D’élections molles en urnes bourrées.

C’est vrai ! Bien vrai, que je ne vous parle jamais (ou quasiment prou) de politique dans mes posts, billets, petites histoires à deux balles, nouvelles farfelues et pittoresques, appelez-bien ça comme vous voulez. Mais, une fois n’étant pas coutume…
Alors donc, nous y voilà, à deux jours seulement du premier tour de ce scrutin présidentiel ! Pour la plupart des prétendants au titre suprême (grand vizir de Gaule en déclin), les carottes sont cuites, et bien cuites, et leurs derniers petits coups d’esbroufes télévisuelles n’y feront rien, c’est mort ! Reste, comme à chaque fois, deux, éventuellement trois (le fameux trio magique du grand Guignol à papa : le mari, l’épouse et son amant caché dans un placard !) encore en lice pour le deuxième tour. Ce n’est pas moi qui le dit, ce sont les sondages. Les fameux sondages d’intention de vote (Sondeur d’opinion… serait-ce un métier d’avenir pour nos enfants ?). Autrement dit, on prend les mêmes et on recommence ! Enfin, presque les mêmes, car il y a cinq années de cela, souvenez-vous, on avait eu droit au petit nouveau de la bande (Rothschild family and consorts) sorti d’un chapeau claque au dernier moment ! Avec le résultat que vous savez…
Douze lignes. Douze lignes à peine… et déjà cela m’ennuie de vous parler de politique ! et vous avec, très certainement ! Alors, si l’on causait d’autre chose ? OK, ça marche !
En ce moment, je suis entrain de (re)lire « Les ritals » de monsieur François Cavanna. Cavanna est un grand écrivain et ce ne sont pas les sondages d’opinion qui l’affirment, c’est moi ! Dans mon Panthéon des écrivains, il est devant, au premier rang. Juste à côté de Romain et Boris. D’ailleurs, je suis persuadé qu’ils se tiennent la main, ces trois-là, ou plutôt, se tapent dans le dos, tout là-haut, au paradis des grands auteurs. Et qu’ils s’en racontent des fameuses, aussi, pour passer le temps, et j’ai dans l’idée que le temps ne doit pas passer très vite, là-haut…
« L’éternité, cé long commé la morta ! » dirait ma concierge. Petite précision, ma concierge n’est pas portugaise. Aujourd’hui, toutes les concierges (une espèce en voie de disparition, ceci dit) ne sont pas forcément portugaises. Dans le lot, quelques-unes sont d’Espagne. Olé ! Pourquoi ai-je dis « Olé » ? Je ne sais pas… cela m’est venu tout naturellement ! Enfin bref, passons.
« Mousié Salgriné… vous avé rézou ouné couli dé la posté ! » m’apostrophe-t-elle, madame Gomez y Sanchez y Peillon y Rueca dé la Pampa, ma concierge, justement…
Je ne lui ai jamais avoué à cette petite dame à la fine moustache, et qui postillonne plus que la normale, mais ma mère fut concierge, elle aussi. Dans un bel immeuble parisien, très cossu, juste en face du bois de Boulogne. C’est là que je vécu mes premières années. Dans une loge de concierge. Excusez du peu !
S’il me reste quelques souvenirs de cette époque, cela est très étrange, mais ils sont tous en noir et blanc ! Pas une seule note de couleur dans ces souvenirs-ci. Du noir et du blanc, uniquement. Les couleurs, elles n’arrivent que bien plus tard dans mes souvenirs d’enfance. Et principalement du bleu et du vert, couleurs de la mer, en Bretagne.
Elle me tend le paquet (madame G.S.P.R.P). Je sais de quoi il s’agit, pas la peine de l’ouvrir. Encore un retour de mon éditeur. En ce moment, je n’ai pas beaucoup de succès, je m’applique pourtant, mais personne ne veut de ma prose. Il y a des périodes comme ça. Je ne m’en fais pas trop pourtant, cela va reprendre d’ici peu, j’en suis sûr, j’y crois.
Dans notre bel immeuble du XVIème arrondissement, parmi les locataires, il y avait un jeune garçon qui vivait là, avec ses parents. Ce gamin jouait de tout un tas d’instruments de musique dont l’accordéon, et bien souvent on entendait les mélodies de ce dernier résonner dans tout l’immeuble. J’ai toujours apprécié cet instrument, l’accordéon. Le « piano à bretelles », comme on le nommait alors dans les milieux populaires ! Un peu ringard sur les bords, très certainement (mais, ne le suis-je pas moi-même ?!) malgré tout, j’aime bien !
Tandis que ma mère balayait très consciencieusement l’escalier de notre immeuble deux fois par jour, mon père, pendant ce temps-là, conduisait la grande échelle des pompiers. Pompier de Paris, était-il, lui. Un très bel homme, tout en muscles, que mon père. Et avec toutes ses dents… Pourquoi vous préciser ça, vous étonnerez-vous ? Eh bien, car je le sais ! Oui, il avait toutes ses quenottes, mon papa, ne lui en manquait pas une ! Pas une, vous dis-je ! ne nous l’a-t-il pas répété si souvent ensuite, plus tard, alors qu’il nous contait ses formidables exploits de pompier, de courageux et brave petit gars qui sauvait des gens comme nous tous les jours (Vaincre ou périr, telle était sa terrible devise, alors, voyez bien que je ne vous mens pas !)… « Tu sais (mon fiston), s’il te manquait une dent, ou même une seule d’un peu abîmée, et même une qu’est tout au fond de ta bouche et qu’on ne voit pas forcément, eh, bien, tu étais recalé à l’examen médical d’entrée ! Recalé ! Et au suivant ! ».
Mais tout ça, cette sévérité à l’engagement, c’était à cause de cette foutue guerre d’Algérie, que pas un seul des jeunes gars de l’époque ne voulait aller la faire cette saloperie de guerre, c’est pourquoi tout le monde tentait de rentrer dans le corps des pompiers de Paris… la planque, quoi ! Véridique, l’histoire ! Enfin, c’est mon pater qui me l’a dit.
On n’avait pas de salle d’eau pour faire notre toilette. On se lavait dans la cuisine, devant l’évier. Sauf moi, qui prenais mon bain dans une petite cuvette en zinc posée dans ce même évier. Par contre, allez savoir pourquoi, nous avons eu assez vite un poste de télévision ! De ça aussi, je m’en souviens très bien. Et, dans cette télé (énorme, comme un coffre-fort de bijoutier, mais avec pourtant un écran ridiculement petit !), le feuilleton « Belphégor ». En noir et blanc, bien sûr. Bon sang, qu’est-ce que j’ai pu en faire des cauchemars avec ce Belphégor ! Je crois bien que même maintenant, soit plus ou moins soixante ans après, elle me file encore un peu la frousse rétrospectivement, cette Belphégor-là… Saleté, tiens !
Le jeune, celui de tout à l’heure, de l’accordéon, du troisième étage de notre immeuble cossu, il s’appelait Michel, et puis Mick (pour faire tout à fait dans le vent), il parait qu’il est devenu l’un des musiciens attitrés des Chaussettes Noires (le groupe yé-yé avec Eddy Mitchell, alias Claude Moine, ou Schmoll, c’est le même, cherchez pas).
Les Chaussettes Noires… ! vous voyez bien, une fois de plus, que décidément tout était blanc et noir à cette époque ! Ce n’est pas moi qui l’invente… j’en serai bien incapable d’ailleurs de vous inventer tout ça…
Bon, je vous laisse, finirai par vous raconter ma vie, à ce train-là ! Allez, salut les copains ! Et surtout… n’oubliez pas d’aller voter !

Texte et photographie Ernest Salgrenn. Avril 2022; Tous droits réservés.

8 Replies to “D’élections molles en urnes bourrées.”

    1. Merci pour cette précision ! Toutefois, chez Cavanna, les concierges (lorsqu’il y en avait) étaient plutôt des mamas italiennes ! Pour le reste, merci de te soucier de nos ébats ! (comment ça ? c’est pas un « r » ?!).

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  1. Mes parents (et oui, j’en ai eu aussi) avaient peu de disques, mais tout gamin dans le gros poste qui faisait radio, tourne disque avec range disques, et espace digestifs (petite réserve à alcools avec des accroche verres vissés sur la petite porte en bois (environ 40×40), un meuble allemand je crois, j’écoutais ça (entre autres raretés) :

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