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Cinq minutes avec Josette Moulina.

En ce moment ma vie ressemble de plus en plus à celle d’Arlette Laguiller. Ce matin, dès potron-minet, je suivais sur des sentiers boueux et dans une brume épaisse, une bande de récalcitrants à l’installation d’une centrale photovoltaïque géante en plein milieu de la forêt de Gironde, puis de retour sur Bordeaux dans l’après-midi, j’arpentais cette fois la rue Sainte Catherine, gueulant à tue-tête des slogans anti-retraite à 65 balais, pour terminer la soirée chez moi en beauté, en décidant d’entamer une énième grève (reconductible) du sexe ! Ainsi donc, le mouvement social m’anime du matin au soir… !
Mon mari est un con. Et ça ne date pas d’aujourd’hui. Il n’a absolument rien compris au Féminisme ! Mince, ce n’est pourtant pas si compliqué que ça à comprendre ?! Nous voulons juste être considérées pour ce que nous sommes, des êtres humains comme tout le monde, et avoir enfin les mêmes droits que vous, petits connards du patriarcat !
Jules (c’est bête, mais mon jules s’appelle Jules !) ne fait vraiment aucun effort. Je me demande encore pourquoi j’ai accepté de l’épouser… par pitié, peut-être…
Il ne le sait pas, mais deux de nos gosses ne sont pas de lui. Seul le premier des trois est son œuvre. C’est d’ailleurs celui que j’aime le moins. Si vous pouviez voir comme il a une sale tronche celui-ci ! La même que celle de son père ! Déjà tout petit, lorsque je lui filais le sein, j’avais la nausée, pour vous dire comme il est laid, ce gamin !
N’importe comment, je n’ai pas la fibre maternelle. Les autres, les deux bâtards, je ne les aime pas plus. Ils sont un peu moins laids, certes, mais cela ne fait rien, le courant n’est jamais passé avec les mioches !
L’amour d’une mère ? Tu parles, Charles ! Laisse-moi rire ! La mienne (de mère) ne m’aimait pas non plus. Une véritable garce ! Aujourd’hui, elle est entrain de crever à petit feu dans un hospice où je ne vais jamais la voir. Elle n’a que ce qu’elle mérite, le jour vient tôt ou tard où il faut régler son ardoise…
En ce moment, c’est vachement dur pour tout le monde. Les fins de mois ne sont pas faciles à boucler. La crise s’est installée, et personne ne sait trop comment ça va se terminer tout ça… Nous, en attendant, on bouffe des pâtes ! Mes gosses aiment bien ça, les pâtes, mais mon mari, lui, il se plaint qu’on bouffe toujours la même chose. Comme je lui ai dit : « Si t’es pas content de ton sort : t’avais qu’à mieux bosser à l’école, ou alors rentrer dans la fonction publique ! »
Non, au lieu de ça, cette espèce de raté se fait exploiter par un patron sans aucun scrupule et presque aussi con que lui ! Il pose des affiches sur des panneaux publicitaires, à l’aide d’un balai monté sur une perche et d’un seau plein de colle. Des grandes affiches de 4 par 5 qui vous incitent à acheter de belles bagnoles tout à l’électricité et à quarante mille balles minimum, ou bien, d’aller passer de super chouettes vacances au soleil dans des quatre étoiles avec une grande piscine toute bleue, un dauphin en mosaïque dessiné dans le fond. De sacrément belles affiches toutes en couleurs… et toujours, bien sûr, une superbe greluche en maillot de bain qui se la joue princesse au bords de leurs piscines de luxe… garanti… y a toujours cette petite salope au cul bien ferme et sans aucun bourrelet sur les hanches ! Avec des belles ratiches aussi, bien blanches et qui clignent au soleil ! Mais arrête donc de sourire comme ça, pauvre pouffiasse ! T’es conne ou quoi, t’as pas encore compris qu’on t’exploite ?!
Moi, le dentiste, ça fait un sacré bail que je ne le vois plus. Trop chère, la séance de roulette. Je me détartre moi-même, avec du bicarbonate de soude, en poudre, à l’ancienne. Ça mousse beaucoup et ça pique un peu les gencives, mais ça me coûte pas un radis !
Jules, lui, il les a presque toutes perdues ses quenottes. Au début, lorsque je l’ai connu il lui en manquait déjà pas mal, mais là, maintenant, même celles du devant se sont barrées ! Il s’en fout, n’a jamais été un grand soigneux, Jules…
Je ne sais pas pourquoi je demande pas le divorce d’avec Julot… par pitié peut-être, là encore…
Deux fois par semaine, les après-midi en général, je m’envoie en l’air avec Roger Gauduchon. Lui, il bosse dans les assurances. À la Mamouth. C’est bien, la Mamouth. On est drôlement bien couverts avec eux. Et puis avec Roger, on a eu de bonnes réducs sur les tarifs. C’est normal, ma chérie, qu’il m’a dit, ça me coûte rien de faire de temps en temps un petit geste commercial pour mes bons clients. Il est sympa, Roger…
Pour nos galipettes, on va toujours chez lui. On y est tranquilles, sa femme tient un commerce et elle ne rentrera jamais à l’improviste : on ne peut pas fermer un commerce comme ça, en pleine journée… surtout par les temps qui courent… En tout cas, c’est ce que pense Roger. On verra bien…
D’après le calendrier, j’ai trente-deux ans aujourd’hui. Trente-deux piges seulement et j’ai déjà raté ma vie…

Texte et photographies Ernest Salgrenn. Mars 2023. Tous droits réservés.

12 Replies to “Cinq minutes avec Josette Moulina.”

  1. Ah non, rien à faire, je ne Like pas ce monologue d’une pauvre femme horrible qui ne fait pas honneur. Cela ne remet pas en cause tes qualités personnelles mais je déteste cette trentenaire qui n’aime ni ses enfants ni son mari… Ni sa vie, quoi! Les pessimistes me désolent trop!

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