Chapitre 23. Les doigts dans la prise.

J-3. Camping « Les Palmiers d’Or. À mi-chemin entre la fin d’après-midi et le début de soirée.

« Nom d’un chicon ! c’est quoi encore c’bazar, Chou… ?!

— … J’sais pas !

Mais, je mens. Je mens parce que je sais très bien ce qui se passe…

Lorsque nous sommes sortis de la caravane, main dans la main avec Zoé, ils étaient là. Ils m’attendaient…

La petite vingtaine de tout à l’heure, plus quelques autres, que je n’avais encore jamais vu auparavant. Et si cela se trouve cela faisait déjà un sacré bout de temps qu’ils poireautaient ainsi dans notre chemin sans que l’on se soit rendu compte de rien…

Dans le lot, je reconnais tout de suite mon barbu… ainsi que le noyau de pêche, qu’il porte maintenant en sautoir sur son poitrail velu !

Et là, vous avouerez avec moi que ce n’est vraiment pas de chance d’être tombé sur ce genre de type presque aussi poilu qu’un singe mais beaucoup moins intelligent !

« … M’sieur, on voulait encore vous remercier… c’est tellement miraculeux ce que vous avez fait tout à l’heure pour sauver la petite Daisy !

— … Ah… elle s’appelle Daisy, la petiote… ?!

— … Oui…

— … Et elle va bien ?

— Oh, que oui ! Tout à fait bien ! Mais elle se repose un peu maintenant… bungalow 357… travée 5… allée 3… vous verrez… on a déposé des fleurs et de jolies bougies parfumées tout le long du chemin !

Zoé me lâche la main. Et malheureusement, je sais d’avance ce qu’elle va dire…

 » Très bien, Chou… est-ce que tu veux bien m’expliquer ce qui se passe, là… ?!

— Oui… écoute… bon… voilà… c’est assez simple en réalité ! Je suppose tout simplement qu’il doit y avoir une petite méprise avec ces messieurs-dames !

— Une petite méprise… ?

— Oui, tout à fait, c’est cela… une méprise !

— Explique… je suis toute ouie… !

— Bon… il se trouve que tout à l’heure je les ai aidé à ranimer une petite gamine… et puis bien mignonne, si tu savais… qui avait malencontreusement avalée de travers un noyau de pêche… aussi, comme tu le vois : rien de bien extraordinaire ! Un simple fait banal et sans importance, qui arrive presque tous les jours !

— Nectarine, m’sieur Chou… nectarine… !

Le yéti, tout fier de lui, montre son joli noyau à Zoé…

 » Oui, bon… si vous y tenez absolument… nectarine ! Mais cela ne change pas grand-chose, je suppose ! Alors, ensuite de ça, et je ne comprends pas pourquoi d’ailleurs, il semblerait bien que ces braves gens y voient là une manifestation de l’ordre du… du surnaturel… ! Ou tout au moins de quelque chose de vaguement approchant, dirons-nous ! Mais quelle absurdité ! Ô, oui, vraiment, quelle idée saugrenue parce que je t’assure que j’ai tout bêtement appliqué et suivi à la ligne près ce qui est indiqué dans la plupart des bons manuels de secourisme ! Primo : dégager les voies aériennes, deuxio : vérifier le pouls et la respiration, et tertio : ranimer la victime si nécessaire, et puis… hop… !

— … Et puis hop ?! Qu’est-ce que tu veux dire par : « Et puis hop »… ?!

— Ben, oui… hop, quoi… ! Cela repart tout naturellement ensuite… et je ne vois pas ce qu’il y a de si mystérieux là-dedans ! Pour ça, tu peux me croire sur parole, Zoé ! Aussi, pourquoi en faire toute une affaire maintenant, puisque je te le répète une fois de plus : cela arrive tous les jours ce genre de situation !

— Mais… elle était morte, m’sieur Chou… ! Elle était morte depuis au moins dix bonnes minutes, notre petite Daisy !

— Hein… ? Morte… ?! Mais comment ça elle était morte… ?! Mais bien sûr que non, qu’elle n’était pas morte, cette gamine ! Qu’est-ce que vous me chantez là… ?! Et puis d’abord, qu’est-ce que vous y connaissez, vous, en réanimation ?! Rien ! Ou en tout cas pas grand chose d’après ce que j’ai pu en voir ! Alors, s’il vous plaît, mon vieux, arrêtez donc de raconter n’importe quoi pour faire votre intéressant devant tout le monde ! Elle va bien maintenant, cette petite ? Oui… ?! Bon, parfait, parce que c’est cela le principal ! Alors on va vite oublier cette histoire et puis surtout on va tous profiter de nos vacances bien tranquillement ! Allez… commencez donc par m’enlever ce noyau pêche de votre cou !

— Non… ! Mais bien sûr que non ! C’est un miracle ! Oui, un miracle ! Monsieur Chou a ressuscité Daisy ! Chou… Chou… Monsieur Chou… !

Ah, les imbéciles…

Je n’aimais pas du tout la tournure que prenait les événements. Mais alors, pas du tout…

Les voici maintenant qui forment un arc de cercle autour de nous, se tenant les mains et psalmodiant ce nom ridicule…

— Chou… Chou… Chou… ! Chou… Chou… Chou… ! C’est lui, c’est lui, c’est monsieur Chou !

Nécessité absolue de temporiser avant que cette bande d’énergumènes n’ameute tout le camping… À voix basse, je glisse discrètement à Zoé, qui les regarde faire, médusée :

— … Écoute-moi, il ne faut pas trop s’inquiéter… tu vas voir qu’ils vont finir par se lasser au bout d’un moment !

Puis m’adressant ensuite à cette cohorte d’abrutis surexcités :

— Bon… cela suffit ! C’est bon, vous avez gagné ! Alors vous allez nous suivre maintenant… mais attention… en mode silence radio , les gars ! Allez, go ! C’est parti… on va tous s’amuser dans la mousse !

Je reprends la main de Zoé et l’entraîne en direction des « boums-boums ». Et comme il fallait s’y attendre, ils nous suivent comme des moutons…

Quelques instants plus tard, je découvre ce en quoi consiste une soirée « Mousse ». Concept plutôt amusant bien que finalement très simple ! Déjà pas mal de monde s’agite là-dedans, et cela rigole bien. Tandis que j’hésite un peu, Zoé m’attire de force dans l’épaisse couche de bulles. Bien entendu, notre bande de colle-au-train fait de même. Si un court instant, j’imagine tenter de les semer dans toute cette mousse, je me dis presque aussitôt que cela n’aurait certainement pas un grand intérêt ; ils finiraient toujours pas me retrouver à un moment ou à un autre…

Zoé se trémousse dans tous les sens, au son des flonflons assourdissants. Conquis, je suis le mouvement !

 » Je savais bien que ça te plairait, « môsieu » Chou !

—… Oui… très amusant !

Drôlement sympatoche et bonne ambiance, il est vrai, mais je garde toujours à l’esprit mes zigotos. Il me faut absolument trouver une solution pour m’en dépêtrer…

C’est lorsque le type de la sono nous a passé la chanson « Tombé du ciel » que j’ai eu comme un flash… ou plutôt… comme un éclair… !

« Tombé du ciel rebel aux louanges…

Chassé par les anges du paradis originel… »

« Tu aimes ?! C’est Higelin… vachement beau, hein, les paroles ?!

— Oui… oui… j’adore !

— Sacré poète… dommage qu’il soit décédé y’a pas très longtemps ! Ça m’a fait tellement de peine, si tu savais… respect… c’était vraiment un type bien !

Cathode, anode, courant alternatif ou bien en continu, de l’eau, de la mousse, beaucoup de mousse… et puis des électrons… des électrons… des tonnes d’électrons… ô magie si merveilleuse de l’électricité… !

Alors, lorsqu’au bout de quelques temps que l’on se tortillaient ainsi, à s’en déboiter les articulations les unes après les autres, Zoé, toute trempée de sueur et de mousse, m’a demandé si je ne voulais pas boire quelque chose, j »ai répondu en plaisantant :

« Oui… pourquoi pas une petite mousse ?! » rajoutant immédiatement « Viens… vite… baissons-nous… on va essayer de sortir en douce sans qu’ils nous voient… ! ».

Ce que nous avons réussi à faire.

Quelques secondes plus tard, tandis que nous nous dirigions en catimini vers le bar, un bel éclair tombait du ciel… un bien chouette éclair, surprenant tout le monde, puissant, magistral, droit comme un « Z », et surtout électrisant de toute sa force tous ces crétins d’illuminés !

One Reply to “Chapitre 23. Les doigts dans la prise.”

  1. Je n’en reviens pas : Une soirée mousse comme il n’en existe que dans les bons campings populaires mais surtout, Chou, secouriste qui a réanimé une gamine qui devient une idole pour ces braques.
    Le noyau qui est devenu une relique et lui qui est élevé au rang de gourou autour duquel ces charlots se prosternent et psalmodient bêtement. Ahurissant !
    J’imagine le spectacle en me marrant. Ce qui me fait rire le plus, c’est l’image de cet immense éclair au milieu de la mousse et des danseurs effrénés alors que Chou et Zoé sirotent une mousse en douce !
    Une sorte de feu d’artifice pour eux deux en somme …

    Aimé par 1 personne

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