Chapitre 34. Les œufs dans le panier.

J-2. Villa Mektoub. Un quart d’heure plus tard.

Lorsque nous le voyons revenir, notre Marcel, le nez rouge tout de traviole, blanc comme un linge d’autel, et avançant d’une façon assez peu orthodoxe, les pieds en canard et les jambes très écartées, nous comprenons tout de suite qu’il a du se passer quelque chose d’anormal. Zoé, qui le tient délicatement par la main, le fait asseoir avec précaution sur la deuxième chaise bancale, juste à côté de J-T.

— Une dingue… !

— Hein… ?

— Ton copain s’est fait attaqué par une dingue ! Une véritable folle furieuse ! Complètement tarée, la nana ! Faut croire qu’elles ne sont pas toutes enfermées !

Dans la foulée, elle nous explique dans les moindres détails le déroulement de la scène sus-mentionnée, et là, inutile de dire que nous avons extrêmement de mal à nous contenir, avec Julius, pour ne pas éclater de rire ! Ah ! Ce pauvre Marcel ! Lui qui se la joue sans discontinuer « Gros bras et roulement de mécaniques à toutes épreuves » le voici bien arrangé cette fois !

— Allez… cela va finir par passer ! Ça n’a pas l’air si grave ! Et puis surtout, il y a bien plus important pour le moment…

— Et quoi donc, mon Chou ? Qu’est-ce qu’il vous a raconté le vieux schnok… ?

— Et bien, il nous a tout simplement appris la véritable raison de la présence du Président de la République à cette soirée…

— Cool !

— Oui… cool ! Donc, s’il est venu ici, vois-tu, c’est dans l’unique but de récupérer auprès de son copain Gonfarel, un petit manuel…

— Un manuel ?

— Oui, un petit manuel, mais d’une importance capitale !

Alors, je narre, et j’explique l’importance de cet objet qui contient la marche à suivre et surtout les fameux codes secrets indispensables si l’on désirait déclencher une attaque thermonucléaire. Je lui apprends ensuite, et tout aussi incroyable que cela puisse être, que l’ancien Président Gonfarel avait tout bonnement oublié de le transmettre à son prédécesseur, il y a donc deux ans de cela, et plus incroyable encore, que ce dernier venait à peine de s’en apercevoir !

— Oh, ben, ça ! Vraiment du grand n’importe quoi ! Et ces types sont censés nous diriger ?! Mais, quelle bande d’incapables !

— Effectivement, tu as raison, tout ceci n’est pas très sérieux ! Il reste néanmoins que pour nous cela est assez inespéré…

— Comment ça… ?

— Imaginons que nous arrivions à remettre la main sur ce fameux manuel avant le Président…

— Oui… ?

— Et bien, du coup, il est clair qu’ils ne pourront jamais les faire partir leurs satanés missiles ! Et je me tourne vers Julius…

— N’est-ce pas, Julius ? C’est bien ce que tu m’as dit tout à l’heure ? Sans les codes, impossible de lancer les missiles ?

— Ja, ja ! Zela est tout à fait correck ! Zans zeux, qui zont enregistrés dans le logiziel-leu, faut abzolument réinizializer tout le program-meu ! Natürlich, zela est toujours pozi-bleu, mais zela prendre beaucoup de temps !

— Voilà ! Et ainsi, l’on pourra calmer le jeu tranquillement comme on a toujours eu l’habitude de le faire jusqu’à présent depuis là-haut !

— … Comment ça… ?! Qu’est-ce que tu veux dire, Chou… ? Là-haut… ? Où ça donc, là-haut… ?!

— Quoi… ?! Là-haut ? Mais non… rien ! Là haut, là-bas… c’est du pareil au même, non ? Oui, bon, c’est exact, je crois bien que j’ai dit là-haut mais comme j’aurai tout à fait pu dire autre chose !

— Oui, peut-être, mais j’ai très bien entendu là-haut ! Tu as bien dit là-haut, Chou… !

— Si je peux encore me permettre… et sans vouloir trop m’immiscer dans vos affaires, je crois que vous faites fausse route les gars ! Notre J-T sorti des vapes…

— Quoi… ?!

— Hé, oui ! Vous vous égarez, là, parce que le manuel ce n’est pas du tout Gonfarel qui le détient ! Non, ça, je peux vous assurer que ce n’est pas lui du tout ! Par contre… je sais très bien qui c’est qui l’a, moi !

On pourrait sûrement en raconter beaucoup sur ce J-T, et pas que des jolis compliments, c’est une évidence, mais, pour le coup, il me sauvait la mise…

— Hein… ?! Qu’est-ce que tu nous racontes, le vieux ?! Et pourquoi tu nous l’as pas dit tout à l’heure quand t’étais encore sous hypnose ?!

— Mais, parce que vous ne me l’avez pas demandé, tiens donc !

— Bon… OK… vrai que c’est pas faux ! En attendant, si ce n’est pas Gonfarel qui détient le manuel, qui est-ce, alors ?!

— Si j’vous le dit… vous promettez de me relâcher ensuite ?!

— Faut voir… j’sais pas trop… peut-être… !

— Non, j’veux savoir avant ! Sinon, j’vous dit rien du tout ! Et ce n’est pas la peine de recommencer ce vilain truc avec votre doigt… cette fois, je ne me laisserai pas faire !

— Et avec ma main sur ta gueule ?! Tu nous causerais mieux ?! Marcel, qui semble avoir récupéré de son petit dommage aux orphelines…

— Laisse donc, Marcel ! Après tout, pourquoi pas le relâcher s’il nous promet sur l’honneur de ne pas nous causer d’ennuis par la suite… et puis, il va finir par nous encombrer plutôt qu’autre chose !

— Promis ! Promis sur mon honneur ! Et même sur tout ce qui vous plaira ! Je vous jure que je me tiendrai tranquille et je ne dirai absolument rien à personne ! C’est promis, les gars ! Je vous le jure !

Évidemment, l’on devinait bien tous ici présent que la première chose que ferait sans aucun doute, ce J-T, avec sa face de faux-cul et sa panoplie complète de simagrées, serait d’aller nous dénoncer illico presto ! Pour jurer sur l’honneur faut-il encore en avoir un minimum de disponible en stock, et j’en avais déjà malheureusement connu quelques autres, des comme lui, des qui, pour être encore plus clair sur le sujet, vous donneraient le bon Dieu sans confession, et qui pourtant n’hésitent pas un seul instant par la suite à vous mettre dans le pétrin dès que la première occasion se présente !

— C’est entendu, alors vas-y maintenant, on t’écoute, la fouine ! C’est qui, le manuel… ?!

Notre J-T a maintenant les yeux plus que globuleux, et qui sait, peut-être même vont-ils finir par lui sortir complètement des orbites s’il s’obstine comme cela à nous jouer son cinéma sur le mode «J’impressionne fort mon petit monde avant de lâcher le morceau» ! Me demande si sa prochaine beigne ce n’est pas moi, cette fois, qui vais finir par lui refiler… ?!

— Bon, t’accouche, ou quoi… ?! Mon Marcel, perdant, lui aussi, dangereusement patience.

— Oui, oui… voilà… c’est… c’est Madeleine… ! Cette sacrée salope de Madeleine ! Je sais que c’est elle qui l’a, votre foutu manuel ! Je le sais parce que j’y étais moi aussi, il y a deux ans, et je l’ai bien vu le prendre en douce quand elle croyait que personne ne l’observait, cette garce !

— Ah, ben, merde, alors… !

— … Quoi… ?! Qu’est-ce qui t’arrive, Marcel ?!

Le voilà qui se lève en se frottant très délicatement les testicules probablement encore un peu douloureuses…

— Madeleine… ?! J’ai bien entendu, là… ? Il a bien dit Madeleine, hein… ?! Madeleine, mais, pute borgne, cette Madeleine, c’est notre folle dingue de tout à l’heure !

— Quoi… ? Moi, surpris.

— Cette Madeleine dont y nous cause, le vieux, ben… je crois bien que c’était elle dans les chiottes… !

— Et sûrement que pour sûr que c’était elle ! Y’a pas d’erreur possible ! Parce que je vais vous le dire, moi qui la connait bien, c’est tout simplement le diable en personne, celle-ci ! Oh, oui… le Diable ! Alors… ? C’est bon maintenant, vous aller me relâcher, les gars… ?

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