Chapitre 38. «Et mes fesses, tu les aimes mes fesses… ?»

J-1. La Madrague. Vers trois heures trente du matin.

     N’étant pas tout à fait sot, je me rends bien compte que cela ne va pas être simple maintenant pour vous raconter la suite de l’histoire… ! Oh, ça, oui, pas simple du tout ! Aussi, accrochez-vous, parce que « ça va dépoter grave ! » comme dirait quelqu’une que je connais bien !

     Bon, là, à cet instant, nous sommes toujours chez Brigitte. Et cette Brigitte n’est ni plus ni moins que Madame Brigitte Bardot en personne.

     «Elle ne pourra pas refuser d’aider une bête en détresse !» a imaginé Zoé, qui, je le reconnais volontiers, a souvent de bonnes idées.

     L’ancienne vedette de cinéma habitait à quelques pâtés de villas de luxe de la résidence Mektoub. Ce qui tombait plutôt bien. Malgré l’heure tardive à laquelle nous nous sommes pointés chez elle (il était pas loin de deux heures du matin avec tout ça !), la vieille dame fût très heureuse de nous recevoir, précisant gentiment, pendant que de notre côté nous nous confondions à mi-voix en de bien confuses excuses pour tout ce dérangement occasionné en pleine nuit :

      «Faut surtout pas vous en faire pour ça, je ne dormais pas encore mes petits chéris… !»

     Cela passait ric-rac au portail, aussi Marcel dût s’y reprendre à plusieurs fois pour rentrer le camion en marche arrière dans le beau jardin planté de palmiers exotiques et de magnifiques bougainvilliers (en fleurs en cette saison), avouant tout de même, avec un brin d’humilité ce qui est assez rare chez lui, en descendant de l’engin et s’épongeant le front, avoir un peu perdu la main depuis l’Armée, où il avait passé son permis poids-lourd, et où il y conduisait des gros porte-chars d’assaut d’un camp de manœuvres à l’autre. J’imagine aussi pour sa défense que l’on devait être un peu moins regardant dans le milieu martial pour la réalisation de créneaux parfaits, sachant bien, pour en côtoyer tous les jours là-haut, que chez les troufions l’efficacité prime toujours sur la beauté du geste !

     Annabelle s’est tout de suite sentie comme chez elle. Et c’est tant mieux. Sitôt sortie de la remorque, elle a commencé à renifler un peu partout du bout de sa trompe agile, puis à faire connaissance avec ses nouveaux amis, chiens, chats, moutons, chèvres, et surtout Gropépère, le baudet du Poitou, qui l’a adopté immédiatement. Cela nous a tous rassurés.

     Ensuite, et malgré nos protestations polies, Brigitte a tenu absolument à ce que l’on goûte l’une de ses tisanes faite maison avant de nous laisser reprendre la route. Elle ne boit d’ailleurs plus que ça maintenant, Brigitte, de la tisane.

     «C’est diurétique ! Et vous savez, mes amis, c’est tellement important pour la santé de bien pisser !»

    Personnellement, je n’en ai pas besoin, n’ayant aucun problème de ce côté-là, mais j’ai bu une pleine tasse comme tout le monde, pour lui faire plaisir, à madame Bardot.

    Nous lui avons raconté grosso modo le topo pour Annabelle et elle nous a félicités vivement pour notre dévouement envers la cause animale, qui lui est si chère à elle aussi et depuis si longtemps déjà. Bien entendu, Marcel n’a pas pu s’empêcher de profiter de l’occasion pour lui causer de ses chers pitbulls, et Zoé, dans la foulée, de ses chihuahuas… ! Cependant, madame Brigitte est plutôt orientée berger allemand. Un peu comme ce crétin d’Adolph… D’ailleurs, elle nous en a présentés quelques uns, des spécimens qu’elle avait eus par le passé, et qui avaient été ses préférés et qu’elle avait fait joliment empailler à leur décès. De fil en aiguille, elle a fini par nous sortir du fin fond d’une armoire en pin des landes un vieil album-photos de bébés phoques vachement photogéniques que c’en était presque à pleurer tellement ils étaient mignons tout plein avec leurs petites bobines si craquantes et moi j’en ai profité pour lui dire qu’on lui laissait aussi le trente-huit tonnes Volvo avec sa remorque si cela ne la dérangeait pas de trop bien sûr vu que l’on n’en avait plus besoin maintenant car on pourrait tous se caser sans aucun problème dans la grosse Lexus de Phlycténiae qui était bien assez grande finalement pour nous sept surtout que ce bon docteur Jacques-Ni on l’avait allongé dans le coffre et qu’il y était encore en ce moment et même à roupiller très profondément et même plus agréablement installé qu’au départ car avec ces deux jolis trous de balles que l’on nous avait fait inopinément sur l’arrière de la malle l’air extérieur pouvait ainsi rentrer sans problème pour qu’il n’étouffe pas complètement dans son sommeil réparateur notre charmant petit toubib amoureux… !

   Évidemment, en lisant tout ceci (et de surcroît d’une seule traite sans respirer), je me doute bien que vous devez certainement vous dire un truc dans le genre «Mince alors, j’ai forcément du rater un épisode !» Mais, surtout ne vous inquiétez pas, je vais y venir tout doucement pour ce qui est du complément de l’histoire…

    D’ailleurs, pour parler tout de suite de ces deux trous dans la carrosserie, je ne vous cache pas que si l’on avait pu faire autrement on aurait bien sûr évité. Cela ne fait jamais plaisir ce genre d’incident où l’on frôle de très peu la catastrophe ! D’après J-T, qui pourtant n’avait rien vu, ce serait peut-être l’œuvre d’un certain Goofie qui était son garde du corps désigné pour la soirée. Ce qui est certain en tout cas, est que si ce gonze-là visait uniquement les pneus de notre voiture, quelques séances supplémentaires d’entraînement au stand de tir précédées d’une consultation chez un ophtalmologiste compétent ne semblait pas superflues du tout.

    Ensuite, pour ce qui s’est déroulé un peu avant, cela est peut-être un peu plus compliqué à raconter mais je vais tout de même essayer de faire au mieux…

     Ainsi, pour commencer par le début, ou en tout cas là où nous en étions restés ensemble, lorsque Marcel et Julius sont revenus de leur piètre représentation clownesque avortée prématurément ; il a bien fallu que nous nous organisions très rapidement. Par chance, le court vol plané avec atterrissage forcé de Marcel au beau milieu des spectateurs lui avait permis de repérer notre fameuse Madeleine, ainsi que ses deux copines. Un sacré coup de bol, car si le manuel, avec les codes secrets, on ne savait toujours pas pour le moment où il se trouvait exactement, la méchante Madeleine, oui… !

     Cela n’était pas dans nos habitudes (comme je l’ai déjà précisé auparavant) seulement cette fois il y avait véritablement urgence, et c’est ainsi que je décidai d’improviser en organisant le kidnapping de cette fameuse Madeleine. Ensuite, disons que tout s’est enchaîné assez rapidement… peut-être même un peu trop rapidement… car, in fine, rien, ou presque, ne s’est déroulé tout à fait comme prévu… ! Ceci dit en passant, et sans vouloir me dédouaner de quoi que ce soit, il est évident que dans toutes opérations délicates de ce type, et même bien préparées sur du joli papier millimétré, vous n’êtes jamais à l’abri d’une petite surprise de dernière minute…

     En théorie, dans mon plan, chacun avait sa place bien définie dans l’enlèvement. Marcel se chargerait évidemment de conduire le camion, quant à Julius et Zoé, leur mission consisterait tout d’abord à filer discrètement les trois copines parmi la foule, puis à se débrouiller ensuite, à mon signal donné, pour enlever la Madeleine en question, qui seule nous intéressait dans cette affaire. En ce qui concernait Jules-Théodule, ce sacré boulet dont on se serait bien passé, il n’était pas envisageable de le relâcher avant la fin de l’opération ; aussi nous nous décidâmes finalement à le bâillonner et le ligoter, puis à l’enfermer au fond de la remorque. Nous le relâcherions sans doute un peu plus tard, dès que tout ceci serait terminé. Forcément, vous vous doutez bien que le vieux loupiot a encore pas mal braillé, mais nous n’avions guère le choix !

     Pendant ce temps, j’assurerais le show comme prévu, à ma façon, c’est à dire avec ma petite idée toujours bien en tête ! Petite idée qui selon mes calculs nous permettrait, j’en étais en tout cas persuadé à ce moment-là, de mener jusqu’au succès notre action…

    Ainsi, quand le petit tortilleur du cul est venu nous prévenir, tout affolé qu’il était, le pauvret, du chamboulement dans le programme de la soirée, et que cela allait être à nous dans deux minutes, j’étais plutôt confiant. Et c’est serein que je me suis dirigé vers la grande piscine accompagné d’Annabelle…

     «Mais, attendez donc… vous en reprendrez bien une petite tasse avant de partir ?!»

    BB, elle a le sens de l’hospitalité dans le sang, et, malgré nos protestations unanimes, nous n’avons pu échapper à une deuxième tournée de sa bonne tisane au thym de la garrigue provençale…

6 Replies to “Chapitre 38. «Et mes fesses, tu les aimes mes fesses… ?»”

  1. Ne dit-on pas « Tisane de thym au matin, pissette jusqu’au lendemain ! »

    Merci à Brigitte et à son sens de l’hospitalité légendaire.

    Encore une page truculente, dans le sens moderne du mot. Tu nous régales Ernest ! Merci beaucoup.

    Belle journée,
    Régis

    Aimé par 1 personne

    1. Merci, mais tout le plaisir est pour moi ! D’habitude, je poste toujours deux chapitres en même temps (les deux histoires en parallèle) mais cette fois-ci je n’ai pas terminé de fignoler le chapitre 39. J’espère que cela ne vous perturbe pas de trop. Pas d’inquiétude, amies-is lectrices-eurs : ça va venir ! Bonne journée (froide, je présume, car même ici dans le Sud, il ne fait que 10 degrés en ce moment !).

      Aimé par 1 personne

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