Chapitre 5. Un poison nommé Wanda.

J-4. Toujours plus haut. Mais un peu plus tard.

Pschitt ! Pschitt… !

De temps à autre, un petit nuage de brouillard irisé surgit en crépitant par le dessous de la porte d’entrée et Adolph , assis en face de moi de l’autre coté de la table gigantesque, sursaute instantanément sur sa chaise à chaque fois que cela se produit. Ce crétin des Alpes bavaroises porte un énorme bandage autour de la main droite. Une fois de plus il s’est fait mordre par son chien qui ne supporte plus de le voir lever le bras toutes les cinq minutes, et comme dès son arrivée chez nous on avait échangé Blondi, sa gentille chienne berger, contre un Pittbull dressé pour le combat, les lésions étaient toujours assez impressionnantes. D’ailleurs, il ne lui reste plus que deux doigts de valides à cette main…

Avant que Marcel ne me briefe sur les différentes races de chiens, je ne savais pas très précisément ce que pouvait être un Pittbull.

Ce Marcel, qui possédait lui aussi plus bas un spécimen de cette race, et qu’il avait dressé avec un certain talent dans le seul but d’effrayer et de détrousser les petites vieilles de son quartier – juste avant de les égorger avec un rasoir mais très proprement toujours– considérait que ces molosses, véritables boules de muscles, étaient aujourd’hui ce que l’on faisait de mieux, cynophilement parlant, pour occasionner de sérieuses atteintes corporelles à des personnes sans défense. Ses petits yeux vicieux, à ce Marcel, pétillaient de conviction : je l’avais évidemment cru sur parole.

Cela fait maintenant presque une heure que nous sommes dans l’expectative, et pour l’instant la « Daddy Vox » ne s’est toujours pas manifestée à nouveau. Ce qui signifie que nous n’avons pas d’autre élément que ce seul prénom, Maryam, pour tenter de déjouer le scénario effrayant décrit un peu plus tôt. Julius, qui maîtrise de nombreuses langues, dont le Sanskrit et l’Araméen, avait percuté immédiatement en observant ma tête à la lecture de ce prénom.

Lui, comme moi, savons qu’en langue Araméenne Marie se dit Maryam. Mais pour tous les autres présents dans cette salle, il fallut que j’explique un peu mieux la chose. Et cela a fait grincer quelques canines… Beaucoup au sein du groupe n’apprécient pas les Araméens, ou bien encore tout ce qui peut ressembler de près ou de loin à un métèque. Pour résumer, il s’agit donc de la première fois que nous sommes confrontés à un niveau 10, mais également la première fois que l’on nous fournit aussi peu d’indication pour travailler sur notre sujet. Une véritable catastrophe !

Toutefois, cette absence d’éléments de travail, n’empêchait pas les discussions d’aller bon train de part et d’autre de l’immense table ovale…

 » Bon… et alorrre… ? Qu’est-ce qu’on va fairrre maintenant ?!

Ce chieur de Jean-Malpomène commence sûrement à trouver le temps long, mais à l’évidence ce n’était pas lui qui allait nous dégoter une solution au problème ! Avec un quotient intellectuel proche du zéro pointé, et cette envie d’uriner quasi permanente tout ça à cause des amibes qui nagent dans sa vessie, cela faisait au moins deux bonnes raisons pour qu’il ne nous soit absolument d’aucune utilité ! Il n’avait échappé à personne que depuis déjà vingt bonnes minutes, monsieur se trémoussait sur son siège, n’ayant certainement qu’une seule idée en tête : celle qu’on en finisse maintenant avec cette histoire et qu’ainsi il puisse aller se soulager au water-closet situé à l’autre bout du deambularium

— Moi, je dis que si l’on a vraiment rien de mieux a se mettre sous la dent… il ne nous reste qu’une seule solution… envoyer quelqu’un voir en bas ce qui se passe !

Celui-ci, c’est Mario. Et lui, contrairement à cet abruti de Jean-Malpomène , est plutôt du genre bien cérébré! Une intelligence supérieure même, comme malheureusement pas mal de psychopathes…

Oh, oui, un sacré malin, que ce Mario-là ! D’ailleurs, ils s’étaient donné un mal fou pour le choper en bas. Monsieur, qui donnait dans le raffiné en découpant en rondelles bien calibrées de jeunes auto-stoppeuses, les avait fait courir longtemps avant de finir grillé sur la chaise électrique. Il faudrait que je rejette un coup d’œil vite fait à son dossier, mais je crois bien me souvenir qu’il avait eu le temps d’en sacrifier une bonne trentaine de ces malheureuses gamines imprudentes…

Et voilà, c’est reparti ! Ayant trouvé un nouvel os à ronger : les discussions reprennent maintenant par petits groupes. Toutefois cela ne dure pas très longtemps avant que Jean-Malpomène, qui se tortille de plus en plus sur sa chaise, ne reprenne la parole :

— Hé… mais comment ça fairrre descendrrre quelqu’un ?! Ça, jamais fait encorrrre !

— Nein… ! Faux, Jean-Malpo ! …Moi, ich, déjà descendue ! Pendant deux jours, quatre heures, et trente-sept minutes…

Elle, c’est Éva. L’ancienne copine d’Adolph. Enfin, pour être tout à fait précis, je devrais plutôt dire la vraie-fausse ancienne copine d’Adolph, vu qu’en réalité cette Éva-là s’appelait… Wanda ! Et si notre ancien tonton Makoute, tortionnaire de grand talent, avait une excuse pour ne pas s’en souvenir n’étant pas encore avec nous à cette période, pour tous les autres présents en mille neuf cent quarante-quatre, moi y compris donc, nous savions pertinemment de quoi Wanda voulait parler…

Pas d’inquiétude ! Je vais tout vous expliquer…

Comme elle venait de nous le dire de sa si douce voix, qui contrastait tant avec celle rocailleuse de Jean-Malponème, Wanda avait effectivement pris la place en quarante-quatre, de la véritable Éva, la copine d’Adolph . Si cette charmante blonde et grande spécialiste du poison –Ses quatre maris successifs y ayant goûtés chacun leur tour pouvaient en témoigner si besoin était– avait été choisie pour mettre fin une bonne fois pour toutes aux ignobles turpitudes de ce taré d’Adolph, ce fut tout simplement parce que nous avions remarqué qu’elle possédait une réelle et très surprenante ressemblance physique avec la véritable gretchen de München. Pour preuve, notre abominable petit moustachu n’y avait vu que du feu lors de la substitution !

Très prévoyant, il avait pourtant bien organisé sa fuite, histoire de se refaire une santé au plus vite sous des latitudes latino-américaines plus calmes et plus exotiques, mais au lieu de cela les pastilles de sels de cyanure de notre petite Wanda lui avaient laissés, comme qui dirait, un petit goût amer au fond de la gorge… ! Cette opération, « Sucre d’orge« , comme nous l’avions nommée, fut ainsi une réussite totale. Elle nous permit de remporter une nouvelle et éclatante victoire sur les Forces du Mal…

J’allume mon microphone.

— Oui… c’est vrai… effectivement… pourquoi pas… bien sûr, cela serait envisageable… mais… mais… nous enverrions qui, cette fois… ?!

Et là, et peut-être n’allez-vous pas me croire, mais tous les regards se portent sur moi, réalisant dans la seconde même que j’aurais certainement mieux fait de me taire…

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