Chapitre 21. Le trouillomètre à zéro.

J-3. Camping « Les Palmiers d’or ». En toute toute fin d’après-midi.

« Dis donc, Chou… Ce soir, ils organisent une soirée mousse au camping, et si on allait y faire un tour… ?! »

Comment à présent aurais-je bien pu lui refuser quoi que ce soit… ?!

Nous venions de faire l’amour…

Passionnément, intensément, follement.

Monstre ! Un monstre ! Oui, le plus ignoble , le plus vil des monstres, voilà bien ce que j’étais devenu à présent… !

Et pourquoi donc avions-nous fait cela ?! Pourquoi avais-je cédé aussi facilement ?! Pourquoi… ?!

« Yamachi Electron corporation » est une entreprise japonaise spécialisée dans le domaine de la sécurité « NBC ». « NBC » pour nucléaire, bactériologique et chimique. D’après Zoé, Il s’agit même de la plus importante du genre dans le monde. Rien de vraiment bien sympathique dans tout ceci, si ce n’était de fort lucratives activités.

« Tu vois, mon Chérinou, ces boâtes-là, elles te font un sacré bond en bourse à chaque fois qu’un conflit se précise quelque part dans le Monde, et c’est bien compréhensif, les guerres sont leur fond de commerce, à ces enfoirés ! Alors dès qu’une petite menace se présente à l’horizon : leurs carnets de commande se remplissent à vitesse grand V !

— Oui… c’est entendu… mais là… là, dans le cas présent… Il n’y a rien de particulier à signaler, ou en tout cas rien de bien plus inquiétant que la routine habituelle !

— Ouais ! Et c’est bien pour cette raison que la chose m’a mis direct la puce à l’oreille ! Mais tout ça, c’est un peu de ta faute aussi… !

— Zoé… je t’assure qu’il va se passer quelque chose… je ne peux pas te dire de quelle manière je le sais, mais il faut vraiment que tu me fasses confiance…

— Bon, OK, admettons ! Enfin bref… finalement, je leur ai téléphoné tout à l’heure, pendant que tu étais sous la douche !

— … Hein ?! Comment ça, tu leur as téléphoné ?! Mais à qui as-tu téléphoné… ?!

— Ben, aux Japs, voyons ! Je les ai appelé, histoire d’en avoir le cœur net une bonne fois pour toute ! Et pourquoi que j’me gênerais, hein ?! Avec mon forfait « Premium », c’est gratos, le Japon !

— …

— En plus avec le décalage horaire, dont je t’ai déjà causé, ça tombait pile-poil : ils z’embauchaient tout juste à l’usine !

— … Tu parles japonais, toi ?!

— Bien sûr que non ! Enfin si… quelques mots comme tout le monde, du genre : « Merci, à bientôt mon chéri ! », ou encore : « On touche pas à la marchandise, coco, sinon j’appelle un videur ! »… juste deux ou trois trucs de base, assez simples, mais qui peuvent toujours t’être bien utiles dans la vie courante !

— Mais comment ça… « On ne touche pas »… ?!

— Bon… écoute… je leur ai parlé en english, aux Japs ! Ça te va mieux comme ça ?! Et puis si tu veux tout savoir, j’ai connu un anglais pendant quelques temps… voilà ! Et c’est grâce à lui que j’ai fait des progrès dans la langue de Shake-que-spire !

— Ah… moi aussi, j’ai un ami anglais !

— Et là, tu vois, c’est marrant, mais j’m’en doutais un peu que t’allais m’en sortir un nouveau de ton vilain panier à crabes ! Et celui-ci, je parie que c’est Jack l’Éventreur, hein… ?! Tiens… allez, cent balles que c’est lui, ton pote ?!

Elle est pliée en deux. Je n’apprécie pas tellement lorsqu’elle se moque de moi comme ça.

 » Non… il s’appelle William !

— William… ?! Hé ben, tu vois, Chou, si tu veux que je te donne mon avis, ça sonne beaucoup moins bien, WILLIAM l’Éventreur !

— Peut-être bien… mais il se trouve pourtant que c’est son véritable prénom !

— OK… bon… où c’est que j’en étais moi déjà… ah, oui… alors ensuite j’ai demandé à causer à un responsable des ventes en me faisant passer pour une journaliste de « France 3-Auvergne » qui se rencardait pour un reportage sur les moyens de protection contre le radon !

—Mince ! T’es drôlement gonflée quand même ! Et c’est quoi, ce radon… ?!

—Un gaz radio-actif ! Une saloperie de gaz qui te sort de dessous la terre et qui te contamine à petit feu sans que tu t’en rendes vraiment compte… ! Et il parait qu’il y en aurait des tonnes en Auvergne… ça te sort d’un peu partout là-bas ! À cause des volcans, je crois…

— Savais pas… !

— Le type qu’on m’a passé à l’autre bout du fil a mordu de suite à l’hameçon… y sont peut-être mignons tout plein mais pas très futes-futes, les Japonais ! Il a commencé par me faire une jolie liste de tout ce qui pourraient m’être utile dans le cas d’une fuite de radon. Bon, pas très malins, c’est vrai, mais pour ce qui du commerce, ils ne sont pas si nuls que ça, les Japs ! Bien sûr, j’ai fait semblant d’être très intéressée par toute leur quincaillerie et puis ensuite je lui ai demandé un peu plus de détails, au cas où l’on désirerait leur passer une commande… !

—… Et… ?!

— Et c’est là, tu vas voir, que ça devient vachement intéressant !

— Comment ça ?!

— Parce que, tiens-toi bien… mon Yamagochi, au bout du phone, tu sais pas c’qui me sort… ?!

— Ben… non !

Et là aussi, j’avais du avoir l’air très… très… enfin, bref… !

— Hé ben, le citron, y’me sort que si j’veux commander maintenant va falloir que j’attende un peu avant d’être servi ! Tout ça parce qu’y z’ont plus rien en stock !

— …Comment ça, plus rien… ?!

— Exactement… plus rien ! Y’zont plus que dalle en stock, qu’il m’annonce !

— Mais… je ne comprends pas… comment est-ce possible… ?!

— Parce qu’ils ont tout vendu dans la journée d’hier, les gonzes ! Tout ! T’entends bien, Chou, tout ce qu’ils avaient ! À un gros client… leur resterait même pas un seul masque à gaz de la taille cinq, que ça pourtant d’habitude, ils en vendent moins de cette taille-là qu’il me précise aussi ! Non, y z’ont plus rien à vendre pour le moment… ! Nada !

Je reste sans voix. Un peu sidéré, même. Malgré tout, j’essaye de réfléchir le plus calmement possible à la situation, tout en me disant intérieurement qu’elle est sacrément dégourdie cette gamine. Et vachement craquante aussi… ce qui n’aide pas à se concentrer…

« C’est les Chinois… !

— …Quoi… ?!

— Leur gros client… ben, c’est les Chintocks, Chou ! Le type voulait pas me le dire au début… il m’a fait tout un pataquès à cause du secret des affaires, et que soi-disant, ils sont particulièrement pointilleux là-dessus, les Japonais ! Mais il a quand même fini par me sortir le morceau au bout d’un moment… disons que j’ai un peu insisté lourdement… enfin, c’est surtout lorsque j’ai branché la cam sur mon portable…

— … La cam… ?

— Oui, la caméra, quoi… ! T’es lourd des fois, Chou… ! Enfin bref… Y z’ont tout vendu au chintocks !

— Les Chinois… alors ça signifierait donc qu’ils…

— Qu’ils ont la trouille ! Ouais, ils ont les pépettes, les Jaunes, parce qu’apparemment quelqu’un les menace… Alors ils prennent les devants… et là je sais pas comment t’as fait mais je crois bien que t’avais raison… ça va sûrement péter grave par là-bas… ! »

Moi aussi, je parle un peu anglais. C’est William, justement, qui m’a appris. Niveau grammaire, il n’est certainement pas le meilleur, mais pour ce qui est du vocabulaire, il se pose là. Surtout question vocabulaire médical. Il voulait devenir médecin, William, mais quand t’es né dans la rue, ou presque, ce n’est pas gagné d’avance. Alors il a tout appris sur le tas, en autodidacte comme il le dit si bien en rigolant…

Love… make love… We made love… loving… love… on venait de faire l’amour avec Zoé !

Make est un verbe irrégulier… make, made, made… Mais moi, je serais plutôt du genre bien régulier, et dans celui plus précisément à faire un tas de grosses bêtises les unes après les autres…

Bon… Pour être tout à fait honnête, c’était elle qui m’avait sauté dessus en premier. Comme ça, tout de go, sans préavis aucun. Effet de surprise… oui, mais ça ne minimise pas… pas du tout… J’aurai dû refuser… j’aurai dû refuser… mais elle a la peau si douce, Zoé… Ô, oui, si douce, si vous saviez… même le velours de Bruges à côté n’est que de la vulgaire toile à paillasson…

« Alors, mon Chou… soirée mousse… ?!

— Hein ?! Oui, oui… bien sûr… soirée mousse ! »

One Reply to “Chapitre 21. Le trouillomètre à zéro.”

  1. La preuve qu’en se servant intelligemment de ses charmes et en se donnant à fond en position horizontale, une femme plutôt malicieuse peut obtenir ce qu’elle veut d’un bonhomme.
    En l’occurrence, celui-ci s’est fait avoir dans les grandes largeurs et il est tombé sur un femme douée pour les affaires, vénales et sans scrupule.
    Il se juge comme étant peut être un monstre et on se demande comment il va se sortir de cette impasse qui peut s’avérer plus que catastrophique.
    En tous cas, avec les chinois, il n’est pas près d’avoir un masque dans les temps : ils se serviront les premier les Chinks !

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