Dossiers froids. Patrick Fouillard.

C’est la première fois que je ne lisais pas un roman de monsieur Patrick Fouillard. Il est vrai qu’il n’a pas écrit grand-chose jusqu’à présent. Il s’agit donc d’un polar (et non d’un épaulard, animal qui n’a rien à voir bien que vivant, lui aussi, dans des mers froides, je veux parler de cet auteur, bien sûr, mais rassurez vous, pour ceux qui ont le vertige, je suis simplement assis sur une chaise de bureau).
Patrick Fouillard doit être un pseudo. Cela ne fait aucun doute. Mon beau-frère se prénomme, lui aussi, Patrick. C’est donc un prénom d’un commun peu banal. Par contre, mon beau-frère n’a jamais écrit de roman noir, ce qui est plutôt une bonne chose pour la littérature, l’imbécile sachant à peine lire et écrire. Par contre, il tire très bien au boules (la pétanque, pour les non-initiés). Ce qui est un avantage non négligeable si on joue dans son équipe. Un bon tireur à la pétanque, c’est primordial.
« On n’a jamais aussi bien parlé de gendarmes à la retraite. Un vrai régal ! » déclare, enthousiaste, Bernard Pivot en quatrième de couve (Oui, pour une fois, j’ai tout de même fait l’effort de lire la quatrième de couve). Je subodore qu’il a encore ses douze points sur son permis de conduire et qu’il s’emballe peut-être un peu vite, Bébert, comme je l’ai souvent vu s’emballer pour pas grand-chose, enfin, quand je vous dis pas grand-chose, c’est pour tout au plus quelques milliers d’euros de cash. Personnellement, je ne mange pas de ce pain-là, je suis toujours sincère, je dis ce que je pense, j’ai une éthique ! Au risque de ne pas me faire que de bons amis dans le milieu de la culture. Mais, ce n’est pas grave car mes amis, les vrais, ceux sur lesquels je peux toujours compter si j’ai besoin d’un coup de main à l’improviste, sont à mille lieux de tout cela. La plupart lisent très peu d’ailleurs, et s’en tamponnent donc royalement le coquillard (qui rime avec Fouillard !) de ce que je peux penser d’un bouquin.
Sinon, en ce moment, je lis « Guerre et Paix ». C’est d’un certain Tolstoï. Je l’ai trouvé dans une cabane à livres (je sais, je vous ai menti, il y a bien une cabane à livres dans mon village !). Depuis une quinzaine, grosse affluence de livres russes dans ma cabane à livres. Les gens doivent faire le tri dans leurs bibliothèques et se débarrasser vite fait, de peur d’être considérés comme des collabos en puissance, mais, ils n’ont peut-être pas tort, ces trouillards (qui rime aussi avec Fouillard, tiens !), il est exact qu’on en a fusillé pour beaucoup moins que ça à la Libération ! C’est un très (très) gros bouquin de 1225 pages que celui-ci. Mais, j’aime bien les gros bouquins. Gamin, j’ai appris à lire dans l’annuaire du Finistère, cela explique peut-être cela. L’annuaire, c’est sympa, tout est bien rangé par ordre alphabétique, dommage qu’ils ne le font plus. Pour économiser le papier, soi-disant. C’est fou ce qu’on sacrifie de nos jours au nom de l’écologie. Qu’est-ce qu’on va en foutre alors de tous ces arbres qu’on plante un peu partout si on ne fait plus tourner à fond les usines à papier qui salopent nos rivières ?! Je me le demande bien. Enfin, je ne serai plus là pour voir ce massacre, et ce n’est pas plus mal, finalement.
Sinon, plus tard, vers dix-douze ans, il y avait le catalogue des 3 Suisses, que j’aimais bien. Plus illustré que l’annuaire, et d’une bien meilleure qualité de papier aussi. Et puis, surtout, des pages entières de mannequins girondes en porte-jarretelles noirs, en collants opaques, en strings ficelles, ou en petites culottes à frou-frou. Sympatoche, le catalogue des 3 Suisses ! C’est dommage, il ne le font plus, non plus, alors, nos gosses, vont tous sur internet maintenant pour découvrir tout ça (et bien plus encore).
Bon, je vous laisse, je crois que j’en ai assez dit sur ce roman, peut-être même un peu trop, ce qui pourrait vous donner (et ça serait trop bête !) envie de le lire…
Je vous donne le lien du blog de monsieur Patrick Fouillard (pour celles et ceux qui connaissent pas encore ce si talentueux écrivain) : https://jourdhumeur.wordpress.com/
La prochaine fois, je ne vous parlerai pas de « Guerre et Paix », forcément : je l’aurai lu ! Bonne journée à tous, et bonne lecture, les amis !

Le grand débat de la théorie quantique. Selleri.

Chose promise, chose due !
Oui, je sais, cela commence exactement comme la dernière fois, mais, nous y voilà bien, nous allons aujourd’hui parler de ce fameux livre sur la théorie quantique, que je n’ai toujours pas lu bien sûr, vous commencez à connaître le concept à force, et comme cela fonctionne plutôt bien (j’ai eu de très bons retours, 8 likes sur mon dernier post), continuons sur cette lancée.
Cette nuit, j’ai dormi une heure de moins et pourtant je me suis couché et levé aux mêmes heures que d’habitude. Cherchez l’erreur ! Et, je vous rassure, il n’est aucunement question de théorie quantique là-dedans, ni même de théorie de la relativité, sa cousine (Grosso modo pour la faire simple : plus tu vas vite, plus tu gagnes du temps !). Non, cela est tout simplement le fait d’un groupe de jobards tourmentés à petites lunettes (qui font sérieux, car c’est bien connu, les myopes sont plus intelligents que les autres), qui a décidé en 1976 de nous enquiquiner la vie. Un peu plus, rajouterai-je, en filigrane. Et en filigrane, le terme est bien choisi, car c’est aussi ce que l’on voit sur nos billets de banque, en transparence, le filigrane. L’idée, donc, était de nous faire faire des tas d’économies, suite à la flambée du prix du pétrole (Ah… ? Cela vous rappelle quelque chose d’actuel ?!). La crise pétrolière, même qu’on avait nommé ça, à l’époque. On n’avait pas de puits de pétrole chez nous alors on avait décidé à la place d’avoir des bonnes idées ! Certes, ce n’était pas con, mais ce qui m’étonne tout de même un peu, est que dans notre pays aujourd’hui, la plupart de notre production d’électricité est obtenue à partir de centrales nucléaires (70,6 %)… et non à partir de centrales à fioul (moins de 4 %) ! Aussi, cherchez l’erreur, une fois de plus ! Mais surtout, messieurs les binoclards, laissez-moi dormir tranquille tout le temps que je veux ! Chiotte, quoi ! Surtout que lorsque je me couche, j’éteins toutes les lumières chez moi (c’est beaucoup mieux pour trouver le sommeil, je vous le conseille), donc je ne consomme rien ou presque rien (des fois, je me relève pour aller pisser, mais c’est rare), donc je n’aggrave pas la situation énergétique de mon pays, bien au contraire. Voici d’ailleurs une idée qui aurait été bonne : obliger tous les gens à dormir une heure de plus, tous les jours de l’année. Sûr qu’on y aurait certainement gagné beaucoup plus en économie d’énergie…
L’infiniment petit, cela doit être vachement passionnant, je ne vous le fais pas dire. Surtout si l’on dispose d’un bon microscope. Quoique de nos jours le miscrocope (oui, je suis dyslexique) soit un peu dépassé comme instrument d’observation. On utilise plutôt maintenant un accélérateur de particules, et le nôtre, de grand collisionneur d’atomes, se trouve dans un tunnel situé à 100 mètres sous la terre, de part et d’autre de la frontière franco-suisse, près de Genève. Là, dans un gigantesque tuyau circulaire, on y propulse à de très grandes vitesses des atomes les uns contre les autres pour voir comment ça fait, comme dans un super bowling en quelque sorte. On fait mumuse avec la matière. Strike sur strike, Micke ! (ouais, c’est pas facile à prononcer, mais j’ai fait exprès !).
Albert Einstein, dont on n’a jamais su les toutes dernières paroles avant de mourir, sa conne d’infirmière ne parlant pas un traître mot d’allemand, c’est bête, mais franchement on aurait pu y penser avant, histoire de ne pas rater (peut-être) une dernière et nouvelle théorie étonnante qui chamboulerait à nouveau le monde, enfin, bref, on ne saura donc jamais du coup à cause d’elle, ne croyait pas à la physique quantique. « Arhhhh, c’est que du pipeau, tout ça ! Des atomes crochus ? Et pourquoi pas aussi des graines de sésame sur les brötchen aux saucisses ! » disait-il (libre traduction de moi qui a fait Allemand seconde langue), en vous tirant la langue, bien sûr. Parce qu’Einstein, le fortiche en maths, était en réalité un sacré rigolo. Pourtant, il parait qu’il était assez nul à l’école (ce qui nous fait deux points communs (avec rigolo, pas les maths), comme quoi…). Ses profs lui disaient sans arrêt qu’il ne ferait jamais rien de bien dans sa vie. À cause de ça, si vous saviez ce qu’il a galéré, le pauvre, il a même du s’expatrier en Suisse au début de sa carrière pour trouver du boulot, c’est pour vous dire… !
Bon, je vais y aller, moi, je crois que je vais me taper une petite sieste, histoire de rattraper cette heure de sommeil perdue cette nuit. Alors : Gute nacht, les amis !

PS : la prochaine fois, je vous parlerai d’un autre bouquin, dans un genre tout à fait différent, plutôt polar noir : « Dossiers froids » de Patrick Fouillard, et croyez-moi déjà sur parole, il y aura encore beaucoup à raconter.

Les Russkoffs. François Cavanna.

Chose promise, chose due. Enfin, presque…
Je vous avais promis de vous parler dans mon prochain post consacré à la critique littéraire d’un bouquin de Physique quantique (et je devine bien que vous attendiez ce moment avec grande impatience), seulement voilà… en farfouillant dans mes piles de bouquins non lus encore, je tombe sur celui-ci : « les Russkoffs » de monsieur François Cavanna. Et là, je me dis (toujours en aparté, et réveillant cette grosse bête curieuse qui sommeille en moi) : « C’est de çui-ci qu’il faut que je leur cause aujourd’hui ! N’est-il pas meilleur titre qui colle à l’actualité du moment ? N’est-il pas ? Oui, n’est-il pas ? N’est-il pas ?! » (Oui, il m’arrive de bégayer un peu lorsque je me parle à moi-même). Donc, en avant Guingamp, et c’est parti pour les Ruskoffs… !
Lorsque j’étais petit garçon, en classe de quatrième, collège de l’Empéri, je me trouvais assis le plus souvent à côté d’un camarade dont le patronyme était : « Ouais » ! Bien entendu, et c’est tout à fait normal, ne l’avait-il pas un peu cherché ? tout le monde se foutait de sa gueule dans la cour de récréation ! Moi, le premier (Très tôt, j’ai eu ce sens inné de la dérision désopilante et de l’humour acerbe qui met souvent mal à l’aise mes interlocuteurs et trices). Mais, l’étrange ne s’arrête pas là, ce type était le seul de tout notre bahut à avoir choisi « Russe » en deuxième langue vivante ! Re-foutage de gueule, bien sûr ! Sauf, moi. Je m’interrogeais plutôt. Je cherchais à comprendre… pourquoi le russe ? Pourquoi ? Mais, je n’ai jamais eu vraiment la réponse.
Bien souvent, lorsque Sylvain (Tesson) passe me voir, il me bassine avec la Russie et les Russes. C’est un pays que je ne connais pas, mais que lui connait très bien. Si ce n’est pas toujours un avantage de bien connaître quelque chose, ou quelqu’un, pour bien en parler, lui en parle très bien, c’est vrai. Il évoque l’âme slave comme personne d’autre. D’après lui, elle est très belle, très noble, et très bien comme il faut. « Il faudrait que tu vois toutes ces chaudasses qu’il y a là-bas ! » me tente-t-il souvent, tandis que j’observe, rêveur, le petit brin d’herbe aux bisons flottant dans notre bouteille de Żubrówka.
Żubrówka provient du mot russe, polonais, biélorusse et ukrainien : żubr, pour le bison, qui est un grand consommateur de Hierochloe odorata, appelée plus communément « herbe aux bisons », et dont un brin se trouve dans chaque bouteille. En Auvergne, il font la même chose avec une vipère aspic et appelle cela l’alcool de serpent. Boire cet alcool, aiderait à combattre le mal de dos, les problèmes de digestion, ou bien encore ceux de la fertilité (et même la lèpre selon certains mieux renseignés). La vodka, elle, me donne surtout mal à la tête, le lendemain matin. Mais, retenons plutôt de tout ceci que Bison se dit donc de la même façon dans ces quatre langues exotiques… ce qui pourrait (peut-être) être un avantage lors de futures négociations de paix, isnt’it… ?

37°2, le matin. Philippe Djian.

Ce jour, j’inaugure !
Voici donc une nouvelle rubrique dans mon blog : la critique littéraire.
Depuis plusieurs mois, force est de constater que quelques-uns se font des veaux bien gras (élevés chez la mère) en la matière (plus de 300 abonnés, n’est-ce pas Monsieur Jourdhu ?!), aussi, un peu jaloux de ces succès faciles (oui, j’ai quelques défauts, dont la jalousie ), je me suis dis en aparté (plaisir de la schizophrénie) : « Porc qué té vas ? » (Pourquoi pas moi ?)…
Bien entendu, et vous commencez un peu à me connaître sur les bords, je ne vais pas me contenter de faire comme tout le monde. Cela serait trop facile, et ne jamais donner dans la simplicité a toujours été un principe de base, chez bibi Salgrenn !

Explication : j’ai très peu de temps libre pour lire des tonnes de bouquins, comme (suivez mon regard vers l’ouest et le village de Petitbonhom sur mer) certains qui n’ont apparemment rien d’autre à fiche de la journée, ceux-là n’ayant ni deux stères de bois de chauffe à couper quotidiennement (à la hache), ni, ne serait-ce qu’un infime soupçon de vie mondaine, ainsi m’a-t-il fallu trouver une combine pour réaliser malgré tout cette nouvelle chronique, qui se veut sinon quotidienne, tout au moins hebdomadaire. Eh bien, ce n’est pas si compliqué que cela en réalité : je vous donnerai mon avis critique (et tout à fait éclairé) sur des livres que je n’ai pas lu ! J’y gagne en temps, mais aussi, et ce n’est pas négligeable, en pognon, n’ayant pas de boite à livres mise à ma disposition gracieusement, ici, dans ce coin perdu de la France rurale, où la moitié de la populace est analphabète (Encore bravo, l’Éducation Nationale !), et l’autre moitié, pour laquelle l’unique lecture un peu sérieuse de l’année consiste à décortiquer en ânonnant mot après mot, le mode d’emploi d’une tronçonneuse yougoslave ! Et pourtant, mes amis, malgré cela, je suis presque sûr que vous ne verrez pas trop la différence… !
Parlons donc aujourd’hui, si vous le voulez bien, de ce roman de Monsieur Philippe Djian, « 37°2, le matin ». ֤Évidemment, pour être tout à fait raccord, j’aurai pu choisir d’attendre fin juin, début juillet, pour vous en causer, époque des canicules dans notre pays. Mais, d’un autre côté, cela va réchauffer sensiblement l’atmosphère ambiante (un peu moins que si j’avais choisi « Farenheit 451 », c’est vrai, c’est une très bonne remarque, monsieur P. !) qui en a tant besoin en ce moment.

L’exemplaire à ma disposition est une édition en livre de poche, au format réduit donc, permettant de le trimballer partout où on va, au sein d’une de ces grandes poches sans fond de manteau matelassé (À noter, par expérience, que dans un jean’s slim cela ne marche pas, ou alors il faut prendre plusieurs tailles au-dessus, et du coup : on ne parle plus alors de jean’s slim mais plutôt d’un sac à patates mal taillé ! Mais, après tout, c’est vous qui voyez si cela ne vous gêne pas d’être fagoté comme un as de pic !
La couverture est assez jolie. Enfin, surtout si on aime le bleu clair. Il s’agit tout bêtement de l’affiche du film (Jean-Jacques Beineix.1986). Affiche réalisée par Christian Blondel d’après une photographie de Rémi Loca, et récompensée par un César de la meilleure affiche en 1987 (Je ne suis pas le seul, donc, à avoir du goût, cela me rassure quelque part).
Béatrice (Dalle, née Cabarrou, en 1964, à Brest même), je l’ai rencontrée, un jour. Une rencontre assez brève, au demeurant. Et, on peut d’ailleurs ici, évoquer plutôt un choc frontal, qu’une véritable rencontre ! Cela se passait en 1989, dans le hall de la gare SNCF de Bordeaux-Saint-Jean…
Elle courait… (en retard, peut-être, pour attraper son train, direction Périgueux, où avait lieu le tournage du film « Les bois noirs » de Jacques Deray ? Je ne sais…), vêtue d’une salopette bleue foncée (« Bleu » est aussi un titre de monsieur Djian, pour ceux qui n’avait pas remarqué la coïncidence). Et, j’étais sur sa trajectoire… et boum… ! ce qui devait arriver, arriva, elle me percuta de plein fouet ! Mais, pas un mot d’excuse, rien ! L’une de ses bretelles de salopette tombée, elle repartit aussi vite, et dans la même direction, une fois celle-ci replacée sur son épaule. L’image qui me reste en mémoire, aujourd’hui, après toutes ces années, est celle de son fessier rebondi s’éloignant vers une destinée cinématographique qu’on connait bien. C’est tout… et c’est vrai que c’est assez peu de chose.
Cela n’a aucun rapport avec le roman dont il est question aujourd’hui (mais, je doute que vous m’en teniez rigueur), mais il m’est arrivé quasiment la même (més- ?) aventure avec Hélène Ségara, la chanteuse à voix. De son vrai nom : Hélène Rizzo. Tôt, un matin, je me trouvais dans le hall de mon centre commercial (Carrefour) préféré et… (suspens… !) elle aussi m’a foncé dessus ! Vêtue d’un sweat à capuche noir, la dite capuche enfoncée sur la tête, madame la chanteuse avançait vite et sans vraiment apercevoir ce qui se trouvait devant elle. Ce qui, étant moi, le choc, cette fois encore, fut violent, et elle failli en laisser tomber le paquet qu’elle tenait à la main ! Nous échangeâmes alors un regard bref, mais intense. Elle a des yeux magnifiques, ceci dit en passant (même vite)…
La prochaine fois, je vous parlerai d’un bouquin de physique quantique et de comment l’ancien maire de Lyon (Michel Noir) m’a marché sur le pied, un dimanche soir, sur les quais de Saône. Bon dimanche à vous, et bonne lecture.

Tic-tac.

Pièce en 5 actes. L’ensemble de la pièce est disponible ici : https://lemondeselonernestsalgrenn.wordpress.com/2022/03/12/tic-tac/

ACTE 2

Bunker, toujours. Une paire de jambes sort de dessous la console (L’un des panneaux latéraux est soulevé). On reconnait le pantalon d’uniforme du militaire avec son galonnage doré tout le long de la couture…

— Quelle saloperie, ce machin ! Chiotte de chiotte !

Des voix se rapprochent. La petite porte sur le côté s’ouvre d’un coup et apparaissent (dans cet ordre) : la blonde, la femme de ménage, et le nabot, tous trois chargés d’un carton (sur celui de la blonde on peut y lire en grosses lettres : « CACHOU DE LUXE »).

La blonde, gouailleuse à souhait :
— Hé, ho ! Maréchal ! Nous revoilou !
Puis, déposant son carton sur une petite table pliante en formica :
— Ben, voilà, fallait pas s’en faire ! Y’a tout c’qui faut ici !
La femme de ménage :
— Moi, en tout cas, je n’ai jamais manqué de rien en dix-sept ans !
Le nabot, lâchant sans aucune précaution son carton, presque aussi grand que lui, dans un coin de la pièce :
— Alors, Spoutnik ? Vous vous en sortez, ou pas… ?
Le militaire (Maréchal Spoutnik Délitfaciev) :
— Négatif… y’a un sacré boxon là-dedans ! faut le voir pour le croire, tout ce tas de fils à la con ! j’en perds mon latin… des bleus, des rouges, des noirs, des jaunes et vert… et celui-là… rose bonbon… !

Il doit tirer dessus car la loupiote du plafond se met à monter et descendre…

La femme de ménage :
— Non ? Il s’appelle vraiment Spoutnik, cet abruti… ? Comment peut-on se décider à appeler son gosse Spoutnik ? Faut-y être crétin tout de même… Spoutnik… !
Le Spoutnik :
— Hé, ho, je vous entends, vous savez ! Et pour votre information, mon père était cosmonaute… il a tourné plus de deux cent fois autour de la terre ! Alors ? ça vous en bouche un coin, je parie ?!
La femme de ménage :
— Ouais… peut-être… mais n’empêche que… !
Le nabot, se laissant tomber sur le canapé :
— Et vous, c’est quoi votre nom ?
La femme de ménage :
— Germaine… Germaine Mirotvoretski !
La blonde :
— Ma manucure aussi s’appelle Germaine…

Elle se regarde les ongles un instant, puis commence à ouvrir son carton délicatement.

Germaine :
— Vous en avez bien de la chance de pouvoir vous payer une manucure… et puis n’importe comment, moi, je me ronge les ongles, alors ça ne servirait pas à grand-chose !
Le nabot :
— Sans compter qu’avec votre métier… les mains dans l’eau de javel toute la journée et à récurer la crasse… ce n’est pas l’idéal, non plus, n’est-ce pas ?!
Germaine :
— Ouais, mais j’ai pas vraiment le choix ! Tout le monde peut pas rester à se la couler douce du matin au soir comme une grosse feignasse, mon vieux ! Je sais pas si vous êtes au courant, mais, dans ce pays, il y en a qui ont encore besoin de bosser pour gagner leur croûte ! Faut pas croire que ça vous tombe tout cru du ciel, les pépètes, alors faut bien bosser pour faire tourner sa marmite !
Le spoutnik, toujours couché sous sa console :
— Tout cuit ! Pas tout cru… !
Germaine :
— Hein… ? Qu’est-ce qui raconte, le cosmonaute ?
La blonde, gobant une pastille à la réglisse :
— Kékun ki veut un kachou… ?
Le spoutnik, émergeant de sous sa console, en sueur :
— Oui, c’est pas de refus !

La blonde s’approche de lui (toujours assis par terre), il lui tend sa main à plat, elle rate son coup, la pastille roule au sol, elle se baisse pour la ramasser, on aperçoit le haut de ses bas de nylon, bien placé, il en profite, elle prend tout son temps, se relève enfin et lui fourre la petite réglisse directement dans la bouche…

Le nabot, qui n’a rien vu de la scène :
— Finalement, moi aussi, j’en veux bien une, ma chérie !
Germaine, qui, elle, n’a rien raté du petit manège :
— Moi aussi, mais… je me la mettrai moi même dans le bec, si vous n’y voyez pas d’inconvénient !

Une sirène d’alarme retentit, les néons se mettent à clignoter…

Le nabot, se relevant d’un coup sec :
— Qu’est-ce qui se passe, là ?
Germaine :
— Rien ! Faut pas vous affolez ! C’est mes lasagnes !
Le nabot :
— Comment ça, vos lasagnes ?!
Germaine :
— Ouais, ça c’est rien que pour prévenir que mon plat de lasagnes, que j’ai mis dans le four tout à l’heure, est tout à fait cuit ! J’ai un peu bidouillé le système d’origine pour pouvoir être avertie partout où je me trouve… vous comprenez, c’est tellement grand ici, et puis avec l’épaisseur des murs !
Le Spoutnik, qui ouvre de grands yeux :
— Attendez un peu… comment ça, vous avez BIDOUILLÉ le système ?! C’est quoi encore, cette histoire… ?

Germaine sort un gros boitier noir de sa poche ventrale de tablier, déplie une longue antenne, appuie sur un bouton, la sirène s’arrête instantanément et les néons ne clignotent plus.

Germaine :
— Voilà… c’est fini !

Le Spoutnik se relève, enlève sa veste, la jette sur la console à côté de sa casquette, se retrousse les manches de chemise (en prenant tout son temps), et s’approche ensuite de Germaine d’un pas décidé.

— Montrez-moi ça ! C’est quoi, cette télécommande ? Ce n’est certainement pas du matériel réglementaire… d’où vous sortez, ça ?
Elle se recule, et le menace en pointant l’antenne vers lui.
— Approchez pas… ou je vous troue le bide !
Le Spoutnik :
— Donnez-moi ça, je vous dis !
Germaine :
— Non ! C’est à moi !
Le nabot, qui se rassoit sur le canapé :
— Bon… ça suffit maintenant tous les deux ! Vous êtes pénibles à la fin… Madame Mirotvorestki… allons, soyez raisonnable… passez-lui cette télécommande, qu’il voit ce machin de près, et puis qu’on en finisse !
Germaine :
— Non ! Et non, c’est non ! Il n’en est pas question !
La blonde, qui se rapproche un peu, et d’une voix qui se veut apaisante :
— Germaine… écoutez-moi, ma petite Germaine… Vous savez qui sont ces deux-là, hein ? Vous n’ignorez pas tout de même que vous êtes en présence du Président de la république, LE PRÉSIDENT, Germaine, NOTRE PRÉSIDENT à tous… et du Maréchal Délitfaciev, son chef d’état-major, c’est à dire le plus haut gradé de toute notre grande armée populaire… ce n’est pas rien tout de même… !
Germaine :
— Rien à fiche ! Ici, c’est chez moi, alors je fais un peu ce que je veux ! Et puis d’abord, ça pourrait être dangereux de lui passer cet appareil… faut surtout pas appuyer sur les boutons n’importe comment : il pourrait y avoir de graves conséquences ! parce que faut savoir que je peux tout commander avec ce truc… même votre satané machin-chose, là… (elle montre, avec l’antenne, le gros bouton rouge)
Le Spoutnik :
— Oh… nom d’une pipe ! Je le crois pas… !
Germaine :
— Ben, si ! Voulez que j’vous montre… ?!

Sans attendre de réponse, elle appuie sur l’un des boutons de sa télécommande, tout en tirant la langue… Le nabot, saisi de frayeur, replie ses jambes sous lui et s’enfouit la tête dedans, le Spoutnik se colle les mains sur les oreilles, et la blonde, tétanisée sur place, ne fait rien…

Germaine :
— Mais, regardez-moi donc un peu, cette bande de trouillards !

Une petite musique douce (Mozart) se fait entendre progressivement. Dans le même temps, l’intensité des néons s’atténue, tandis que des posters (de chats) se déroulent sur les murs, puis, une porte coulisse, et apparait une grande table (sur roulettes), qui vient se positionner en plein milieu de la pièce !

— Alors ? C’est drôlement chouette, non ?!

Rideau.

NDLA : La suite dans quelques jours !

Tic-Tac.

Pièce en 5 actes.

Ernest Salgrenn. Mars 2022.

ACTE 1

La scène se déroule dans ce qui semble être un bunker. Des murs en béton brut, au centre une console en métal gris avec un gros bouton rouge, pour seul éclairage, une loupiote qui se balance au bout d’un fil juste au-dessus, dans un coin, un divan rouge avec une étoile jaune, une lourde porte blindée avec un mécanisme de fermeture extrêmement sophistiqué…
Trois personnages sont présents. Un nabot, costume sombre, au regard halluciné, un militaire de haut grade, casquette surdimensionnée, placard de médailles, et une jeune femme, blonde, robe élégante sous un manteau de fourrure, collier de diamants, assise mollement sur le canapé devant deux valises en cuir…

Scène I

Le nabot :
« Feu… !
Le militaire, occupé à verrouiller la porte blindée :
— … Comment ?
Le nabot :
— Feu ! vous dis-je ! Le militaire, se retournant :
— Du feu ? Mais… vous n’allez tout de même pas fumer ici… cela va nous empester l’atmosphère !
La blonde :
— Il a raison, chéri, tu ne vas pas te remettre à fumer maintenant ? Tu ne veux pas plutôt un tic-tac ?
Le nabot :
— Non ! Maréchal Délitfaciev, appuyez-moi immédiatement sur ce bouton ! C’est un ordre ! Alors, obéissez !
Le militaire, s’approche de la console, jette un œil à sa montre, puis tâte ses poches d’uniforme…
— Flûte… je crois bien que je n’ai pas pensé à prendre les codes… oui, c’est ça, c’est bête… mais j’ai dû les laisser sur mon bureau !
La blonde, fouille fébrilement dans son sac à main :
— Et moi, je crois bien que je n’ai plus de tic-tac… quelle conne, je suis !
Le nabot, se rapproche, lui aussi, de la console centrale, et se hausse sur la pointe des pieds afin de mieux voir :
— C’est quoi, ça ?
Le militaire, embarrassé comme pas deux :
— Une sécurité… Le bouton est bloqué… faut taper le code et…
La blonde, repose son sac à côté d’elle :
— Et la bombinette cherra !
Le militaire :
— Bombinette, bombinette… il ne s’agit pas vraiment de bombinettes, comme vous dites… plusieurs centaines de mégatonnes, tout de même… !
La blonde :
— C’est moche, ici… très moche !
Le nabot :
— Peut-être, mais au moins, nous sommes en sécurité. Vous êtes sûr d’avoir bien fermé la porte, Délitfaciev ?
Le militaire :
— Je crois…

Silence. Le nabot tourne en rond. Le militaire mate la blonde qui se lisse un bas. La loupiote se met à clignoter…

Le nabot, rompant enfin le silence, comme pris d’une soudaine crise d’angoisse :
— Ah… je ne suis pas aidé, tiens ! Quelle bande d’incapables… c’est terrible… quand je pense à tout ce mal que je me suis donné depuis tant d’années… oui, tout ce mal… vous ne me méritez pas, tous autant que vous êtes !
La blonde, se lève :
— Ne dis pas ça, mon chéri, viens… câlin à maman…

Le nabot se jette dans ses bras, le nez dans sa poitrine opulente. Le militaire pose sa casquette sur la console, sort un mouchoir blanc de l’une de ses poches et bidouille l’ampoule.

Le militaire, sur la pointe des pieds :
— Il doit y avoir un faux contact… avec toute cette humidité, cela ne m’étonne pas…

Ça claque sec… et la lumière s’éteint. Noir absolu. Quelques secondes se passent ainsi… puis, toute une ribambelle de néons, violents, cette fois, illumine la pièce à nouveau…Une femme, entre deux âges, tablier à fleurs, un balai, qu’elle tient comme une lance de tournoi, pointée vers les trois autres, se tient devant une porte ouverte sur le côté droit…

Scène II

La femme :
— C’est quoi, ce bordel ? Qu’est-ce que vous foutez-là, dans le noir ? Vous êtes qui, vous ?!
Le nabot, s’écartant un peu des nichons :
— Et vous ? Vous êtes qui, vous ?
La femme :
— La femme de ménage ! Merde ! ça vous amuse de faire sauter les plombs comme ça ?!
Le militaire, tout rouge, en sueur, tremblotant, pas fier du tout :
— Putain, je me suis pris une sacré châtaigne… !
Le nabot, s’avance vers la femme de ménage :
— Vous ne me reconnaissez pas ? C’est moi, votre président…
La femme de ménage, baisse son balai et plisse les yeux :
— Ouais, peut-être… peut-être bien, maintenant que vous le dites, y’a comme qui dirait une petite ressemblance… Et elle, c’est qui ?
La blonde :
— Une amie de monsieur… dites, vous n’auriez pas une boite de tic-tac, par hasard ?
Le nabot, désignant la porte ouverte par la bonne femme en tablier :
— Y’a quoi, là, derrière vous ?
La bonne femme de ménage :
— La machinerie, les réserves, tout le tintoin pour tenir des mois et des mois, et… chez moi !
Le nabot, ouvrant de grands yeux :
— Comment ça, chez vous ?! Vous voulez dire que vous habitez ici, dans cet abri ?
La femme :
— Ouais, et ça fait un bail, même ! Dix-sept ans, que j’habite ici !
le Nabot, s’adressant au militaire :
— Et vous pouvez m’expliquer ça, bien sûr… ?
Le militaire, s’épongeant le front :
— … Heu… non ! Je ne savais même pas qu’une femme de ménage s’occupait de cet abri !
Le Nabot :
— C’est bien ce que je disais… je ne suis entouré que d’incapables !
Le militaire, reprenant du poil de la bête :
— Mais, de quel droit ? C’est une enceinte militaire, c’est du secret défense tout ça autour de nous, du secret défense ! Et vous l’avez l’habilitation « Secret Défense » ? Vous l’avez ? Non, certainement pas ! Vous risquez gros, vous savez, ma petite dame… !
La femme :
— Ah ouais ? Et toi, t’es qui, toi ? T’es qui, donc ?!
Le nabot :
— Mon chef d’état-major…
La femme :
— Eh bien, je l’emmerde, ton chef d’état-major ! Et sa casquette et son putain de secret défense, il peut se les mettre où je pense !
Le nabot, voyant que les choses s’enveniment :
— Bon, on se calme tous les deux ! La situation n’est déjà pas facile…
La blonde :
— Et vous savez s’il y a des tic-tac dans vos réserves ?
Le nabot :
— Mais, tu commences à nous faire chier maintenant avec tes tic-tac !
La femme de ménage :
— Non, mais y’a des cachous !

Rideau.

Acte 2.

Bunker, toujours. Une paire de jambes sort de dessous la console (L’un des panneaux latéraux est soulevé). On reconnait le pantalon d’uniforme du militaire avec son galonnage doré tout le long de la couture…

— Quelle saloperie, ce machin ! Chiotte de chiotte !

Des voix se rapprochent. La petite porte sur le côté s’ouvre d’un coup et apparaissent (dans cet ordre) : la blonde, la femme de ménage, et le nabot, tous trois chargés d’un carton (sur celui de la blonde on peut y lire en grosses lettres : « CACHOU DE LUXE »).


La blonde, gouailleuse à souhait :
— Hé, ho ! Maréchal ! Nous revoilou !
Puis, déposant son carton sur une petite table pliante en formica :
— Ben, voilà, fallait pas s’en faire ! Y’a tout c’qui faut ici !
La femme de ménage :
— Moi, en tout cas, je n’ai jamais manqué de rien en dix-sept ans !
Le nabot, lâchant sans aucune précaution son carton, presque aussi grand que lui, dans un coin de la pièce :
— Alors, Spoutnik ? Vous vous en sortez, ou pas… ?
Le militaire (Maréchal Spoutnik Délitfaciev) :
— Négatif… y’a un sacré boxon là-dedans ! faut le voir pour le croire, tout ce tas de fils à la con ! j’en perds mon latin… des bleus, des rouges, des noirs, des jaunes et vert… et celui-là… rose bonbon… !

Il doit tirer dessus car la loupiote du plafond se met à monter et descendre…


La femme de ménage :
— Non ? Il s’appelle vraiment Spoutnik, cet abruti… ? Comment peut-on se décider à appeler son gosse Spoutnik ? Faut-y être crétin tout de même… Spoutnik… !
Le Spoutnik :
— Hé, ho, je vous entends, vous savez ! Et pour votre information, mon père était cosmonaute… il a tourné plus de deux cent fois autour de la terre ! Alors ? ça vous en bouche un coin, je parie ?!
La femme de ménage :
— Ouais… peut-être… mais n’empêche que… !
Le nabot, se laissant tomber sur le canapé :
— Et vous, c’est quoi votre nom ?
La femme de ménage :
— Germaine… Germaine Mirotvoretski !
La blonde :
— Ma manucure aussi s’appelle Germaine…

Elle se regarde les ongles un instant, puis commence à ouvrir son carton délicatement.


Germaine :
— Vous en avez bien de la chance de pouvoir vous payer une manucure… et puis n’importe comment, moi, je me ronge les ongles, alors ça ne servirait pas à grand-chose !
Le nabot :
— Sans compter qu’avec votre métier… les mains dans l’eau de javel toute la journée et à récurer la crasse… ce n’est pas l’idéal, non plus, n’est-ce pas ?!
Germaine :
— Ouais, mais j’ai pas vraiment le choix ! Tout le monde peut pas rester à se la couler douce du matin au soir comme une grosse feignasse, mon vieux ! Je sais pas si vous êtes au courant, mais, dans ce pays, il y en a qui ont encore besoin de bosser pour gagner leur croûte ! Faut pas croire que ça vous tombe tout cru du ciel, les pépètes, alors faut bien bosser pour faire tourner sa marmite !
Le spoutnik, toujours couché sous sa console :
— Tout cuit ! Pas tout cru… !
Germaine :
— Hein… ? Qu’est-ce qui raconte, le cosmonaute ?
La blonde, gobant une pastille à la réglisse :
— Kékun ki veut un kachou… ?
Le spoutnik, émergeant de sous sa console, en sueur :
— Oui, c’est pas de refus !

La blonde s’approche de lui (toujours assis par terre), il lui tend sa main à plat, elle rate son coup, la pastille roule au sol, elle se baisse pour la ramasser, on aperçoit le haut de ses bas de nylon, bien placé, il en profite, elle prend tout son temps, se relève enfin et lui fourre la petite réglisse directement dans la bouche…


Le nabot, qui n’a rien vu de la scène :
— Finalement, moi aussi, j’en veux bien une, ma chérie !
Germaine, qui, elle, n’a rien raté du petit manège :
— Moi aussi, mais… je me la mettrai moi même dans le bec, si vous n’y voyez pas d’inconvénient !

Une sirène d’alarme retentit, les néons se mettent à clignoter…


Le nabot, se relevant d’un coup sec :
— Qu’est-ce qui se passe, là ?
Germaine :
— Rien ! Faut pas vous affolez ! C’est mes lasagnes !
Le nabot :
— Comment ça, vos lasagnes ?!
Germaine :
— Ouais, ça c’est rien que pour prévenir que mon plat de lasagnes, que j’ai mis dans le four tout à l’heure, est tout à fait cuit ! J’ai un peu bidouillé le système d’origine pour pouvoir être avertie partout où je me trouve… vous comprenez, c’est tellement grand ici, et puis avec l’épaisseur des murs !
Le Spoutnik, qui ouvre de grands yeux :
— Attendez un peu… comment ça, vous avez BIDOUILLÉ le système ?! C’est quoi encore, cette histoire… ?

Germaine sort un gros boitier noir de sa poche ventrale de tablier, déplie une longue antenne, appuie sur un bouton, la sirène s’arrête instantanément et les néons ne clignotent plus.


Germaine :
— Voilà… c’est fini !

Le Spoutnik se relève, enlève sa veste, la jette sur la console à côté de sa casquette, se retrousse les manches de chemise (en prenant tout son temps), et s’approche ensuite de Germaine d’un pas décidé.


— Montrez-moi ça ! C’est quoi, cette télécommande ? Ce n’est certainement pas du matériel réglementaire… d’où vous sortez, ça ?

Elle se recule, et le menace en pointant l’antenne vers lui.


— Approchez pas… ou je vous troue le bide !
Le Spoutnik :
— Donnez-moi ça, je vous dis !
Germaine :
— Non ! C’est à moi !
Le nabot, qui se rassoit sur le canapé :
— Bon… ça suffit maintenant tous les deux ! Vous êtes pénibles à la fin… Madame Mirotvorestki… allons, soyez raisonnable… passez-lui cette télécommande, qu’il voit ce machin de près, et puis qu’on en finisse !
Germaine :
— Non ! Et non, c’est non ! Il n’en est pas question !
La blonde, qui se rapproche un peu, et d’une voix qui se veut apaisante :
— Germaine… écoutez-moi, ma petite Germaine… Vous savez qui sont ces deux-là, hein ? Vous n’ignorez pas tout de même que vous êtes en présence du Président de la république, LE PRÉSIDENT, Germaine, NOTRE PRÉSIDENT à tous… et du Maréchal Délitfaciev, son chef d’état-major, c’est à dire le plus haut gradé de toute notre grande armée populaire… ce n’est pas rien tout de même… !
Germaine :
— Rien à fiche ! Ici, c’est chez moi, alors je fais un peu ce que je veux ! Et puis d’abord, ça pourrait être dangereux de lui passer cet appareil… faut surtout pas appuyer sur les boutons n’importe comment : il pourrait y avoir de graves conséquences ! parce que faut savoir que je peux tout commander avec ce truc… même votre satané machin-chose, là… (elle montre, avec l’antenne, le gros bouton rouge)
Le Spoutnik :
— Oh… nom d’une pipe ! Je le crois pas… !
Germaine :
— Ben, si ! Voulez que j’vous montre… ?!

Sans attendre de réponse, elle appuie sur l’un des boutons de sa télécommande, tout en tirant la langue… Le nabot, saisi de frayeur, replie ses jambes sous lui et s’enfouit la tête dedans, le Spoutnik se colle les mains sur les oreilles, et la blonde, tétanisée sur place, ne fait rien…

Germaine :
— Mais, regardez-moi donc un peu, cette bande de trouillards !

Une petite musique douce (Mozart) se fait entendre progressivement. Dans le même temps, l’intensité des néons s’atténue, tandis que des posters (de chats) se déroulent sur les murs, puis, une porte coulisse, et apparait une grande table (sur roulettes), qui vient se positionner en plein milieu de la pièce !

— Alors ? C’est drôlement chouette, non ?!

Rideau.

Une semaine bien ordinaire.

Ce matin, un chasseur a tué un lapin blanc sorti d’un chapeau de roue. Cela s’est passé pas très loin de chez moi, sur l’autoroute A7, au kilomètre 126, dans le sens Marseille-Paris. La chasse, faisant* partie de ces hobbies (dur de ne pas faire la liaison, mais abstenez-vous toutefois, conseil d’ami…) qui vous permettent de vous dégoter un bon nombre d’amis à vie, n’est plus du tout ce jeu de massacre auquel on pouvait assister tristement par le passé. En effet, depuis que la pratique est interdite en campagne et autorisée seulement sur nos autoroutes, les choses ont beaucoup évolué. Les tableaux de chasse sont, depuis, très nettement en baisse. Ceux des tirailleurs sur tout ce qui bouge en tout cas. Un peu moins ceux des chauffeurs lituaniens de trente-huit tonnes…
Avant-hier soir, juste avant la tombée de la nuit, une éolienne de cent mètres de haut s’est emballée, comme ça, sans prévenir. Puis, une autre. Et encore une autre ! Et pour finir la totalité du parc qui se trouve à côté de chez moi. Les pales géantes ont fini par se détacher dans un fracas épouvantable, propulsées pour certaines à plusieurs kilomètres, dont une qui s’est figée, toute droite, verge monstrueuse de résine-carbone, dans mon jardin, au beau milieu de mes plants de salades frisées (que je venais de repiquer, c’est vraiment pas de bol !) ! La douzaine d’experts, accourus sur place dans la matinée, reste dubitative. Que s’est-il donc passé ? On peut se poser la question. Ils se la posent. Et je me la pose aussi.
La semaine dernière, mon charcutier-traiteur, Biloute Van la Meesch, a réalisé sa première appendicectomie. Avec succès. Devant la disparition de nos médecins de campagnes, « le Désert médical, ça fait mal ! », il faut bien qu’on s’organise. Son épouse, Germaine, s’occupe de l’anesthésie. Elle a appris grâce à des tutos sur le Net. Ses andouillettes, à Biloute, sont une vraie tuerie. Les gens viennent de très loin rien que pour ces andouillettes-là. Et des célébrités, et pas des moindres : Michel Drucker en personne vient se servir chez lui, profitant à chaque fois de l’occasion pour réaliser un check-up complet (Ou, comment joindre l’utile à l’agréable !). Son paté de ragondin à l’Armagnac n’est pas mal non plus.
Demain, je fais ramoner. C’est obligatoire pour les assurances. C’est écrit en tout petit sur mon contrat, mais c’est écrit. Je dois faire contrôler ma fosse septique aussi. Et mes deux bagnoles. Il y en a qui disent que c’est du racket organisé. Moi, je dis que non ! La sécurité n’a pas de prix. Pas de prix. Et une fosse septique qui ne fonctionne pas au poil, cela peut être tellement dangereux… des chiottes bouchés sur un bateau, c’est la mutinerie assurée !
Ce soir, il y a une chouette émission à la téloche : « La France a un incroyable talent ». J’aime bien. On y voit des choses assez surprenantes qu’on ne voit pas ailleurs. À moins d’être un directeur de cirque, bien entendu (ou infirmier en psychiatrie éventuellement). À ce propos, il parait que les cirques ne pourront plus présenter d’animaux sauvages. Bientôt, qu’ils ont dit. Je trouve que ce n’est pas plus mal (Eh oui, parfois, je n’ai pas peur de prendre un peu position !). La mesure devrait également s’appliquer à ces chasseurs (encore eux !) qui attachent leurs pauvres chiens durant neuf mois de l’année au bout d’une chaine d’un mètre cinquante. On aurait peut-être même dû commencer par ça. No ?
Bon, je dois vous laisser, j’ai rendez-vous chez mon nouveau proctologue. J’en profiterai pour lui acheter des clopes. J’en ai pu !

  • faisant, faisan : petit clin d’œil cynégétique !

Texte et photographie Ernest Salgrenn. Mars 2022. Tous droits réservés.

Yop la boum !

« En cas d’explosion nucléaire, s’éloigner des fenêtres« . Lol… !
Je referme ce bouquin reçu hier matin par la poste, « La guerre nucléaire pour les nuls« , m’enfile un cachet d’iodure de potassium avec un verre d’eau chlorée (en préventif), une vieille paire de pompes, et sors dans le jardin. Il fait beau. Juste une petite brise venu de l’est. Du nord-est plus précisément.
Depuis quelques temps, mon jardin ressemble à un cimetière. Tout ça à cause de l’O.L.D, la fameuse directive préfectorale sur le débroussaillement obligatoire en prévention des feux de forêt. Ce n’est pas génial génial, comme idée, d’abattre des arbres sains avant qu’ils ne brûlent (re-lol !), mais je n’avais pas le choix, vous savez bien ce que c’est : mise en demeure, amendes, tribunal correctionnel, casier judiciaire, opprobe générale… alors ma résistance a capitulé rapidement. Béée… ! fait le mouton. Amen… ! le contribuable…
J’ai choisi de ne pas tronçonner mes arbres à ras, j’ai coupé à environ un mètre du sol. Reste donc une partie du tronc. L’idée m’est venu en me souvenant d’un paysage observé, il y a quelques années de cela, en Alaska. Sur des dizaines de kilomètres carrés, le souffle de l’explosion d’un volcan avait provoqué un cataclysme effroyable. Tous les arbres étaient coupés en deux. La partie supérieure emportée par une coulée de boue, restaient seuls les troncs plantés lugubrement dans les cailloux basaltiques. Peut-on exiger des gens instruits d’être également doué d’un minimum de bon sens ? Je n’ai pas l’impression que cela soit à l’ordre du jour chez nous…
Je sais qu’il y a des amateurs de cimetières. Certains passent une grande partie de leur temps libre à les visiter. Cela porte même un nom : la taphophilie. De taphos, tombe, et philie, amour. C’est reposant, un cimetière. D’ailleurs, c’est un peu l’objectif au départ : y trouver le repos éternel ! Peut-être aurais-je, moi aussi, des visites de passionnés d’ici peu ? À suivre…
Tout à l’heure, j’ai entendu aux infos de la radio, que monsieur Poutine avait mis toute sa famille en sécurité en Suisse. D’une, je ne savais pas que ce type avait une famille (Mais, après tout, même les monstres ont droit au bonheur !), et de deux, pourquoi donc la Suisse ? Parce qu’ils possèdent les meilleurs abris anti-atomiques du monde ? Parce que l’or en barres arrête les radiations ? Parce que c’est très chouette comme pays pour mourir dans d’atroces souffrances (il parait qu’on vomit beaucoup de sang avant de clamser pour de bon) ? Où tout simplement parce que tout son pognon volé est planqué là-bas, bien au chaud ? Mais, je me pose peut-être trop de questions, non ? Je ramasse une pigne de pin. C’est beau, une pigne de pin. Et drôlement bien foutu si on l’observe d’un peu plus prés. Les petites graines (pignons) sont très bien cachées dans les alvéoles protectrices. Je crois qu’il est nécessaire de toujours prendre le temps d’observer les choses de plus près lorsqu’on peut le faire. Et, j’ai un peu de temps, ce matin. Un oiseau me survole en rase-mottes. Bientôt, le printemps, alors peut-être cherche-t-il un coin tranquille pour y faire son nid ? N’a pas encore réalisé, ce con, que les choses ont bien changé ici depuis l’année dernière ? C’est assez bête, finalement, un oiseau, vous ne trouvez pas… ?

Texte et photographie Ernest Salgrenn. Mars 2022. Tous droits réservés.

Jamais plus ne dors.

Et vient le temps des croisées d’ogives
Nu-clé-aires…
D’un rempart si précaire
Contre cette abominable guerre…
D’une machine implacable qui s’emballe
S’emballe…
La vision de toutes ces pierres tombales.
Possible conflit Mondial
Brassées de Fusées
Trans-con-ti-nen-tales.
Tout s’emballe,
Tout s’emballe…
Toujours le bien luttant contre le mal
Le bien contre le mal…
Toujours ce même combat…
Mais le cœur des hommes qui bat
à cent, à plus de mille à l’heure…
Devant l’imminence d’un malheur
Les larmes de ces pauvres gosses…
Pleurs, cris, de vilaines bosses…
Méchante fée carabosse
Avec ton accent russe
On dirait que ça t’amuse ?
Et tout s’emballe, tout s’emballe…
Tout s’emballe, tout s’emballe…
Perdu la tête, j’ai perdu le nord
Perdu le nord
Alors, alors, alors,
Jamais plus ne dors
Jamais plus ne dors
Jamais plus ne dors…

Texte et photographie Ernest Salgrenn. Mars 2022. Tous droits réservés.

PAGE 385.

« Tiens… c’est de la daube ! »
Je me retourne et le regarde jeter sans aucun ménagement un pavé de 500 pages sur mon comptoir déjà fort encombré.
— Quoi… qu’est-ce donc ?!
— Ce bouquin, que tu m’as vendu il y a quinze jours… ben, je l’ai lu ! Et c’est une grosse daube ! Style, trame, psychologie des personnages : Le néant complet ! Même l’illustration de la première de couve est flippante de médiocrité ! Un gamin de cinq ans dyslexique aurait pu écrire ça ! Et pour en rajouter une louche : il y a une faute d’orthographe page 385…
— …page 385… ?
— Oui, parfaitement… à nénufar ! Nénufar écrit avec « ph »… !
— Mais… Ernest… tu sais bien… la grande réforme de l’orthographe menée par l’Académie Française ? Ils ont décidé de changer… initialement écrit avec « ph » et maintenant avec un « f » !
— Ah ouais ?! Sauf qu’à la base, mon pote, c’était déjà écrit avec un « f » !
— Oui… c’est pour cela que les deux orthographes sont désormais acceptées !
— Enfin bref, c’est le bordel, quoi !
Il est chiant, des fois, un chipoteur de première. Non… un vrai casse-couilles !
— Qu’est-ce que tu fiches là ? C’est quoi tous ces cartons ? Voilà que tu te décides enfin à faire du rangement dans cette boutique ? Pas trop tôt !
— Tu ne regardes donc pas la télé ?
— Non ! Pour quoi faire ? Pour m’abrutir comme tous ces cons ?!
— Et la radio… tu n’allumes pas ta radio de temps en temps ? France culture… ?!
— Des cons aussi ! Un ramassis de bobos gauchistes ! D’ailleurs, je n’ai plus de piles à foutre dedans… !
— Et Internet… ? Facebook ?
— Qui… ?
Je n’en reviens pas. Il ne sait rien, cet idiot. Pas l’once d’une inquiétude dans ses yeux…
— Ernest…
— Oui… ? Quoi… ?
— Ils sont à nos portes…
— Oh, merde… ! T’as le fisc au cul ?! Ah, les enfoirés ! Te faire ça, à toi… ils ne vont pas t’obliger à fermer tout de même ? Bon… combien tu leur dois ? J’peux t’aider, tu sais… j’ai du pognon… et je ne sais pas vraiment quoi en faire de tout ce fric ! Oui, alors, combien il te faut ? Combien… ?
Il est comme ça, Ernest. Un brave type.
— Je te remercie, mais non, il ne s’agit pas de ça… c’est bien plus grave…
— Plus grave que le fisc ? Ta femme te quitte ? Ah, la salope, tiens ! Je m’en doutais… !
— Mais comment ça, tu t’en doutais ? Monique n’a pas du tout l’intention de me quitter ! Nous sommes très bien ensemble… !
— Que tu crois… ! Regarde la mienne… elle s’est barrée comme ça, sans prévenir, du jour au lendemain !
— Mais, tu la trompais, Ernest… ! Tu sautais tout ce qui bouge ! Tu as même essayer de te taper ma Monique ! Elle me l’a dit… tu lui faisais du rentre-dedans à chaque fois que tu venais ici lorsqu’elle était seule dans la boutique !
Il ouvre de grands yeux, et fait semblant de ne pas comprendre.
— Ouais, bon… n’empêche que… ! Ce sont toutes des salopes, tu peux me croire là-dessus !
— Les Russes… Ernest… les Russes… !
— Magnifiques ! Pouchkine, Dostoïevski, Tourgueniev, Nabokov, Boulgakov… et puis Gogol, bien sûr… ah, et voilà que j’allais oublier Tolstoï ! Comment peut-on oublier Tolstoï… ?! « La beauté ne fait pas l’amour, c’est l’amour qui fait la beauté… » ! Magnifique, non ?
— Oui… tu as raison, mais, cette fois, il s’agit plutôt de… Poutine ! Wladimir Poutine…
— Connais pas ! Qu’est-ce qu’il a écrit, celui-là ?
— Une jolie déclaration de guerre…
— Ah… ? Original, mais tu sais bien que les romans historiques ne m’intéressent pas ! Tu n’as pas autre chose à me proposer ? Un Bukowski ? Oui, tu n’aurais pas par hasard une vieille édition de « The days run away like wild horses over the hills » ? Quatre-vingt dix poèmes… des petits bonbons fourrés au fiel !
— Si… là, regarde sur ta droite, troisième étagère… tu as de la chance, je n’ai pas encore emballé ce rayon… et je t’en fais cadeau…
— Super ! T’es vraiment un ami !
Il trouve le recueil rapidement, le feuillette, et puis sort de la boutique tout en récitant à haute voix quelques vers de Charles. Il m’a déjà oublié. Car il est comme ça, Ernest…
Ne reste que ce livre, déposé sur le comptoir tout à l’heure, et dont je ne peux détourner maintenant mon regard… « Malevil » de Robert Merle… si tu avais su, Ernest…

Bruits de bottes au pas cadencé
Des larmes et du sang
Que pourrait-il rester de la vie, si ce n’est l’amour ?
Entends le canon qui gronde, ma blonde…
Pourtant, elle est si douce la langue russe !

Texte et photographie Ernest Salgrenn. Mars 2022. Tous droits réservés (même en Russie !).

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