est vraiment une belle région !

— Moi, j’étais à l’école avec Edith… On se connaît depuis la maternelle toutes les deux…

Je l’imagine maintenant à sept ans. On nous apporte les boissons, et l’on trinque joyeusement.

— Et vous… vous vivez par ici… ?

Je me sens idiot. Je suis un idiot. Je voudrais déjà tout savoir d’elle. Et puis qu’elle apprenne, elle aussi, tout de moi. Nous avons déjà perdu tant de temps…

— Oui, bien sûr… ! Je suis instit’ à Poudis… mais l’école a bien failli fermer vous savez… !

— Institutrice… ? C’est le plus beau métier qui soit, non ?!

— Oui… peut-être… c’est ce que l’on dit souvent en tout cas… mais il faut tout de même avoir la foi… !

Je voudrais tant lui parler de ses yeux. De ses magnifiques cheveux aussi… Lui proposer d’aller danser, l’embrasser dans le cou, lui chuchoter des mots insensés dans le creux de l’oreille… amour, caresses, étreinte, tendresse, et même fidélité…

Au lieu de tout cela, je ne sors que des banalités… Alors il faut que je me reprenne maintenant. J’ai déjà tellement peur de la perdre.

— Vous êtes mariée… et… vous avez des enfants… ?

Pourquoi toutes ces questions ? Est-ce vraiment bien sérieux ? Qui me permet d’interroger ainsi une jeune femme que je ne connais que depuis quelques minutes ?! Voilà donc que je m’enfonce un peu plus…

— … Non… pas du tout ! Célibataire sans enfants ! Mais pourquoi… cela t’intéresse… ?!

Elle me sourit. Elle est merveilleuse. La musique s’arrête soudain, un speaker monte sur le podium et lance des annonces au micro pour une tombola. Il déclame la liste des lots à remporter : Un voyage pour deux à Venise… une télévison écran plat… un repas gastronomique au restaurant « le Vieux Moulin »…

Jacques se tourne vers moi et me dit en rigolant que je devrai prendre un billet.

— Toi qui a toujours eu beaucoup de veine dans la vie… ! Venise… ça ne te dirait pas un week-end à Venise… ?! En amoureux… !

Il a raison. Je vais acheter un billet, parce que la chance est de mon côté, ce soir, à Poudis…

Finement…

Hier, on me voyait pétant le feu dès l’aube. J’innovais, j’inventais, je faisais, comme bien souvent, quelques plans foireux sur la comète.
Aujourd’hui, je traîne les pieds comme jamais.
J’ai l’impression de peser une tonne et plus. Est-ce la gravité terrestre, ou bien celle de la situation présente, je ne sais. Toujours est-il que je n’avance pas.
Dans « confinement« , et amoureux des mots comme moi ; vous l’avez sûrement remarqué aussi, il y a « finement« … Et c’est vrai : l’on nous a finement pris pour des cons ! Si il n’y a plus de gel hydro-alcoolique en stock, pour la vaseline : aucun problème… !
Comme l’écrivait BHL, que je n’apprécie pas plus que cela malgré sa très grande intelligence*, dans la revue « Le Point » (N° 2134, du huit Août 2013, et que j’avais lue à cette époque dans la salle d’attente de mon dentiste (détartrage annuel)) ;
 » …La question, désormais, est posée. Et il faudra bien que l’opinion éclairée d’abord, puis les pouvoirs publics et les tribunaux, y apportent une réponse claire… »
Sûr, mon lapin blanc, à un moment donné, il va bien falloir nous expliquer tout ce cafouillage…
Bon, on tiendra le coup. J’en suis persuadé. Et l’Humanité s’en remettra assez vite. Les Chinois retrouvent déjà des couleurs. Alors, si aujourd’hui, je pèse une tonne et plus, j’ai malgré tout encore de l’espoir. Mais plus de papier toilette… !

  • *Lire, SVP, ma courte (mais brillante) nouvelle intitulée « ELSA » .
  • Note de l’auteur : dans le texte gravé sur la plaque de marbre (photographie illustrant ce texte) : merci de bien lire « maçon » et non « Macron »…

Monsieur Bricolage.

Il est quatre heures. Du matin.

Oui, je sais, c’est un peu tôt pour vous, mais rassurez-vous, pour moi aussi…
Je ne tenais plus, il fallait que je me lève. Encore l’une de ces maudites idées, qui tournent et retournent sans cesse dans mon ciboulot, et qui m’empêchent de dormir correctement.
Cette fois, j’ai imaginé un détournement… Oh, pas d’inquiétude, rien de répréhensible, il ne s’agit que d’un détournement d’objet. Oui, voilà, je vais transformer mon vulgaire aspirateur Rowenta (1500 watts efficaces) en respirateur médical autonome… L’affaire a germée dans mon esprit assez rapidement en entendant, hier soir, le cri d’alarme du ministre de la santé : « Nous allons manquer d’appareils de respiration pour ventiler les malades… alors il faudra bien faire des choix… ! »
Terrible, non ? Faire des choix, on en fait tous les jours bien sûr, et toute sa vie, mais là quand même, il s’agit de patients qui s’étouffent dans leurs mucosités, monsieur le Ministre…
Bref, Je m’y suis mis dare-dare. Et ça fonctionne ! Suffisait d’inverser le sens des tuyaux et de rajouter une membrane anti-retour. Simple comme bonjour finalement…
Hier, on a décidé (enfin) de nous mettre en confinement. Deux jours après nous avoir incités (menacés, j’oserai presque dire… !) d’aller voter en masse dans des agglutinement citoyens qui empestaient le gel hydro-alcoolique, et tout ceci pour la bonne conscience électorale. Il est vrai qu’il est très important d’avoir un bon maire. Mais cherchez un peu l’erreur tout de même… À l’heure des comptes, qui viendra bien un jour prochain, on entendra sûrement une nouvelle fois : « Coupables mais pas responsables ! ». Je le sais, on nous a déjà fait le coup…
Tenez, en parlant d’erreur, hier, il y a un type, un peu relou, qui m’a proposé (par courriel, sur SCRIBAY) d’écrire un texte érotique avec lui : « … Je me permets de vous contacter car je pense que nous avons un intérêt en commun pour la littérature érotique… ». D’où qu’il nous sort ça, lui ? Je n’ai absolument aucun intérêt pour la littérature érotique ! Absolument aucun…
Je lui ai répondu bien sûr. Et en termes bien choisis, et surtout bien léchés comme j’en ai l’habitude.
« Monsieur Du schmol, je fût fort surpris par votre demande. Apprenez donc, et malgré mon immense talent d’écriture qui me permettrait de toute évidence de m’imposer également dans le genre, que la littérature érotique ne m’intéresse pas. Elle ne m’a d’ailleurs jamais intéressée. D’autre part, j’ai en ce moment bien d’autres chattes à fouetter, et ne serait-ce que cette histoire de bricolage qui me turlupine depuis poltron minette. Et croyez- moi bien, sans entrer toutefois dans les détails techniques, que d’enfourner profondément un tuyau trop souple dans une gorge très encombrée, n’est jamais une partie de plaisir. Et même en lubrifiant bien l’extrémité rigide du suceur ad-hoc… Aussi, je ne prendrai pas de gants en latex, ni n’enfilerai des bas de soie, ni même n’utiliserait toutes les nuances d’expression en ma possession, pour vous dire d’aller vous faire lire plus loin !
À bon entendeur, salut !
Bon, je m’y remets, moi… Je vais tenter maintenant de fabriquer du papier toilette maison… À plus les amis, et soignez-vous bien.

Pour qui, cochonne… le gras ?!

Là, je reviens d’un enterrement.
Et si un enterrement n’est jamais une partie de plaisir, il l’est encore moins un dimanche à un horaire aussi matinal. En toute honnêteté, je serais bien resté au plumard un peu plus longtemps.
J’ai, et depuis toujours, un drôle de rapport avec la mort. Mais surtout avec celle des autres, parce qu’en ce qui concerne la mienne, je suis curieusement beaucoup plus serein et détendu. Pour tout dire ; je m’en fous même un peu pour l’instant.
Je crois que le Monde est devenu fou. Fou. Totalement fou. Dingo le Monde…
J’allume ma téloche. Des types se battent à mort dans un supermarché pour un rouleau de PQ… je change de chaîne. Une dame, à la coupe carrée, et qui est la ministre de la Santé de mon pays, selon le bandeau en bas de l’image, nous apprend qu’elle démissionne de son poste en pleine épidémie mondiale pour se présenter aux élections municipales. Dans l’armée, on appellerait ça une désertion. Et on la fusillerait le lendemain à l’aube…
Je coupe le son. Les images parlent d’elles-mêmes. Et puis je tourne en rond…
Pas la gnaque, aujourd’hui. Petit coup de blues, peut-être même bien. J’ouvre le frigo, histoire sûrement de me rassurer. J’ai besoin d’être rassuré en ce moment. Il est plein à craquer. Beaucoup de yaourts. Et des bières aussi. Me voilà rassuré.
Le téléphone sonne. C’est le voisin. Il s’inquiète. Sa femme tousse. Je lui conseille de faire le 115, ou alors le 112, ou d’essayer un autre numéro au hasard parce que je ne sais plus vraiment quel est le bon. Il s’excuse de m’avoir dérangé. Je lui dis que ce n’est pas grave, au contraire cela m’a fait beaucoup de bien de parler à quelqu’un. Il raccroche.
Et je tourne encore un peu en rond avant de me refoutre devant la téloche. Dehors, il fait beau, mais je n’ai pas du tout envie de sortir. La Ministre est partie. Et les types qui s’entretuaient aussi, alors maintenant on nous donne les derniers chiffres. Ça défile, et me donne un peu le vertige. J’ai des acouphènes aussi, mais là, c’est à cause du stand de tir. On oubliait toujours de mettre les bouchons dans les oreilles, alors aujourd’hui, faut pas non plus s’étonner d’avoir des bourdonnements intempestifs.
Finalement, je me suis assoupi. Devant les chiffres. Preuve que leur effet soporifique est puissant. La nuit est tombée. Déjà. Je n’ai pas vu le temps passer. Et les chiffres sont toujours là, devant moi. Encore plus importants que ce matin. Leurs compteurs s’affolent grave. Je vais me chercher une bière. Et un yaourt aussi.
Le téléphone sonne à nouveau. C’est encore le voisin. Et il s’excuse une nouvelle fois. Sa femme est à l’hôpital. Ils sont venus la chercher tout à l’heure. « Elle aussi, elle l’a chopée cette saloperie, qu’il me dit, et je pourrai même pas aller la voir… Les visites sont interdites… !
Je compatis. C’est bien le minimum que je puisse faire. Et lui propose de venir boire une bière avec moi, cela lui ferait du bien. Il refuse. Ce que je comprends parfaitement. Alors, il raccroche.
Mon yaourt est périmé. Et je repense à l’enterrement de ce matin. Il n’y avait pas grand monde tout de même. C’est encore plus triste un enterrement lorsqu’il n’y a personne. Surtout un dimanche matin…