Chapitre 7. Come-back.

J-4. Plus bas. Début de soirée.

Bruit, lumière vive et surtout cette très forte odeur… d’urine !

J’ouvre les yeux… Un reflet… c’est celui de mon visage, là, comme dans un miroir… mais… mais non, ce n’est pas un miroir… Ce n’est que de l’eau sale au fond d’une cuvette de toilettes !

— Bon, tu vas te décider à sortir de là-dedans, espèce d’enfoiré ?! Je te préviens… à trois, je défonce la porte !… Gaffe… je commence à compter… ! Un… deux… et…

Hé ! Oh ! Minute, papillon !

Je me relève. Et je pousse le verrou… Clic ! Et je me retrouve face à une grosse boule noire ! Une gigantesque boule noire toute pleine de muscles !

— Merde, alors ! Mais qu’est-ce que t’as branlé là-dedans ?! … Et ça vient d’où cette odeur de brûlé ?! … Tu sais que t’as déclenché l’alarme incendie, Ducon… alors t’as fais crâmer quoi dans ces gogues ?!

— …Crâmé… ? Mais non… rien… rien fait crâmer moi ! Dites… on est où là ?!

Le musclor black semble assez surpris par la question.

— On est où ?! Ok… ça va… j’ai compris ! Tu t’es envoyé ta dose ?! C’est ça hein… ? Vous nous faites ièche maintenant avec toutes ces saloperies que vous vous enfilez dans le carafon !

— Non… attendez… sérieusement… s’il-vous plaît, monsieur… on est où là ?!

— Dans des chiottes ! Ça se voit pas peut-être ?!

— …Si… enfin je dirai plutôt que ça se sent ! Bon, c’est entendu, des toilettes… mais elles se trouvent où exactement vos toilettes ?!

— Oh, toi, tête de cul, on dirait bien que t’as un peu trop chargé la mule ce soir ! Et c’est pas bien ça… pas bien du tout même ! Voilà qu’tu sais plus où tu crèches maintenant ?! Alors écoute bien, mon pote… t’es au Paradise, là ! Au Paradise !

— Hein… ?! …Le… comment ça le Paradis ?! C’est quoi cette blague ?! Vous étes bien sûr de vous ?!

— Un peu que j’en suis sûr ! Ça va faire deux ans que je bosse ici ! Mais tu vois, on dit plutôt le Paradise, parce que tu comprends en English, c’est plus fun pour un cabaret !

— Un cabaret… ?! Comment ça un cabaret ?!

— Ben oui, un cabaret ! Avec un joli spectacle, pendant lequel on picole, et on bouffe, et puis après vers minuit, minuit trente, on enlève vite fait toutes les tables, et du coup, ça fait boâte aussi…

— …Boâte… ?

— Ouais, c’est ça ! C’est comme une discothèque, ou bien un night-club si monsieur préfère ! Des endroits bien sympas, où l’on écoute tranquillement de la zique, et puis des fois, on y danse un peu aussi ! Alors, c’est bon là ?! Tu vois mieux de quoi j’veux causer ?!

— …

— Ok, alors maintenant : sortie du train d’atterrisage, tu te poses en douceur, et ben ouais, t’es déjà en bout de piste, mec ! Finish le vol plané ! Te v’là arrivé à destination… ! Saint Trop, tout le monde descend ! Parce que tu vois j’ai pas qu’ça à foutre, moi, que de taper la causette avec des cassos dans ces putains de chiottes qui puent la mort !

— Saint Trop… ? …Vous voulez dire qu’on est à Saint-Tropez… ? Ce petit village qui se trouve dans le sud de la France ?! Mais… qu’est-ce que je fais ici, moi… à Saint-Tropez ?!

— Tiens, en v’là une de bonne question ! Et surtout dans cet état ! C’est quoi aussi cet accoutrement ?! Merde, il est où le concept vestimentaire, au juste ?! T’es venu en dromadaire ou quoi ?!

— Hein… ? Quel accoutrement ?! Ça ?! …Mais monsieur… ceci est une djellaba !

— Ouais… et pieds nus en plus ! Là, faut vraiment que j’engueule Jimmy, j’me demande bien comment t’as pu passer à travers le filtrage à l’entrée ?! Putain d’enfoiré ! C’est tenue correcte exigée ici, mon poto ! C’est pourtant bien marqué en gros sur le panneau ! Ouaiche, pas en Arabe, ça c’est vrai !

— Mais… je ne suis pas du tout Arabe, monsieur… je suis…

Je n’ai pas le temps de finir ma phrase qu’un autre type, en costard bleu à paillettes, celui-là, passe sa tête par la porte d’accès aux toilettes.

— Nom de dieu ! Mais qu’est-ce que tu fous là, Brice ?! Y’a le patron qui te cherche partout !

Il m’aperçoit.

— Ah… tiens… vous êtes là vous aussi ?! J’comprend pas bien… votre assistante vient de me dire, y’a pas cinq minutes, que vous ne pourriez pas venir ce soir ?! Bon, c’est pas grave, tant mieux après tout si vous êtes venu, mais faudrait voir à remonter rapido maintenant, parce que ça va pas tarder à être à vous, mon vieux !

Le malabar noir est surpris. Mais, certainement pas autant que moi !

— Attends un peu ! Comment ça… ? Tu connais ce type, toi ?!

— Ben oui ! c’est le fakir ! Ça se voit, non ?! C’est le mec qui doit faire son show à minuit… et son assistante est déjà là-haut… Bon, allez hop, mes chéris ! Ça me regarde pas après tout ce que vous foutiez là tous les deux, mais maintenant on n’a plus vraiment le temps de se tripoter la nouille dans les chiottes ! Alors vous, l’artiste, suivez-moi ! Et toi, Brice, file immédiatement voir le patron ! Je sais pas ce que tu as pu faire encore comme connerie, mais il a pas l’air content du tout !

Bien vite convaincu que ce n’était certainement pas dans ces toilettes –très mal entretenues au demeurant– que j’allais me donner une chance de sauver l’humanité… et n’ayant d’autre part aucune marge de manœuvre pour tenter un repli stratégique, j’emboite le pas de ce type en costard à paillette…

C’est dans une semi pénombre, que nous remontons quelques escaliers, pour nous retrouver ensuite dans une salle remplie de gens, tous attablés face à une scène, sur laquelle à l’intérieur d’un immense bassin en verre rempli d’eau se tortille langoureusement une fille… à moitié nue… ! Mais, plus surprenant encore, dans ce même bassin nage avec elle un crocodile d’environ trois mètres de long !

— Elle, c’est Frida… bien gaulée, hein ?!

— Hein… ?! Oui ! Mais… elle ne respire jamais ?!

— Si, mais pas souvent ! Elle peut tenir comme ça, au fond, pendant plus de cinq minutes ! Un sacré coffre, la gamine !

— Cinq minutes ?! Ah ouais, quand même ! Et le crocodile… ?!

— Ah, lui ? C’est Raymond ! Mais c’est pas un croco… c’est un alligator ! Bon, faudra vous magner le rondin pour vous préparer, parce qu’après son show à Frida, y’aura seulement dix minutes d’entracte, et ensuite c’est à vous !

— …Oui… bien sûr… s’il le faut vraiment !

— Hein… ?

— Non, rien ! Aucun soucis… je vais me magner le rondin, comme vous dites !

Nous nous faufilons derrière la scène, puis longeons un couloir très encombré de divers matériels, nous retrouvant enfin devant une dernière porte sur laquelle est inscrit : « Privé »…

— Voilà… c’est ici les loges ! Alors on est bien d’accord tous les deux, dans dix minutes sur scène, c’est bien compris, hein ?!

Et il s’éclipse dans la foulée, me laissant seul. J’attends quelques secondes, un peu indécis, puis je me décide tout de même à frapper deux petits coups timides sur cette porte légèrement entrebaillée…

— Ouais ! C’est qui… ?! Entrez ! Mais bon sang, quoi… entrez donc !

Alors, j’entre…

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