Chapitre 18. Midnight blues.

J-2. Plage de Brégançon. Très très tôt.

L’incendie a démarré vers deux heures trente environ…

C’était bien beau à voir, alors au début tout le monde sur la plage a imaginé qu’il s’agissait du bouquet final de ce magnifique feu d’artifice que Jean-Lain nous avait concocté aux petits oignons…

Puis, les bouteilles de gaz des barbeuques ont explosé les unes après les autres… Mais c’est surtout lorsque les premiers grands pins maritimes s’enflammèrent en torche que nous comprîmes finalement que ce n’était peut-être pas ça du tout !

Le pin, ça brûle bien. Et assez vite. Et encore plus en plein été quand il est bien sec…

L’alcool aidant, il n’y a pas véritablement de panique. Les gens restent très calmes. Si ce n’est notre Jean-Lain, qui n’ayant peut-être pas bu autant que la plupart d’entre nous, court dans tous les sens en criant au feu… !

Fort heureusement, les secours arrivent très vite, toutes sirènes bi-tons hurlantes, mais comme les Canadairs ne peuvent pas intervenir en pleine nuit, un gradé en chef de la Sécurité Civile du coin nous déclare, du haut d’un marche-pieds d’une jolie Land-Rover rouge-orange vif, et sur un ton tout empreint de cette remarquable et stupéfiante sérénité que l’on rencontre uniquement chez un type bien aguerri maîtrisant parfaitement une situation de crise :

« …Ben, écoutez-moi donc, Messieurs-dames… dans ces conditions, y’a qu’à laisser cramer tout ça tranquillement jusqu’à demain matin ! Et si ça se trouve… ça s’arrêtera tout seul ! »

Preuve sans appel qu’ils ont un moral à toute épreuve nos braves pompiers et tous nos petits gars de la Sécu Civile, et qu’il en faut assurément bien plus que deux ou trois cent hectares de forêt dévastés pour les abattre.

Du coup, notre petite bringue on the beach se termine un peu en eau de boudin, et tout le monde rentre finalement se coucher paisiblement. Comme cela a déjà bien brûlé tout autour des douzaines de bungalows que Jean-Lain a fait installé sur le bord de mer, il semble que cela ne risque plus grand-chose de ce côté-là. Surtout que, par chance, le sens du vent n’ayant pas tourné, il pousse rapidement le brasier vers l’intérieur des terres… Pour nous rassurer, OMD (Ocarina-Mimimoun-Doudouillet) nous affirme, très sûr de lui, que ce sont des thermiques dynamiques venant du large. Question « Aérologie », nous pouvions lui faire confiance ; le gonze avait quand même perdu la moitié de ses deux guiboles en parapente…

Moi, je suis tous les V.I.P qui logent au fort, et qui grimpent là-haut, à la queue leu leu, par les escaliers taillés dans le rocher.

J’ai de la chance car, toujours grâce à Jean-Lain qui m’a un peu à la bonne à vrai dire, je dors seule dans ma piaule. Mais quelques autres, comme Didier Van Conninsgloogloo et madame Fifignon doivent partager la même chambre, faute d’assez de place. Alors, sur le chemin du retour, et sur le ton aimable de la plaisanterie, je lui demande à Fifignon si elle a prévu des rustines pour sa bouée canard, au cas où on ne sait jamais… !

Elle rigole, mais je ne suis pas du tout certaine qu’elle ait vraiment compris le joke. Nous verrons bien demain matin si son coccyx va mieux…

Le Président, toujours très en forme, et ne voulant pas aller se coucher tout de suite, nous demande si l’on ne souhaite pas profiter de sa piscine pour un dernier bain de minuit. Paraîtrait que la chose est devenue une tradition immuable depuis l’ère Pompompidou, et qu’il faut absolument la respecter. Monsieur aurait soi-disant lu tout cela dans l’après-midi, en feuilletant le grand livre d’or du fort, qui est recouvert d’une jolie suédine verte.

Vu l’heure avancée et la fatigue générale, il n’y a aucun volontaire –pas même sa Josyane, qui pourtant ne manque jamais une occasion pour nous montrer son cul– mis à part Tanguy Le Bibronzic, qui lui est déjà à moitié à poil avant que l’on ait le temps de dire ouf… ! Suédine ou pas, il n’est jamais le dernier, celui-là, pour se faire mousser devant le Président…

Éventuellement, si Dekka avait accepté l’invitation, je serai peut-être restée moi aussi, mais ce dernier nous dit en baillant de toutes ses dents, qu’il a encore pas mal de pain sur la planche pour peaufiner en détail le plan « B » de notre invasion de la Chine. Cela est bien dommage, mais d’un autre coté, si lui ne s’intéresse pas sérieusement à ce plan d’attaque, déjà passablement foireux, je ne sais pas trop qui ici va s’en occuper… !

Alors, nous les laissons tous les deux, le Président et l’autre suce-boule, se baquer en tête à tête, et tout le monde s’éparpille dans les couloirs afin de rejoindre ses pénates.

Chemin faisant, je croise Madame Gémiminiani qui cherche les cuisines…

« … Je boirai bien encore un petit Limoncello… ! Ça ne vous dirait pas de m’accompagner Madame Goret… ?!

— Non… désolée, mais je suis complètement vannée, là… Et puis moi, la citronnade, ça me donne des aigreurs ! »

Elle a déjà beaucoup picolé la mère Gémiminiani, et pour avancer droit elle doit se tenir aux murs, qui, anecdote architecturale intéressante, font partout ici un bon mètre vingt cinq d’épaisseur au minimum.

Depuis la petite fenêtre à meneaux de ma chambre, j’ai une très belle vue panoramique sur la mer. Balou me fait la fête, il est heureux de me revoir. J’ai préférée ne pas l’emmener à cette soirée car il était vraiment trop épuisé par son bain de mer de l’après-midi ainsi que par cette partie de frisbee endiablée qui a suivie.

Je m’assois sur le bord du lit, j’enlève mes chaussures pleines de sable, et puis sans attendre plus longtemps, j’allume mon portable.

Voilà… ça y est… trois barres de réception… ! J’ouvre maintenant ma boite mail… oui… parfait… un nouveau message… j’ai le cœur qui bat la chamade… le message s’affiche enfin… je le relis plusieurs fois de suite… mais il n’y aucun doute… non, vraiment aucun doute, c’est bien écrit… là… quinze millions d’euros… je compte à haute voix les zéros… un, deux, trois… oui, c’est bien ça… quinze millions… ! Quinze millions d’euros into the pocket ! Balou me regarde avec de gros yeux, ce qui n’est pas non plus la révélation de l’année : il a ces gros yeux-là depuis qu’il est né… !

 » Mon chérinou… je crois bien que l’on va pouvoir s’acheter une jolie maison…et tout au bord de la mer celle-là ! Mon gros bébé à sa maman ! Allez, viens donc par ici, ma p’tite beauté, que j’t’embrasse ! »

Et je me laisse enfin tomber sur le lit… heureuse…

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