Chapitre 36. Bon troc.

J-2. Villa Mektoub. Devant le barnum. 22H32.

— Alors… combien… ?

— Non, j’vous dis !

— Allons…

— N’insistez pas, monsieur ! Annabelle n’est pas à vendre ! Jamais ! Jamais, entendez-vous, je ne vendrai cet animal ! Comprenez donc… c’est toute ma vie, cette bête !

Cela faisait déjà plus de cinq minutes que j’essayais de convaincre cet imbécile de cornac… Ayant tout d’abord hésité entre l’hypnose, qui avait déjà fait ses preuves, la force brutale de mon petit Marcel de combat, qui se sentait beaucoup mieux à présent, ou encore le charme enjôleur de Zoé, que je savais irrésistible, je saisis assez vite qu’avec ce genre d’individu, l’appât du gain serait un argument bien plus convaincant. Avec l’argent, et cela ne date pas d’aujourd’hui, on obtient à peu près tout ce que l’on désire et même, assez étrangement, tout ce qui n’est prétendument pas à vendre !

— Bon, d’accord… et si on disait deux cent mille… ?! En cash ! Que des billets de cinquante… de la main à la main !

— Deux cent mille, vous dites… ?! Effectivement, là, faudrait p’t’ête voir ! Mais, attendez, faut que je réfléchisse encore un peu ! Et puis, il y a le camion aussi… et c’est pas n’importe quoi, mon bahut… un Volvo tout de même ! Surtout qu’il est encore un peu en rodage ! Pas quatre-vingt mille bornes au compteur !

— Oui, sauf que là, maintenant, tout de suite, tu vois, l’hindou, on n’a pas trop le temps de s’attarder ! Alors ? C’est entendu comme ça ? Va pour deux cent mille ?! Mince, deux cent mille balles, c’est quand même une belle somme, non ?! N’importe comment, je ne peux pas plus ! C’est à prendre ou à laisser ! Maintenant, l’artiste, tu as dix secondes pour te décider… ! Voilà, ça y est, c’est parti… un… deux… trois… et puis quatre, déjà… !

— OK… OK ! C’est bon ! Vous avez gagné, c’est bon, va pour deux cent mille ! Mais si vous saviez comme ça me fend le cœur !

— Et ben, voilà ! Je le savais bien qu’on allait s’entendre ! Bouge pas, je reviens de suite… !

Par chance, il me restait encore un billet, dans une poche, que Zoé ne m’avait pas emprunté pour faire ses petites courses l’avant veille, aussi… j’ai multiplié ! Vite fait, bien fait, planqué des regards derrière notre barnum, puis fourré tout ça, en vrac, dans un gros sac en plastique qui traînait par là.

— Ça alors ! Vous vous trimballez toujours avec autant de fric sur vous… ?! Pas très prudent, ça, m’sieur !

— T’occupe ! Moi, je crois plutôt que ce qui ne serait pas prudent du tout, c’est que tu ne te carapates pas en vitesse maintenant que tu as ton pognon avant que je ne te dénonce aux services vétérinaires… ! Maltraitance sur un animal sans défense, ça te cause peut-être, ça ?! Allez, houste, le cornac !

— … Et pour le camion… ?

— Quoi, le camion ?

—… Vous m’promettez que vous y ferez bien attention à mon camion, hein… ?!

— No problème, mon poulet au curry ! T’inquiète qu’on va bien le bichonner ton engin ! Allez, aboule les clés maintenant, et ensuite casse-toi rapido avant que je m’échauffe pour de bon… !

Il me jette un trousseau avec un joli porte-clé « queue de lapin », et il se sauve en courant tout en serrant bien fort le gros sac de billets contre lui…

— Chou… !

— Ouais… ?! … Quoi… ?!

Jusque là, ils m’avaient laissé faire, sans rien dire, complètement médusés…

— Mais… mais, bon sang, qu’est-ce qui t’arrive, Chou… ?! Je ne te reconnais plus du tout ! Pourquoi t’énerves-tu comme ça aprés ce pauvre type ?! Et puis, c’est quoi aussi ce langage de charretier ?! Et… et qu’est-ce qu’on va en faire de cette bête maintenant ?! Mais… qu’est-ce qui te prend donc, Chou… ?!

— Zi ze peux me permettreuh… ze crois bien que Zoé a raizon… Zhou ! La Keztion est bien : que comptes-tu faire avec ze pazyderme… ?!

Si même mon ami Julius s’y mettait…

— Vous en faites pas… j’ai ma petite idée !

— Ta petite idée… ?! Mais, elle fait trois tonnes, ta petite idée, mon chéri ! Trois tonnes ! Est-ce que tu t’imagines une seule seconde ce que ça peut faire trois tonnes ?!

— … Ça… c’est sûr que c’est pas un chihuahua ! Bon sang, J’vous dis que j’ai ma petite idée, alors vous verrez : faut me faire confiance !

— Moi… j’ai mon permis poids-lourd… si jamais ça peut aider ?!

Et je refile les clés du camion à Marcel…

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