Chapitre 1. V.S.V (Vol sans visibilité).

J-4. Plus haut. Le matin.

Ce jour comme hier, et probablement comme demain

Et pour toute une éternité…

C’est bien simple, on ne distingue rien aujourd’hui à plus d’une dizaine de mètres de distance dans ces horribles couloirs blafards. Les vapeurs opaques s’immiscent puis glissent lentement jusque dans les moindres recoins. D’insidieuses brumes oppressantes qui nous cernent de toute part et auxquelles personne ne semble pouvoir échapper…

Pourtant, Paul m’a affirmé qu’il nous suffirait de remonter à peine d’un cran ou deux pour se sortir de cette satanée purée de pois. Paul était un bon pilote, un excellent pilote, et peut-être même le meilleur de tous ceux qui se trouvent ici. En tout cas, il est celui qui a provoqué le plus de morts avec une seule et unique bombe, « Little Boy« …

Mais voilà, personne ne l’écoute, notre Paul. Tout le monde se contrefiche même royalement de ce qu’il peut bien raconter, alors nous restons ainsi, flottant mollement, et cela depuis des lustres, dans cette saleté d’ouate cafardeuse…

Ce matin, il y a une réunion. Et, selon la convocation bien en règle, reçue tout à l’heure, bien emballée comme à chaque fois dans un papier cellophane tout froissé et poisseux, il s’agit d’une réunion d’importance : la présence du staff au grand complet étant requise. Obligatoire ou pas, cela en réalité ne change pas grand chose pour moi car j’en suis toujours, étant donné que j’ai été désigné d’office et « ad vitam æternam » pour diriger et coordonner tous les débats. Il y a un certain nombre d’entre-nous que cela ennuie toutes ces fichues réunions que l’on nous pond sans arrêt, et encore plus ces derniers temps où nous y avons le droit au minimum deux fois par semaine. Personnellement cela ne me gêne guère, j’apprécie au contraire cette occasion d’une petite distraction. La seule ici d’ailleurs, si l’on y réfléchit bien…

Notre peine, à tous, passera par l’ennui..

Cela est écrit.

L’ennui, pour toute une éternité…

Je ne sais trop comment je me débrouille, mais une fois de plus, je ne suis pas en avance, aussi, notre salle de réunion se trouvant située à l’autre bout du grand deambularium central, je m’oblige à presser un peu le pas. En chemin, je tombe littéralement sur Jack, qui sort de sa chambre.

Il n’a pas bonne mine… et le fog ambiant, qui doit à l’évidence lui rappeler quelques souvenirs, n’arrange rien pour la couleur du teint. Mais, cela fait maintenant un sacré bail qu’il n’a pas bonne mine.

En réalité, son véritable prénom n’est pas Jack, mais William. William Eleonor Douglas Mac Cockburn. Cependant, tout le monde ici, mis à part moi, l’appelle Jack. Ce qui n’est pas très étonnant en soi, étant le seul a avoir un accès à tous les dossiers personnels, et donc, à pouvoir connaître ainsi la véritable identité de chacun d’entre nous…

Il y a de nombreux autres détails indiqués dans le dossier de William. Comme pour sa soi-disant cinquième victime. Non ! Ce n’était pas lui… ! Il n’a absolument rien à voir avec ce meurtre-là ! Et si ce pauvre Jack le répète pourtant inlassablement à qui veut bien l’écouter, personne pour autant n’accepte de le croire ! Moi seul, ici, sait qu’il ne ment pas et que ce ne peut pas être lui l’assassin de cette petite Ginger, alias Mary Jane Kelly, tout bonnement parce qu’il était déjà parmi nous, deux jours plus tôt, et cela à cause d’une hépatite fulgurante contractée en mutilant la pauvre petite Kate, sa quatrième victime. Alors, non… ce n’était pas lui qui l’avait éventrée, cette pauvre fille !

— Hey… good morning !

— Oui… bonjour, William ! Alors, tu te rends à cette réunion, toi aussi ?

Yes… il parait que le staff au complet est convoqué aujourd’hui… c’est rapport à un grave problème qui se déroulerait en bas. C’est Helmut qui me l’a dit ! Je ne sais pas trop comment il fait celui-ci, mais il est toujours au courant de tout, et bien avant tout le monde !

Son colocataire, Helmut, n’est pas médium, et ne tire pas non plus les cartes, mais dans le sien de dossier, il est inscrit, à la rubrique « occupations diverses« , qu’il aurait bossé comme grand chef à la Stasi pendant des années avant d’arriver là. Alors forcément, je suppose que cela devait l’aider un peu pour être informé avant tout le monde ! Rappelons que la police politique de l’ex-Allemagne de l’Est reste une sacrée référence en matière d’écoute secrète. Il paraît même qu’ils étaient capables d’installer un microphone miniaturisé dans une dent creuse !

Nous voilà maintenant à l’autre bout, devant la porte de la grande salle. Une fois de plus, on a encore tout repeint en blanc par ici, et épinglé ensuite de petits panneaux en carton sur les murs :

«Attention ! Peinture immaculée toute fraîche !»

C’est donc avec beaucoup de délicatesse que je pousse la porte du pied, faisant bien attention de ne pas m’en mettre partout. Comme je le pressentais, nous sommes les derniers, avec William…

Ils sont déjà là. Tous. Sans aucune exception. Et malgré l’habitude, je suis toujours terriblement impressionné…

Ils, ce sont eux : les plus terribles criminels depuis les débuts de l’humanité, assis, là, devant moi, dans cette immense salle de réunion…

2 Replies to “Chapitre 1. V.S.V (Vol sans visibilité).”

  1. Je viens de terminer le chapitre 20 et je n’ai pu me détache de tous ces chapitre. Il y a dans cette histoire un mélange de surréalisme, d’humour noir, de politique fiction proche du délire avec des personnages incroyables.
    Une guerre nucléaire à cause du risque d’extermination d’un oiseau rare, un Président plutôt olé olé, des ministres pas toujours au top à l’exception du Ministre des Armées, une valise nucléaire dont on a perdu le code, un gouvernement entier qui se retrouve à Brégançon et qui y fait la bringue en se foutant des autochtones et de la nature environnante.
    Voilà qui offre un récit plein d’humour dont on ne se détache que difficilement. Chapeau bas pour cet écrit.
    Allez, je te quitte et fonce m’attaquer au chapitre 20 : vont-ils retrouver ce code et faire sauter ces foutus jaunes ?

    Aimé par 1 personne

    1. Merci Trigwen ! Quel bonheur d’avoir un tel retour de lecture ! Un seul lecteur conquis et le monde peut bien s’écrouler autour de moi ! Il reste environ une trentaine d’autres chapitres à venir (et de quoi bien se marrer encore… !) . Amicalement, kénavo, Ernest.

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