Un bâton dans la roue.

Il est des résolutions qui vous changent une vie, mais je ne parle pas de celles prises souvent dans l’euphorie festive d’un début d’année, comme de promettre d’arrêter de fumer, de boire, ou de se remettre au squash, ou bien encore, plus rarement, d’être aimable avec sa belle-mère. Résolutions qu’on oublie d’une manière générale presque aussi vite qu’on a eu la sottise de les adopter. Non, je veux plutôt parler de promesses bien plus importantes, de ces résolutions qui vous engagent sur le long terme, qui révolutionnent tout bonnement le cours de votre existence, et comparable à celle que je pris au Pouldu-sur-mer, charmant petit port de pêche du Finistère sud, le 10 Août 1975, jour où je décidai de mettre un terme définitif à ma pourtant si prometteuse carrière de coureur cycliste…

J’ai toujours eu un faible pour les majorettes. D’ailleurs, j’observe qu’elles se font de plus en plus rares ces derniers temps, et cela est fort regrettable. Les majorettes sont pour moi la quintessence même de la féminité. Une féminité innocente qui n’a pas peur de sortir dans les rues en jupette courte, chaussée de bottines blanches, et surtout les cuisses gainées de collant résilles. À ce propos, Francine avait d’énormes cuisses. Presque aussi grosses que les miennes. Francine occupait la fonction tant convoitée de capitaine du peloton de majorettes du Pouldu-sur-mer, un grade acquis à la force du poignet, si je peux me permettre d’employer ici cette expression imagée, étant devenue par la seule volonté et beaucoup de travail une virtuose émérite du jeté de bâton à paillettes. Elle avait également de très gros nichons, ce qui ne gâtait rien, et surtout pas mon envie, immédiate dès que je les aperçus et bientôt dois-je l’avouer obsédante, de les pétrir à pleine mains…

Au Pouldu-sur-mer, s’il y a bien un évènement important dans l’année qui mobilise l’ensemble de la population de cette petite bourgade bretonne et attire une masse considérable de spectateurs, il s’agit à coup sûr de la fête votive, la saint Gildas, qui a lieu tous les deuxièmes dimanches du mois d’Août. Lors des festivités, les deux attractions les plus marquantes et les plus attendues sont de l’avis partagé de tous, d’un côté la grande course cycliste réservée à l’élite pédalistique du canton, et de l’autre, le défilé des majorettes au son de la fanfare locale, « la joyeuse clique Pouldreuzienne », défilé qui suit immédiatement l’arrivée de la course cycliste. Francine et moi, étions donc sans aucun doute prédisposés à nous rencontrer. En effet, selon la coutume, ce fût elle qui me remis le bouquet du vainqueur, m’embrassa ensuite sur les joues, encore toute en sueur de sa prestation au bâton, rouge comme un gratte-cul, et cela devant une foule joyeuse et passablement avinée. Mais, ce fût elle aussi qui m’ouvrit les yeux sur l’impasse dans laquelle je me trouvais à vouloir persévérer dans le sport cycliste. Malgré mes indéniables qualités physiques, mon endurance à toute épreuve, mon sérieux lors des entraînements, en un mot ma détermination sans borne, je n’étais manifestement pas fait pour devenir coureur cycliste professionnel… Non, grâce à cette Francine, je compris ce jour-là qu’une autre voie, bien différente de celle-ci, s’ouvrait devant moi, une voie bien plus digne de mon intelligence et surtout de mes capacités à rebondir : je serais chirurgien. Oui ! Chirurgien ! Et de surcroît, un spécialiste de la chirurgie maxillo-faciale…

Après avoir fait plus ample connaissance avec Francine, une première fois dans les toilettes des vestiaires de la salle des fêtes, puis un peu plus tard sur la banquette arrière de ma 4L, et visité moults établissements du même genre, nous finîmes notre soirée au « Petit Navire », une boite de nuit qui portait donc assez curieusement, et allez savoir pourquoi, le nom d’une vulgaire conserverie de sardines. J’étais déjà ivre en y entrant. Et les choses ne s’arrangèrent pas par la suite. Il faut préciser, à ce stade du récit, que je n’avais pas (encore) pour habitude de boire de l’alcool. J’étais à cette époque, rappelons-le si besoin, un athlète de haut niveau, et en tant que tel, suivait une discipline de vie ascétique assez proche de celle d’un moine tibétain. Alors, s’il est tout à fait exact que je m’enfilais mes deux ou trois comprimés de bétaméthasone, plus quelques autres d’amphétamines («Avec la Centramine, on pose des mines !») avant le départ de chaque compétition, cela s’arrêtait strictement là, et je ne buvais jamais, je le jure, une goutte d’alcool. Francine était de bonne compagnie et connue comme le loup blanc dans toute la région. Sa réputation semblait l’avoir précédée partout où nous nous étions rendus ensemble cette nuit-là. Une réputation de joyeuse fêtarde, d’ambianceuse hors pair (quoique ce terme n’existât pas encore) et de meneuse de soirée inégalable. Oui, c’est sûr, la bringue, elle avait vraiment ça dans le sang, notre Francine. Et moi, un peu trop d’alcool déjà, aussi ne me demandez pas pourquoi nous nous sommes battus, je serai bien incapable de vous le dire ! Ce type faisait dans les deux mètres, peut-être même un peu plus. J’appris par la suite (en signant ma déposition à la brigade de gendarmerie pour être plus précis) qu’il était militaire de carrière chez les commandos marine, une troupe de guerriers d’élites basée à Lorient. Et ceci pouvait expliquer ses étonnantes aptitudes à foutre des mandales…

Le gendarme (derrière sa machine à écrire) :

— Il affirme que vous lui avez touché les seins… !

Moi (devant le bureau) :

— Quoi… j’ai… mais comment ça… je lui ai touché les seins ?!

Le gendarme :

— Oui, ceux de sa copine… ! Le plaignant, le sergent-chef Duchmol, affirme que vous lui avez… je lis ses propres termes sur le procès-verbal… vous lui auriez titillé vivement les tétons !

Moi :

— Ah… ? Ah, bon… titillé… ?!

Francine (assise à côté de moi et pleurnichant) :

— T’aurais pas dû… ! Ou p’t’ête attendre que cette brute épaisse ait le dos tourné… !

Ainsi, la mémoire des faits me revenant petit à petit, il est vrai que je la revoyais très bien maintenant, cette blondasse décolorée et ses énormes nibards qui pointaient sous son chemisier. Et elle avait sûrement raison, Francine, j’aurai pas dû…

Toujours est-il que j’avais la tronche fort amochée. Et Francine aussi. Ma pauvre Claudette avait cru bon de prendre ma défense face à ce monstre aux oreilles en chou-fleur et au sourire édenté, mais une seule baffe avait suffit pour lui éclater le nez ! Bref, on n’étaient pas beaux à voir, là, tous les deux, au fond de notre cellule de dégrisement… !

Le lendemain matin, vers dix heures, les flics ont été vachement sympas : ils nous ont ramenés jusque sur le parking du « Petit Navire ». Et, c’est véritablement à ce moment précis que je l’ai eu, mon p…. de déclic… !

Au moment très précis où, stupéfait, abasourdi, hébété, assommé une fois de plus, je découvris, que d’une, l’on m’avait fauché ma super bécane de course, toute montée en Campagnolo et que j’avais négligemment laissée installée sur la galerie de ma 4L, et de deux, la gueule abîmée de Francine, mais en plein jour cette fois, et surtout alors que j’avais maintenant un peu décuvé… J’étais partagé entre la douleur intense d’avoir perdu un objet cher… non, que dis-je ? bien plus qu’un objet, presque un être de chair, auquel je tenais comme à la prunelle de mes yeux, et celle d’avoir, par ma seule bêtise, ôté de façon irrémédiable toute sa beauté candide à ce petit minois de jouvencelle bretonne…

— Berde… ! On dirait bien qu’on t’as bolé ton bélo ! dit-elle, un œil clos et les narines bourrées de coton hydrophile.

— C’est pas grave, ma majorette… oublions tout ça… ! Maintenant, je vais devenir chirurgien ! Et je vais t’arranger ça, j’te le promet… !

Quinze ans plus tard, je lui refaisais le pif à ma Francine. En trompette…

Alors ? Elle est pas belle, la vie ?!

Art éphémère.

Voilà que, tondeuse électrique en main, ma sœur, Patty la mollasse, a décidé de me couper les tifs. J’ai grave le seum, ce matin. Un quart d’heure plus tard, je me retrouve avec une coupe au bol dégradée de ouf sur les bords du crâne. Elle voulait être toiletteuse pour chien, la Patty, alors elle a suivi des cours par correspondance pendant deux mois avant de renoncer définitivement à ce projet ambitieux. Depuis, j’imagine qu’elle se venge sur moi, cette conne. J’enfile ma doudoune rouge Lacoste, un bonnet ras les oreilles, et comme chaque jour, je sors voir les copains. Dehors, il neige, et toute la bande s’est planquée, bien au chaud, peinarde, dans le hall du 3.

— Salut… et si on construisait un bonhomme de neige, les gars ?!

— T’es t’charbé, ou quoi ? En est pas tombé assez… en faudrait beaucoup plus !

     Je devine déjà qu’on va rester comme ça toute la journée, à rien foutre de bon. Au moins, un bonhomme de neige, cela nous aurait occupé cinq minutes. Rachid sort son packet de beuh, une feuille de Rizzla, et se roule un pet. J’ôte mon bonnet de laine.

— Oh, putain ! La haine… !

— Ouais, t’as raison ! C’est ma frangine, le blème… !

Gégé, notre facteur, se pointe. Et manque de se foutre en l’air avec sa bécane qui glisse sur le verglas. On l’aide à relever sa mob jaune avec les grosses sacoches en cuir de chaque côté qui débordent de courrier. À peine dix heures au compteur et déjà fin bourré, le Gégé. Tristes PTT…

— On vous en roule un, m’sieu Gérard ?

— Pas de refus, les mômes… ! Comme un remake du « Salaire de la peur » aujourd’hui avec ce temps de merde ! Z’auraient pu saler le parcours tout de même !

     Monsieur Gérard, cela fait maintenant plus de trente piges qu’il distribue le courrier dans la cité. Et encore plus qu’il picole. Ici, la distribution a souvent un jour ou deux de retard, mais faut jamais trop s’inquiéter.

— Z’avez déjà vu le « Salaire de la peur », les mômes… ? Avec Charles Vanel… ça au moins c’était du cinéma… du vrai cinoche… avec de vrais acteurs… pas comme maintenant !

     Avec lui, tous les matins, c’est comme le festival de Cannes des années cinquante qui déboulerait chez vous. Sans le tapis rouge bien sûr, mais c’est chouette quand même.

— Si vous voulez, j’vous passerai la cassette un jour… !

     Son salaire de la peur, ça doit bien faire une centaine de fois qu’il nous le raconte alors on le connait par cœur le scénario, et la nitro empilée dans des caisses avec une tête de mort dessinée dessus, cent fois déjà qu’elle nous pète à la gueule ! Et boum !

     Pendant qu’il fume son pétard et raconte, les larmes aux yeux, le passage sublime où le père Montand se vautre dans le pétrole, on fourre le courrier dans les boites aux lettres. Histoire de lui faire gagner un peu de temps dans sa tournée, à monsieur Gégé.

— Bon… sur ce… les gamins… faut qu’j’y aille maintenant ! Merci encore pour le coup de main !

     Cette fois, c’est madame Bobodilassou, du Congo Belge et du troisième étage, qui rentre de la supérette Cash and Carry. Sur le coup, on a eu du mal à la reconnaître, tellement ce matin elle s’est foutu des couches de vêtements sur le dos.

— Fait pas chaud aujourd’hui, hein, m’dame Bobo ?!

— Oui, mon petit, je sens plus mes pieds… et pourtant j’ai mis trois paires de chaussettes !

— Z’avez reçu du courrier, m’dame Bobo… c’est votre fils Arsène, je crois bien… alors, il va sortir quand de la zonzon… ?

    Son fiston, il s’est fait pincer l’année dernière pour avoir traficoté dans l’électronique. Enfin, disons qu’en vérité, il revendait au marché de Saint-Ouen des téléphones portables de seconde main, et tous plus ou moins débloqués maison, si vous voyez ce que je veux dire.

— Bientôt… pour bonne conduite !

— Ça ne m’étonne pas, c’est pas un vrai méchant, vot’fils, m’dame Bobo… !

Kevin, le rouquin, se porte volontaire pour lui monter son caddy à roulettes jusqu’au troisième. On sait qu’il redescendra avec un paquet ou deux de Pépito. Des fois, j’avoue que ça nous arrange bien que l’ascenseur ne fonctionne plus depuis cinq ans !

     Il neige toujours, et celui-là par contre, ce drôle d’oiseau qui s’amène, si on ne sait pas encore qui c’est, son costard-cravate qu’on devine sous le manteau épais et surtout sa serviette en cuir noir toute gonflée ne nous dit rien de bon. On s’écarte en chœur. Il hésite…

— … Bonjour… le numéro trois, c’est bien ici… ? en se secouant les pieds.

     Les numéros sur les immeubles, c’est vrai que ça fait un sacré bail qu’ils n’y sont plus. Tombés en même temps que le crépi, peut-être…

— Oui, ça s’peut bien, m’sieu ! en me frottant le nez.

     Il mate ma nouvelle coupe de cheveux, et amorce un sourire sur ses putains de lèvres, ce bâtard. Et voilà, je le savais que ça allait très vite déraper, cette histoire…

— Je cherche madame Bobo… Bobo… Il sort un papelard d’une poche de son manteau… madame Bobodilassou Germaine… c’est bien là ?

— Et qu’est-ce que vous lui voulez, m’sieu, à madame Bobo… ?

— Ça ne te regarde pas, petit ! qu’il me répond, cet abruti.

— Ben, si… un peu quand même ! Dites donc, m’sieu, vous seriez pas un de ces enfoirés d’huissiers de justice de mes deux, par hasard… ?!

— …

— Rachid… dis-moi voir, ta mother… elle met bien toujours des carottes dans son couscous, hein… ?

     La neige, plus d’un mètre en tout, elle a bien tenu quinze jours avant de fondre complètement. Et notre joli bonhomme de neige, pareil…

Selfie.

Ce matin, je ne sais pas ce qui m’a pris, je me suis tiré le portrait.

Un selfie comme on dit aujourd’hui. Selfie d’un self-made man…

Hier soir déjà, je n’étais pas dans mon assiette, et la nuit n’a pas arrangé les choses. J’ai le cafard en ce moment. Peur de vieillir. Peur de mourir surtout.

Je devrais voir quelqu’un. Et quand je dis quelqu’un, je pense bien sûr à mon médecin. Mon Psy d’occasion comme je le surnomme. Un brave type, mais encore plus déprimé que moi depuis qu’il a perdu sa femme, l’année dernière. Dans sa salle d’attente, il y a des affiches d’expo de peintures un peu partout. Toujours le même artiste, un certain Radowitz. Des expositions à Vienne, à Stuttgart, à Prague, et même à New-York. J’imagine qu’il a suivi ce peintre partout dans le monde, à chaque nouvelle exposition. Lui et sa petite femme. Lui et sa petite femme chérie. Lui et sa petite femme chérie avec son cancer du sein.

Cette salle d’attente ne convient pas du tout à des patients comme moi. Des patients qui ont beaucoup trop d’imagination. Beaucoup, beaucoup, et beaucoup trop.

Je ne regarde pas l’objectif. Je ne regarde jamais l’objectif de l’appareil photo. Mon regard est toujours fuyant. Fuyant et vide. Même dans le miroir je ne me regarde jamais droit dans les yeux. Non, jamais en face, c’est un principe…

Mon psy se nomme Lébonitzky. Et un jour, il n’y a pas très longtemps de cela, je lui ai appris que j’avais rencontré quelqu’un qui portait le même nom que lui.

Quelqu’un de votre famille peut-être ? Impossible ! Tous les membres de ma famille sont décédés ! m’a-t-il répondu. Je n’ai pas insisté. Je sais très bien qu’il ment pourtant. Dans une famille, même décimée, ce n’est pas possible, il doit toujours rester quelqu’un de vivant quelque part. Quelqu’un, même quand tout le monde est mort. Mon psy est donc un menteur. Comme tous les médecins d’ailleurs.

Pourquoi ce selfie ? Peut-être le besoin inconscient de laisser une dernière trace de mon passage sur cette terre ? C’est idiot. Une photo a très bien pu être trafiquée, alors une photo ne prouvera jamais rien à personne. Aujourd’hui, il est tout à fait possible de gommer tout ce que l’on souhaite sur une photographie, un regard désespéré aussi facilement qu’une vilaine cellulite sur des cuisses.

Des murs blancs. Blancs immaculés. Voilà ce qui serait tout à fait idéal dans une salle d’attente. Faire obstacle à toute réflexion. Attendre son tour sans penser à quoi que ce soit. Attendre son tour sans se poser de questions, sans s’imaginer un passé, un avenir, sans imaginer surtout une histoire qui n’est même pas la sienne.

J’ai fait des recherches sur ce peintre, ce fameux Radowitz. Chez lui, le vert n’est pas vert, le bleu n’est pas bleu, le rouge n’est pas rouge. Rien n’est à sa place. Le trait est large, grossier, dépassant les limites. La matière est trop épaisse. Les sujets peints, eux-mêmes, ne sont pas à leur véritable place. Radowitz est mort récemment. Fou. Comme beaucoup de peintres d’ailleurs.

Qu’est-ce que je vais faire maintenant de cette photographie ? La ranger quelque part, dans un tiroir bien profond, ou bien plutôt l’abandonner là, négligemment posée sur un meuble, comme si de rien n’était ? J’hésite encore… mais ce n’est pas nouveau, toute ma vie j’ai hésité ! Je n’ai jamais su prendre une décision.

Il y a longtemps de cela, je me suis essayé à la peinture. C’était bien avant d’écrire. Je ne sais trop pourquoi, mais je m’étais persuadé avoir un don pour le dessin. L’auto-suggestion est parfois efficace, mais dans le cas présent, j’ai vite laisser tomber l’idée d’avoir du talent. À l’évidence, cela ne fonctionne pas à tous les coups !

Lébo, mon Psy, est juif. Cela n’a guère d’importance. Je ne sais même pas pourquoi je vous le dit. À quelque chose près, il doit avoir le même âge que moi. Lui aussi doit penser à la mort tous les jours. Mais, je serai curieux de savoir comment il se débrouille avec ça. Comment font les Psy face à ça ? Face à ce terrible compte à rebours ? Vont-ils eux-aussi se confier à l’un de leurs collègues, et attendre leur tour dans d’ignobles salles d’attente aux murs tapissés d’affiches déprimantes ? Je crois que je lui poserai la question la prochaine fois que je le verrai… Oui, Lébo, mon Psy est juif, comme la plupart des Psy d’ailleurs.

Au dos de ma photo, j’ai inscrit la date du jour. C’est important une date sur une photographie. Le temps passe, et puis on oublie. On oublie les dates, les gens, et les vies mêmes des gens. On oublie tout à la fin, c’est triste. Alors, j’ai inscrit mon nom aussi au dos de cette photographie. Meilleure façon peut-être d’imaginer que personne ne pourra dire plus tard : «C’était qui celui-là ?»… Le nom, la date, quoi de vraiment plus important ?

Un peintre sans aucun talent, ce Radowitz. Et mort fou ! Pourquoi donc manifester autant d’intérêt pour un tel peintre ? N’y en avait-il pas d’autres à admirer, bien meilleurs et bien moins névrosés que lui ? La prochaine fois, j’arracherai toutes ces affreuses affiches de cette salle d’attente ! Et la prochaine fois, je lui dirais aussi tout ce que j’en pense vraiment, à ce docteur Lébonitzky, de toute cette mascarade pseudo artistique. Et je lui déballerais tout ! Tout ! Tout ! Oui, absolument tout ce que j’ai sur le cœur…

Et si je l’installais dans un cadre après tout ? Un joli cadre argenté. Comment ? Cela ne se fait pas ? Trop égocentrique d’avoir sa propre photographie encadrée chez soi ? Mais, je m’en fiche pas mal ! J’aurais peut-être ainsi le courage de me regarder en face, bien droit dans les yeux pour une fois. Contempler la mort venir en face, et admettre que voilà après tout le seul véritable intérêt de ce cliché prit aujourd’hui…

— Allo ? Bonjour Mademoiselle, je désirerai prendre un rendez-vous avec le docteur Lébonitzky… le plus tôt possible serait le mieux… quoi… décédé… ? Comment ça, le docteur Lébonitzky est décédé ?! Mais… quand… ? Hier soir… ah bon… un suicide… vous êtes sûre… ?!

Il n’avait pas menti, Lébo : j’étais seul à son enterrement. Personne d’autre que moi, et puis mon spleen collé aux basques. Finalement, ma photographie, ce selfie au regard qui fuit, ce regard qui ne veut pas voir, avec mon nom et la date bien inscrite au dos, je l’ai déposé sur son cercueil, un peu avant qu’on ne recouvre définitivement le tout… Oublié Lébo, et pour l’éternité…

Martha.

Texte pour répondre à un concours de nouvelles très très courtes sur SHORT-EDITION. Le thème (glacé !) : «-15°». Thème de saison donc, avec nécessité de faire peur ou de donner dans le mystérieux ! Le plus difficile pour moi fût de réduire mon texte à 8000 signes (espaces compris). Pas évident du tout !

Martha.

La tempête hivernale qui toucha la France le 31 décembre 2020 fût d’une effroyable violence. Elle surprit tout le monde par son intensité, et à commencer par tous les éminents météorologistes qui n’avaient pas prévu un tel déchaînement des éléments. Ce soir de réveillon, des milliers de gens se retrouvèrent ainsi bloqués dans un froid quasi polaire sur des routes enneigées devenues impraticables, et bon nombre d’entre eux y laissèrent malheureusement leur vie. Décidément, jusqu’à son ultime jour, cette année maudite ne nous apporta rien de bon…

Impressionnant ! On n’y voit pas à dix mètres ! Et à présent, avec cette camelote de GPS qui semble avoir perdu définitivement tout sens de l’orientation, je ne suis même plus certain d’être sur le bon chemin. Les essuie-glaces, pourtant à pleine vitesse, ont de plus en plus de difficulté à évacuer la neige qui tombe et tourbillonne en lourds paquets. Autant de neige d’un seul coup, je crois bien que je n’ai jamais vu cela de toute ma vie ! J’imagine que Bob, et son épouse Lina, doivent commencer à se demander ce que je fabrique. Peut-être même à s’inquiéter, j’avais promis d’arriver avant la nuit mais la nuit est déjà là… Ah, quelle andouille je suis ! Oui, une belle andouille d’avoir ainsi cédé et accepté leur invitation pour le réveillon ! « Allons, mon vieux, tu ne vas tout de même pas rester seul chez toi ! »… Oh, mais si ! Bien sûr que si, mon petit Bobby, je pouvais très bien rester tout seul chez moi plutôt que de m’embarquer dans cette galère ! Non, je n’aurais jamais du accepter cette… hé, mince… là… juste là, devant, dans les phares… un arbre ! Un arbre gigantesque couché en travers de la route ! Me voilà bel et bien piégé…

Je n’envisage même pas le demi-tour. Habile comme je me sais au volant, je serai bien capable de me foutre dans le ravin ! Et puis la couche de neige est devenue maintenant trop épaisse, quarante centimètres minimum, pour espérer pouvoir encore avancer. Même avec des chaînes, que je n’ai pas d’ailleurs, cela serait probablement impossible. Mais, le pire est que je n’ai pas la moindre idée de l’endroit exact où je me trouve. Je tente de joindre Bob, mais là aussi… rien ! Pas une seule barre de réseau sur mon portable. En pleine zone blanche, et dans tous les sens de l’expression ! Je me rends vite à l’évidence : à moins d’un miracle, auquel je ne crois pas un seul instant, me voilà bon pour passer le réveillon ici, et à me geler dans la bagnole toute la nuit…

J’enfile ma doudoune. Pas trop le choix : je ne tiens plus, je dois sortir pisser ! À peine dehors, les violentes bourrasques de flocons m’aveuglent et se faufilent jusque dans mes oreilles. Ça caille sec et je ne suis pas vraiment équipé pour affronter un tel froid. J’ai conscience tout de suite que je ne dois pas m’éloigner de trop. Attention ! Danger, frérot ! Surtout ne pas perdre de vue la voiture ! Sur le côté, à une dizaine de mètres peut-être, il me semble distinguer vaguement quelque chose dans ce brouillard blanc. Poussé par la curiosité, bien imprudemment peut-être, je m’avance. Il s’agit d’une grille d’entrée… une grille monumentale… il y a là aussi un panneau sur lequel je devine plutôt que je lis : «Château du Paradis» ! Le Paradis ?! Alors, là ! Non, sans rire ?! N’abuseraient-ils pas un peu ?! Et puis, attend… ça… c’est quoi, ça… ?! De la musique ! Oui, oui, parfaitement : j’entends une musique ! Une musique lointaine, atténuée, étouffée par les rafales de vent, mais qui arrive tout de même à percer la nuit glaciale. Boum… boum… boum… !

Cinq minutes au moins que je tambourine à cette porte… Dans l’obscurité ouateuse, je me suis guidé au son, me traînant telle une bête blessée dans cette poudreuse qui colle et vous arrive maintenant au dessus des genoux ! J’ai les pieds et les mains complètement gelés. Je grelotte et je claque des dents en cadence. Bon Dieu ! Ce n’est pas possible, il y a forcément quelqu’un là-dedans ! D’après ce que j’ai pu en deviner, il s’agit bien d’un château, ou en tout cas, de l’ombre lugubre d’une grande bâtisse perdue au milieu de nulle part. Soudain, la musique s’arrête… silence total… alors, je cogne encore, encore, et enfin… la porte s’ouvre… me voici donc sauvé ?

Elle est belle. Non, bien mieux que cela, elle est sublime. Est-ce que je rêve… ?! Elle tient un chandelier dans une main.

— Vite ! Oui, entrez vite, et venez vous réchauffez près du feu !

Et bien, non, je ne rêve pas ! Je la suis, saupoudrant derrière moi de la neige sur des tapis orientaux. Nous traversons l’entrée, un corridor, puis, un salon enfin. Une cheminée gigantesque, un feu qui crépite à l’intérieur… Elle se retourne… robe longue de soirée au décolleté vertigineux…

— Martha ! Enchantée ! Et vous ?

Mes lèvres encore engourdies, je peine à articuler correctement.

— Sté-pha-ne… enfin Steph ! Oui, tout le monde m’appelle Steph !

D’immenses yeux dans lesquels se projettent la lueur des flammes, une longue chevelure aux doux reflets bruns… et moi, bel idiot frigorifié, voilà que j’ai le nez qui coule ! Et merde ! Mais, ce n’est pas vrai, ça ! D’une poche, je sors, gêné, un kleenex et me mouche ensuite aussi discrètement que possible. Elle sourit. Je m’excuse, ôte ma doudoune trempée.

— Donnez donc, on va la mettre à sécher. Je vous offre une boisson chaude pour vous réchauffer ? Un thé ? Un chocolat ? Autre chose… ?

— Un thé, oui, merci bien ! Un thé, ce sera parfait !

Quoi ? Un thé ? Mais qu’est-ce qui te prend ?! Hey, tu ne bois jamais de thé, gros nigaud ! Bon sang, rappelle-toi : tu as horreur du thé ! Elle me désigne le sofa de velours vert derrière moi.

— Installez-vous confortablement, Stéphane, je reviens tout de suite…

Elle disparait dans un léger bruissement de soie, et je reste ainsi, planté dans la seule clarté vive du foyer, tout enveloppé des effluves capiteuses de son parfum, et toujours un peu groggy par le froid. J’en profite pour inspecter avec plus d’attention les lieux autour de moi. L’ameublement et la décoration sont particulièrement soignés et luxueux. Mais, et cela est assez curieux, tout semble dater du siècle passé. Un peu comme si, ici, le temps s’était arrêté dans les années trente…

Dans la pénombre, un tableau, accroché parmi d’autres aux murs tendus de tissus aux motifs floraux, attire mon regard. Je m’approche. C’est elle… oui, j’en suis certain, il s’agit bien d’elle sur cette ravissante peinture. Elle pose en tenue de cavalière, redingote rouge à boutons dorés, jupe longue d’amazone, une cravache à la main. Merveilleuse et énigmatique beauté…

— Vous vous intéressez à la peinture ?

Surpris de ce retour silencieux, je bafouille.

— Non… enfin si, si, bien sûr ! C’est vous, n’est-ce pas ?

— Oui ! Cela vous plait ?

— Oh, oui, beaucoup !

Camellia Asamica

— Pardon ?

— Thé du Népal… aussi rare que son goût est exceptionnel !

Elle dépose un lourd plateau d’argent sur une table basse, puis s’assoie à l’une des extrémités du sofa.

— Venez près de moi, mon ami, que vous me racontiez vos mésaventures dans cette horrible tempête…

Je sens que l’on me serre la main. J’ouvre les yeux.

— Ah, enfin ! Ben, on peut dire que tu t’en sors bien ! Quelle chance !

Je reconnais Bob. Et Lina aussi, de l’autre côté du lit…

— Le docteur dit que ta température corporelle est descendu à 35 degrés ! Tu devrais être mort à l’heure qu’il est !

— Mort… ?

— Oui ! Mort d’avoir passé la nuit dans ta voiture par moins vingt !

— Et cette tempête… est-elle terminée maintenant ?

— Oui, mais on s’en souviendra de celle-ci ! Martha, la tempête du siècle !

— Martha… ?

— C’est comme cela qu’ils l’ont appelée… tiens, d’ailleurs, c’est étrange…

— Quoi donc ?

— Hé, bien, maintenant que j’y pense, c’était aussi le prénom de cette horrible femme qui a assassiné toute sa famille à la fin des années trente, dans ce château, ce château en ruines maintenant et près duquel les secours t’ont retrouvé au petit matin…

Malinois.

Avertissement de l’auteur : Aujourd’hui, je ne vous propose pas véritablement, chers amis lecteurs-trices, un nouveau texte, mais un texte très remanié… Rien ne doit rester figé, et surtout pas en littérature ! Merci à Dominique (qui avait apprécié le texte original et qui, je l’espère, aimera encore plus celui-ci).

Malinois.

Ce matin-là, il y avait comme un je ne sais quoi qui vous flottait dans l’air.

Ou bien plutôt, un je ne sais qui…

Il est à peu près six heures trente, je rentre du boulot, enfin peut-on vraiment appeler cela un boulot, vigile, car même avec un chien au bout d’une longe, un chien sensé faire peur à tout le monde, ce n’est pas la gloire, et encore moins dans un entrepôt de charentaises…

Maître-chien. Un maître et son chien. Un maître qui en a plein les bottes après une nuit sans sommeil, et puis son chien, ce brave Jean-Claude, qui n’attend plus qu’une seule chose maintenant : une gamelle remplie à ras bord de croquettes !

Si je l’ai appelé Jean-Claude, mon malinois, c’est en l’honneur de JCVD, monsieur Jean-Claude Vandamme, car voilà bien le mec le plus fun que je connaisse sur terre, capable de vous faire le « Grand-técart-facial » en toutes circonstances. Mon idole absolue. J’ai des posters géants de lui affichés partout dans ma cambuse. Et une photo en couleur de sa tronche sérigraphiée sur mon mug du petit-déjeuner. Juste pour dire toute l’admiration que je porte à ce type…

Par contre, dans mon frigo, y’a plus grand-chose a becqueter ce matin. Me serai bien fait un œuf sur le plat, mais y’a plus rien, même pas un œuf. J’ai une sacrée dalle pourtant, et je serai presque à deux doigts de lui en bouffer quelques unes de ses croquettes à mon Jean-Claude. Après tout, si c’est bon pour lui !

Et puis voilà qu’on sonne…

Une erreur forcément. Forcément, parce que j’en ai jamais de la visite. Et surtout comme ça, à l’improviste. Jean-Claude gueule fort. Normal, je viens de le dire, il n’est pas habitué à entendre le dring-dring de la sonnette, le bestiau.

— Nom de dieu… tu vas pas la fermer, Jean-Claude ?!

— …Mais… je n’ai encore rien dit !

Ça, ça venait de l’autre coté de la porte… Avec une très forte odeur de croissants chauds.

J’ouvre.

Et… et merde, c’est Jean-Claude ! Mais le vrai, cette fois ! Le vrai de vrai, en chair et tout en muscles, là, sur mon palier du troisième, avec un plein sachet de croissants au beurre de la boulangerie d’en bas. Et si je peux le préciser sans trop me tromper, c’est qu’il y a écrit « Au pain chaud », qui est le nom de la boulangerie d’en bas, sur le pochon en papier.

Jean-Claude (le chien) renifle l’odeur du beurre frais. Et ça le calme direct. Ce clebs, je ne l’ai pas dressé pour le refus d’appât. Beaucoup trop compliqué à mettre en œuvre.

— Bonjour… Vous êtes bien môsieu Kevin Zoumbill… ?!

Il est tout petit. Et perso, je la voyais beaucoup plus grande que ça, mon idole…

— Hein… ?! Ben, ouais… Zumbiehl… c’est lui… lui-même en personne !

— OK… Moi, c’est Jean-Claude Vandamme ! Je peux entrer ? Je vais vous expliquer le sens de ma visite…

Évidemment, aucun doute là-dessus, il a déjà aperçu les posters de « Karaté magazine » épinglés sur le mur d’en face. Et peut-être même aussi mon joli mug en porcelaine avec sa tronche drôlement bien impressionnée en sérigraphie, et qu’est posé sur la table de la cuisine.

— Prenez donc un tabouret, et ne faites pas trop attention à la déco… !

J’ai sûrement l’air con. Très con…

— Merci ! J’ai apporté des croissants… je peux en donner la moitié d’un à vot’ chien ?!

— Bien sûr, faites donc…

Son regard ultra perçant vient de se poser sur les dizaines de paires de charentaises qui s’accumulent dans un coin de la pièce. Mince, j’aurai du les planquer un peu mieux ces pompes de vieux que je pique en douce au turbin, et qu’ensuite j’essaye de fourguer à la sauvette, histoire de me faire quelques ronds.

— Vous inquiétez pas…

— Hein… ?

— Pour les chaussons en laine ! Je viens pas du tout pour ça… je viens pour votre chien… Jean-Claude !

Jean-Claude (le chien), il a déjà tout avalé du demi croissant au beurre que lui a refilé l’autre (le vrai). Et le voilà maintenant qui en réclame encore, en remuant la queue.

— … Mon chien ?! Vous connaissez mon chien… ?!

— Pas personnellement, mais disons qu’on m’en a beaucoup parlé… des amis à moi de Losse Angelesse. Vous ne le savez peut-être pas, Kevin, mais votre chien est devenu une sacrée vedette chez nous !

— …Ah bon… ? J’savais pas !

— Ben, quand même ! C’est bien lui qui a retrouvé la petite américaine qui s’était perdue dans le bois de Boulogne, la semaine dernière ?!

— Ah, ouais… la petite… la petite qui s’était perdue… c’est vrai, j’y pensai déjà plus à cette petite-là ! Vous voulez peut-être un café avec vos croissants… ?

L’histoire de cette petiote du bois de Boulogne n’est pas très compliquée à raconter.

Cela s’est passé une après-midi. Une après-midi que je me baladais avec Jean-Claude, dans les allées du bois. J’aime bien aller traîner par là-bas, car d’un coté ce n’est pas très loin d’ici, et puis surtout, j’ai toujours aimé les grands arbres, et toute la verdure en général, cela m’aère la tête de respirer un peu de chlorophylle, et d’entendre les petits oiseaux chanter, et quelques fois, il y a même des écureuils aussi qu’on peut voir si on a de la chance. Et puis, pour le chien, c’est très bon aussi. De temps en temps, je le lâche un peu et il coure après les travelos du bois ; ça le défoule et lui fait un bon entraînement, à mon Jean-Claude. Juste un brin dommage qu’il ne sache pas grimper aux arbres, lui… comme le font si bien les écureuils…

Pour en revenir à ce jour-là donc, voilà pas qu’on tombe, tous les deux, sur un attroupement. Et pour une fois, ce n’était pas un pauvre type qui s’était fait piqué dans le lard par une michetonneuse pour une raison ou pour une autre, que, ceci dit en passant, le plus souvent on devine très bien pourquoi l’embrouille est arrivée, non, là, c’était des touristes américains qui ameutaient la forêt entière parce qu’ils avaient perdu leur gamine de sept-huit ans qui avait échappé à leur vigilance. La mère pleurait comme une grosse madeleine de Proust, et le père n’était pas beaucoup mieux à regarder. Et alors, c’est là que mon Jean-Claude il a fait très fort…

Perdant pas le nord, je lui fais renifler sur le champ un mouchoir que la petite s’était bien essuyé les mains et la bouche dedans, après avoir mangé une gaufre à la chantilly. Et le voici parti à fond de train dans la direction de l’hippodrome de Longchamp. La crème chantilly, faut pas trop lui en promettre à mon Jean-Claude, un gueulard de première ce clébard, alors cinq minutes plus tard il me l’avait déjà retrouvée la jeune fugueuse. Elle se tenait là, bien tranquillou, à coté d’un individu en pardessus gris avec des bonbecks plein les fouilles, et une braguette grande ouverte. Enfin bref, je suppose que ce n’est pas la peine de vous faire un joli dessin au fusain pour vous expliquer le topo.

Je me suis occupé de la gamine, et Jean-Claude du type en pardessus gris, qui était, comme qui dirait, une véritable aubaine tombée du ciel pour son entraînement quotidien. Y’avait vraiment pas mieux comme situation, surtout que des caramels à mon Jean-Claude, c’est comme la crème chantilly, faut pas trop lui en promettre non plus… !

Les Amerlocks étaient tout heureux d’avoir retrouvé leur chère progéniture saine et sauve. Congratulations, comme ils disent là-bas, un selfie avec le chien et la petite pour leur faire plaisir, et puis on a échangé nos adresses postales respectives, et ils m’ont dit que je serai toujours le bienvenu, you are welcome !, chez eux aux States, si par hasard l’envie me prenait un jour de venir leur rendre visite. Voilà ! C’est tout ! Ensuite, on s’est rentré paisiblement chez nous, avec mon Jean-Claude, et l’histoire de la gamine s’arrête là. Ouais, pas plus à raconter.

Le café bien chaud je lui verse dans mon mug à JCVD. Et ça me fait bizarre quand même de le voir boire là-dedans. Et puis ensuite, j’attends qu’il me cause maintenant, surtout que je n’ai pas tellement grand-chose à lui dire moi de mon côté. Faut voir que je suis encore sous le choc et pas mal impressionné par cette visite inattendue.

— Bon… je ne vais pas y aller par quatre chemins, Môsieur Zoumbill… votre chien… je serai prêt à vous le racheter !

— … Jean-Claude ?! Vous voulez m’acheter Jean-Claude… ?! Mince alors, je parie que c’est pour le faire tourner dans l’un de vos films ?!

— Un film ? Mais non ! Pas du tout môsieur Zoumbill… pas du tout ! Vous savez, moi j’aime les bêtes, toutes les bêtes ! Parce que les bêtes comme votre chien, elles sont souvent beaucoup plus aware que nous autres, les êtres humains ! Vous comprenez ça, môsieur Zoumbill… ?

Évidemment, vous vous doutez bien que les citations célèbres à JCVD, je les connais presque toutes par cœur. Je les ai même notées sur un petit carnet à spirale que je m’étais acheté à la F’naque, là où je bossai avant l’entrepôt de charentaises. Et avant que ces cons ne me virent sans indemnités que soit-disant ils m’auraient vu piquer des trucs dans les rayons…

— Euwèrre… ? Euwèrre ! Mais bien sûr que ça me parle euwèrre ! «Tu regardes à l’intérieur de toi et tu deviens euwèrre of your propre body !» c’est bien de vous ça, hein… ?!

JCVD me regarde. Fixement. Puis, détourne la tête, et scrute attentivement maintenant les posters sur le mur… tous… un par un… et toujours sans dire un mot… Doit réfléchir à fond dans sa tête, je le sens bien.

— Bon… des conneries, c’est vrai que j’en ai dit pas mal, Môsieur Zoumbill ! Mais, maintenant c’est fini tout ça ! Maintenant, il n’y a plus qu’une seule chose qui m’intéresse… la réincarnation !

— La réincarnation… ?!

— Oui… c’est exactement ça, la réincarnation ! Et voyez-vous, Kevin, il y a de très fortes probabilités qui me laisseraient à penser que je me sois réincarné dans votre chien… !

— … Mon chien… ? Mon Jean-Claude à moi ?!

— Oui… ce Jean-Claude-là !

J’observe Jean-Claude (le dog), qui réclame toujours un autre bout de croissant en remuant la queue. Je sais que tant qu’il y en aura, il ne lâchera pas le morceau, mon pépère…

— Mais… attendez un peu… pour se réincarner dans quelque chose… faut-il pas mieux être mort avant… ?!

— Si, en théorie, mais cela est tout de même toujours possible avant dans des cas bien particuliers, je me suis renseigné pour ça… et puis regardez bien… si vous l’avez appelé Jean-Claude, ce chien, c’est tout de même un signe qui ne trompe pas, non ?!

Maintenant, je les zieute alternativement, Jean-Claude, le karatéka belge, d’un côté et Jean-Claude, le berger belge, de l’autre, et bien sûr je ne vous cache pas que j’ai comme un doute ! Mais, je sais aussi qu’il a toujours réponse à tout JCVD, c’est un peu dans sa nature d’avoir réponse à tout, alors…

— Ah… c’est vrai que maintenant que vous m’le faites remarquer …

— Quoi… ?!

— Des fois, il est drôlement bizarre, ce clébard ! Il me regarde comme s’il avait envie de me parler pour de vrai !

— Ah, vous voyez, quand je vous le dis !

— Mais, du coup alors, pour ma tante Jeannine…

— Qui ça… ?

— Ma tatie Jeannine… p’tête que ça pourrait bien être ça aussi ?! Ouais, la réincarnation… pourquoi pas, maintenant que j’y pense…

— …Quoi ?! Quoi donc ?

— Ben, elle a du poil aux pattes qu’y lui a poussé comme ça d’un peu partout, et puis des fois, la nuit, elle se met à hurler à tue-tête… comme… comme un loup-garou ! Tiens, là, rien que d’y penser, ça me fout des frissons !

— …Ouais… cela vaudrait effectivement le coup d’observer le phénomène de plus près !

— Bon… et pour voir un peu… combien que vous me l’achèteriez, mon Jean-Claude… ?!

À JCVD, qui est reparti finalement avec Jean-Claude (le chien incarné), j’ai réussi à lui refourguer aussi une jolie paire de mes tatanes à rayures bien fourrées. Ça tombait bien, j’avais sa pointure en stock. Du quarante-deux et demi…

À vos larmes, citoyens !

Deuxième tour de piste.

Et qu’on nous tonde gratis, les p’tits moutons, les artistes.

Les p’tits moutons, les artistes.

Allez, envoyez la zique !

Tsoin, tsoin, à vos larmes citoyens !

Et qu’un sang impur noie tous nos espoirs…

Jour de Télématon

Et des belles promesses de gnons.

Rentre vite dans tes pénates

Camarade, ma caméra te mate !

Ma caméra te mate et la police fait ses listes.

Pour qui ces ignobles entraves ?

Roulements de tambours…

Tsoin, tsoin, et badaboum !

Entendez-vous, mes jolies belettes ?

Entendez-vous l’intramuscu qui vous guette ?

Quoi ? Il est pas frais mon vaccin ?!

Allez crache, crache donc ton venin

Médecin, mon gentil médecin…

Tsoin, tsoin, et dans le cul la balayette !

Dans le cul d’vos fils, d’vos compagnes !

Au troisième tour de piste…

On crèvera tous !

Morts, la gueule ouverte.

Grand’ouverte.

Et ces féroces soldats danseront sur nos corps…

Tsoin, tsoin…

Et puis tsoin, tsoin, encore… et encore…

Congelé en Tinée*

Fin mars.

Fiu… ! (Interjection Polynésienne signifiant littéralement : «En avoir plein les tongues, plein les bretelles de pareo, ras le pandanus, ras la demi noix de coco…).

Hé, ben, voilà… le confinement aura eu ma peau ! Plus que marre cette fois d’être pris en otage entre quatre murs, plus que marre de devoir remplir un papelard pour aller simplement acheter des clopes ou bien vider mes poubelles, plus que marre d’être pris pour un gamin de trois ans, plus que marre d’être un pigeon confiné ! Moi avoir besoin d’espace, de fraicheur, de vert, de petits oiseaux qui gazouillent, de mousse sur les arbres et peut-être même de cohortes de limaçons en rut, coquins encoquillés, qui se courent après toute la journée ! En résumé : Moi avoir soif de Nature ! La Nature, la vraie, la noble dame Nature dans toute sa splendeur vivifiante, dans toute sa bienfaisante miséricorde, sa bonté libératrice, et puis surtout, oh, oui, surtout, dans toute sa force inspiratrice… Ô, Nature je t’aime, Nature je t’adore, Nature je te veux… !

Alors, je pars ! Oui, vous avez bien entendu, je pars pour de bon. L’écrivain quitte Paris, l’écrivain bazarde tout, l’écrivain va vendre son trois-pièces cuisine, rue de Varize dans le XVI ème, et puis filera dare-dare se mettre au vert gazon !

Début mai.

L’annonce de mon départ a vite fait le tour des popotes, alors un soir, ils débarquent tous chez moi, mes jolies petites gueules mondaines enfarinées de Parigots, yeux tristes, la larme suspendue aux paupières. « Alors, c’est donc vrai ce qu’on raconte ? Tu veux vraiment nous quitter, mon Nénesse… ?!».

Baffie pleure, Nicolas (Bedos) menace de s’ouvrir les veines, Zemmour et Naulleau se roulent de concert sur mon tapis persan, Josiane (Balasko) crise et ouvre une fenêtre… puis la referme aussitôt… Simon (Liberati) sage comme une image écoute religieusement Frédéric (Miterrand) nous lire à haute voix les « Mémoires d’outre-tombe » de Chateaubriand (François-René)… Je suis à deux doigts de craquer et de jeter l’éponge lorsque fort heureusement mon dealer ( Jojo la came) débarque lui aussi, les poches pleines de poudre de perlimpinpin, et remet rapidement tout ce beau monde sur les bons rails. Ouf ! Sauvé !

Mi-mai. (Fait donc ce qu’il te plaît, plaît, plaît…).

À l’agence, un clone très mal imité de Stéphane Plazza m’affirme que c’est vraiment le bon moment pour vendre. Mais avec les agents immobiliers, c’est toujours le bon moment, et surtout pour qu’ils s’en foutent plein les poches. Et puis, un million et demi d’euros pour un quatre-vingt mètres carrés en parfait état et à seulement deux pas du bois de Boulogne, c’est donné. Deux semaines plus tard, un acheteur libanais nous signe un compromis de vente avec un important dessous de table. Pas trop regardant sur l’origine des fonds, je prépare mes cartons. Youpi, tralala… !

Il ne me reste plus maintenant qu’à trouver quelque chose de convenable en Province. Les visites virtuelles s’enchaînent sur le web, mais à ma grande surprise, cela est bien plus difficile qu’il n’y paraît… les rats quitteraient-ils tous le navire… ? Et voilà donc qu’aujourd’hui on se précipiterait en masse au portillon de la belle vie chlorophyllée… ?! Faut croire…

Dans mes recherches je me détourne du Lubéron et des Alpilles. Trop connu, trop couru. Je ne tiens pas à tomber sur un Bigard ou un Bernard-Henri en faisant mes courses au LIDL de Saint Rémy de Provence… La poignée de main qui colle, très peu pour moi ! Aussi, je m’oriente plus à l’Est… les hauteurs de l’arrière-pays niçois seraient l’idéal… et je trouve enfin la perle rare ! Trouvé ! Trouvé mon petit nid douillet en moyenne montagne ! Un magnifique chalet en bois de mélèze, et tout autour plus ou moins deux hectares de terrain avec une jolie rivière qui coule dessus. Un véritable paradis sur terre ! Je trépigne d’impatience. J’ai des fourmis plein les pattes. Je sens que là-bas je vais enfin l’écrire mon chef-d’œuvre ! Chez Pozzi, je fourgue ma Maserati contre un Range-Rover, mieux adapté au milieu rural, et dans la foulée, m’achète une paire de bottes en caoutchouc. Gentleman-farmer, je deviens…

Mi-septembre.

Les gros bras des « Déménageurs Bretons » et leur camion chargé ras les ridelles sont bloqués plus bas. À deux kilomètres. «Désolé, mais là, après… ça passe pas, m’sieur Salgrenn !». Déchargement de mes affaires en vrac sur le bas-côté. Je vais devoir me coltiner tout ça en plusieurs voyages dans le coffre du Range-Rover. Minimum trois jours de galère en perspective. Ça commence plutôt mal…

Un voisin passe me voir. Tout en camouflage fluo, le fusil sur l’épaule, et des chiens bourrés de tiques qui pissent sur mes meubles encore emballés. Heureux de voir quelqu’un, je ne fais pas trop le dégoûté. On boit un canon pour fêter ça. Ici, c’est le pastagas, un jaune et rien d’autre ! Tandis qu’il écluse, j’en profite pour apprendre plein de choses intéressantes grâce à lui : «Faut pas vous inquiétez pour la flotte qu’arrive plus au robinet, c’est une conduite forcée qu’a pétée du côté de Saint-Sauveur, mais y vont nous réparer ça rapidement, les gars… !». Je ne sais pas du tout où se situe Saint-Sauveur mais je ne m’inquiète pas. Enfin, pas plus que cela pour le moment… En partant, il me parle aussi du type avant moi, qui s’est pendu dans la cave l’hiver dernier… ben, non, j’savais pas… !

Fin septembre.

Premières neiges. Premières coupures de jus aussi, à cause des rafales de vent (La Chougne du Nord qu’ils le nomment par ici) dans les cables aériens qui pètent les uns après les autres. Mais cela coûterait bien trop cher d’enterrer, alors. L’eau de pluie, dans mon bidon de récup, gêle la nuit. Et le jour aussi. C’est con parce qu’ils n’ont toujours pas réparé la conduite (les gars)… Je chauffe au bois. Mais la cheminée fume un peu. Un peu beaucoup. «Problème de tirage» d’après le voisin camouflé qui est revenu me voir. «Z’avez ramoné… ?» qu’a-t-il complété en toussant gras et sirotant son troisième pastis bien tassé. Avantage non négligeable toutefois, les glaçons sont gratos. C’est déjà ça.

Mi-octobre.

L’hiver est en avance par ici. C’est une évidence. L’eau est enfin revenu au robinet. Mais bien marronasse… Pour le courant électrique, c’est toujours de l’alternatif, un jour oui, un jour sans. Mais finalement, j’ai l’impression que l’on s’habitue à tout à la longue. Hier, à la supérette du village, ils m’ont conseillé gentiment de faire des provisions, on ne sait jamais… Je bourre donc le Range de boites de conserve qui me coûtent aussi cher que chez Fauchon. «À cause, m’sieur, le coût exorbitant des transports…» m’expose-t-on avec une certaine mélancolie dans la voix. On parle aussi du deuxième reconfinement, avec le « R zéro » qui progresse… étonnant comme tous ces braves gens de la campagne sont très vite devenus des experts en virologie ! Je n’ai pas vraiment d’avis sur la question, ma télé Sony (HD et 4K) ne fonctionnant plus depuis cet orage terrible d’il y a quinze jours. J’abrège la conversation, je paye la douloureuse, et retour au bercail juste avant que la nuit et la neige ne tombe d’un coup…

Novembre.

Merde, comme c’est triste Novembre ! Je n’avais pas remarqué jusqu’ici, mais Novembre est un mois particulièrement tristounet… Plus d’eau encore, mais cette fois-ci, c’est mon compteur qui a gelé et rendu l’âme… «Z’aurez du bien l’emballer dans de la laine de verre… !» dixit mon pochetron de voisin. L’aurait pu le dire avant. Le téléphone ne passe plus. Enfin, en vérité, il n’a jamais bien passé depuis que je suis là ! La neige s’accumule dehors. Et le froid s’accentue. Quand je sors (de plus en plus rarement), j’enfile trois paires de chaussettes dans mes bottes en caoutchouc. Et deux à l’intérieur dans mes pantoufles de vieux. Aujourd’hui, je viens de me rendre compte avec stupéfaction que je n’avais pas écrit une seule ligne depuis mon arrivée ici…

Décembre.

Et bientôt la magie de Noël, mais il me semble que le mois de Décembre est peut-être encore plus triste que celui de Novembre. Le soleil (lorsqu’il y en a un peu) se cache tôt derrière la montagne, vers quinze heures, et on n’y voit plus rien ensuite. Pourtant, je n’allume une bougie que seulement une ou deux heures plus tard. Par mesure d’économie car il ne m’en reste plus beaucoup en stock. Le voisin est revenu me voir hier matin. Il a des raquettes exprès pour marcher dans la neige, lui. N’est pas resté bien longtemps (je n’ai plus de pastis) mais il m’a laissé un fusil. Tout le monde a un fusil ici. C’est mieux, qu’il dit. C’est bien mieux pour votre sécurité… «On ne sait jamais, avec tous ces migrants qui passent la frontière italienne en douce, vaut mieux s’méfier, mon vieux… !»

Soir de Noël.

C’est pas la première tempête que je subis ici, mais celle-ci est gratinée, vous pouvez me croire ! Dans la cheminée, je brûle tous mes bouquins un par un. Je n’ai plus que ça, ma réserve de bois est épuisée, j’aurai pas cru que vingt stères passeraient aussi vite. Je m’ouvre une boite de cassoulet William Saurin que je bouffe emmitouflé dans un plaid écossais. Putain, ça caille sec ! Et dehors, ça souffle si fort que je me demande si le toit va tenir le coup… C’est ainsi, et alors que je racle consciencieusement avec mes doigts engourdis le fond de la boite, que j’entends frapper à la porte… Je chope le fusil du voisin (que je laisse maintenant toujours à portée de main)… j’attends personne… non, c’est sûr, que je n’attends personne… ! Derrière la turne en bois, ça gueule, ça gueule des mots que je ne comprends pas… du patois peut-être… ? Non ! Du petit nègre plutôt… ! Merde… je tire dans le tas… sans sommation… Pum, pum !

Le vingt-cinq décembre, au matin.

La Josiane (Balasko) n’a pas vraiment apprécié de se faire canarder comme ça (comme un lapin), juste après s’être tapé plus de deux heures de marche dans la poudreuse. Heureusement que les plombs n’étaient pas très très gros (du calibre douze seulement) et que sa doudoune en plumes a amorti un peu aussi. Ce qui est plus moche, c’est qu’elle n’a pas très bon caractère au départ, et que cela risque bien de ne pas s’arranger si elle se chope en plus du saturnisme…

Une surprise ! Une petite surprise qu’ils voulaient me faire pour Noël, les cons… ! Et c’est à douze qu’ils ont débarqués dans mon royaume, et même Jojo la came a fait le voyage ! Ah, ce qu’on a pu rire après coup de ma méprise ! Et bon sang de bon soir, comme j’avais oublié que cela pouvait faire autant de bien de rire et de picoler avec de bons copains !

Fin Janvier.

Aujourd’hui, ils sont toujours là. Treize à table tous les jours ! N’ont pas eu le temps de repartir avant le déclenchement du troisième confinement, alors voilà… ils sont restés ici !

Et moi, de mon côté, j’ai recommencé à écrire…

Alors… elle est pas belle la vie à la campagne ?!

*Tentative de contrepéterie avortée.

Dossiers Froids.

Aujourd’hui, coup de pub… Vous aimez les polars ? Vous aimez les ambiances un peu glauques ? Vous aimez le suspens ? Vous aimez les gendarmes ? Vous aimez lire ? Alors j’ai ce qu’il vous faut : « Dossiers Froids » le dernier roman de l’émérite Patrick Fouillard (un ami à moi) !

C’est breton et c’est bon ! La plume est alerte, l’œil vif, la syntaxe accrocheuse, le retour à la ligne judicieux, le format idéal (10,8 x 17,8 cm), le papier glacé de grande qualité, et bien entendu : c’est broché sans couture ! Un vrai régal, quoi ! Alors, n’hésitez plus… commandez (dans toutes les bonnes librairies et tous les méga-sites de vente par internet qui leur piquent leur boulot) ! Commandez, que je vous dis ! Et en plus, c’est pas cher du tout : 9,90 euros.

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui. Bonne journée à tous.

Dossiers Froids. Patrick Fouillard. Éditions Ouest-France.

«Le gendarme Isidore Lune, désormais à la retraite, espère pouvoir utiliser son temps libre pour exhumer des affaires classées mais non-élucidées et se pencher sur celles-ci avec un regard différent. Trois affaires notamment. Celles qui l’empêchent de dormir depuis trop longtemps… Celles des trois fillettes. Trois affaires qui pourraient bien n’en faire qu’une ! Toutefois, il n’est jamais aisé de remuer le passé d’une petite ville de province comme Ploutrécat. Les habitants se méfient de l’autorité en général, et des gendarmes en particulier, même s’ils sont retraités.
Isidore Lune aura-t-il le courage d’aller au bout de ses investigations ? Ne risque-t-il pas de regretter sa persévérance ?»

  • Une histoire bien menée avec un personnage principal attachant et de l’humour dans une ambiance typique d’un village du centre Bretagne.
  • Déjà coup de coeur de plusieurs lecteurs professionnels et amateurs parmi un choix de 100 romans. Source : Éditions Ouest-France.

Jean-Michel.

Fuiiiit… ! Plus rien ! Parti ! Envolé… ! Le génie d’Ernest Salgrenn s’est barré comme un voleur !

Je m’en suis aperçu hier matin. Planté, là, devant mon Underwood, comme un con. En plein milieu d’un chapitre. Le blanc. Le silence. Tétanie des doigts, le cerveau en berne, abrutissement complet du bonhomme. Fin de règne, Ernest Salgrenn est mort, Jean-Michel Cornillot-Ballu reprend la main…

« Chéri, si au lieu de tourner en rond comme ça, tu descendais plutôt les poubelles… ?!

— Hein… quoi… les poubelles… ?

— Ouais, les poubelles ! Et à propos, comme je vois que tu ne te sers plus du tout de ta machine à écrire, pourquoi n’essayerais-tu pas de la fourguer sur « Le Bon Coin »… ?!

Ma femme est une chieuse. Une chieuse de première. Hors-catégorie ma bobonne, niveau casse-burnes. Bien sûr, comme toutes les femmes elle a ce don de vous exaspérer souvent, surtout quand ce n’est pas le moment, mais chez elle, c’est devenu un art de vivre, un leitmotiv, une passion, un hobby, un violon d’Ingres, une ritournelle sans fin, un ruban de Möbius…

Elle a déjà compris, la garce. Elle a compris que c’était mort, cette fois. Mort, mort, et re-mort… ! Mon petit génie dans la bouteille d’encre ne reviendra plus. Pas la peine de frotter comme ça, c’est foutu… ! Je la hais… et je vous hais tous… tous autant que vous êtes !

Je sors donc les poubelles à Madame. Frisquet dehors. J’aurai du mettre une petite laine. Tiens, me font chier, eux-aussi, avec leur histoire de tri sélectif. Je fourre tout dans le même bac. Rien à foutre des gestes pour sauver la Planète. S’il y a bien une seule chose à sauver maintenant, c’est moi, Ernest Salgrenn… moi, et moi seul… !

Un clodo traîne par là. Sur des cartons. Je m’approche, et sors mon paquet de clopes avant qu’il ne demande.

« Une tige, mon vieux ?

— Non, merci, fume pas… ! T’aurais pas plutôt un bonbon ?!

J’ai toujours une boite de cachou Lajaunie dans une poche. Ça tombe bien. Le type est jeune sous sa crasse. Je ne sais pas pourquoi mais il me fait penser à Beigbeder, ce gars. Ça fait un sacré bail que je ne l’ai plus vu Beigbeder. Pourtant on se voyait souvent il y a quelques années de cela, puis, un jour, va savoir pourquoi, il a disparu de ma vie, et des radars. Peut-être était-il jaloux de mon trop plein de succès. Je crois qu’il a toujours été jaloux, ce Beigbeder. C’est pas bien d’être jaloux comme ça. Pas bien, non.

On engage la conversation avec Beigbeder « la Cloche ». J’ai le temps aprés tout, plus rien ne presse vraiment maintenant.

— Vous avez perdu votre boulot, hein, c’est dur, j’imagine… ?!

— Oui, m’sieu ! Tout perdu ! La rue, me reste plus que ça, la rue… !

Il a du mal à croquer mon cachou. Plus de dents, non plus. Et un Beigbeder sans quenottes, c’est plutôt moche !

— Vous faisiez quoi avant… avant comme boulot… ?

— Écrivain… !

Mon sang n’a fait qu’un tour. Expression qui ne veut pas dire grand-chose, je sais, mais c’est tout de même une image qui parle. Bref, mon cœur s’emballe, je blêmis, j’ai les guiboles qui flanchent, je sue… j’suis pas bien du tout, quoi…

— Écrivain… ?! Comment ça… un véritable écrivain… ?!

— Ouais, tout ce qu’il y a de plus vrai, mon pote ! Tiens, regarde…

Il fouille dans un sac en plastique et en sors un bouquin qu’il me tend…

— « 99 francs » que ça s’appelle… !

J’ai du m’asseoir. Et j’ai mis dix minutes avant de pouvoir articuler un mot. Merde ! Ce type ne ressemble pas à Beigbeder… c’est Beigbeder ! Il m’a raconté l’histoire ensuite. Un virus. Tout ça à cause d’une saloperie de virus à ce qu’il paraît. Et j’étais même pas au courant… Le virus qui détruit le talent. Chiotte ! Lui, Beigbeder, il aurait été contaminé par Houellebecq. Un porteur sain. Re-chiotte, Houellebecq, je l’ai vu la semaine dernière…on a bu des séries de canons ensemble aux deux Magots…

— Cherche pas, Salgrenn, à tous les coups c’est lui qui t’as contaminé… !

— Y’a pas de vaccin ? Ou je ne sais pas, moi, un traitement qu’on prendrait tout de suite, dès que les premiers symptômes apparaissent… ?!

— Non, que dalle, mon vieux… ! Plus rien à faire quand tu l’as chopé, c’est cuit !

Je chiale. J’ai enfin compris ce qui m’arrive, alors je chiale. La boite de cachou y passe. Puis, au bout d’un moment, je me reprends un peu :

— Mais… je pourrais peut-être continuer à écrire pour les éditions Harlequin, non ?!

— Même pas… ! J’y avais bien pensé, moi aussi, mais même eux ne nous veulent plus ! Tu verras, il suffit de quelques semaines à peine pour que tu ne saches plus écrire correctement ton nom ou bien seulement ton prénom… plus rien ne sort… le vide complet… de vraies loques, qu’on devient… ! Et la liste est déjà longue… Le Clézio, Mondiano, Tesson, Lemaire, Ruffin…

— Christine Angot… ?

— Non, malheureusement cela ne touche que les gens talentueux !

— Merde ! C’est pas juste !

— Ouais, sûr que c’est pas juste ! Faut te faire une raison, tu finiras comme moi, mon vieux… Le trottoir et la manche… !

— Bon… ta gueule, Beigbeder ! Ça suffit maintenant ! Je ne vais pas me laisser faire, moi ! Je suis Ernest Salgrenn tout de même ! Ernest Salgrenn, nom de Dieu ! Tu entends Beig… ER-NEST SAL-GRENN… !

Je file. Je remonte chez moi à fond la caisse. Je sonne, j’ai oublié de prendre mes clés comme une truffe.

— C’est qui ?

— C’est moi chérie, Ernest… vite, ouvre cette porte !

— Qui ça… ? Ernest ? Connais pas d’Ernest… !

— M’enfin, chérie, c’est moi que j’te dis… Ernest Salgrenn… ton petit mari !

Silence derrière la porte. Qu’est-ce qui lui prend à cette conne ? Je tambourine…

— Quoi ?

— Allez, ouvre… ouvre, je t’en prie… c’est moi… moi… Jean-Michel…

Ernest la Pucelle.

« Hé, oh… dors-tu, Ernest… ?

— Hein… ? Quoi… mais qu’est-ce donc… ?!

— Tu dors, Ernest ?

— Mais non… non, je ne dors pas ! Qui êtes-vous… ?

— Les voix… !

— Les voix… ?! Les voix de quoi… de qui ?!

— Les voix du Très Haut, tout là-haut… là-haut.. haut… haut… (écho) ! Et nous venons te dire que tu as été choisi !

— Choisi ?! Moi ? Mais choisi pour quoi faire, nom de Dieu ?!

— Ho ! Ne jure pas, Ernest ! Oh non, surtout ne jure pas !

— Oui, bon, ça va, pardon… ! Mais vous comprendrez ma surprise, tout de même ?!

— Oui, Ernest, mais écoute bien maintenant…

— Oui, j’écoute…

— Nous venons t’annoncer que tu as été choisi pour sauver le président Macron ! Le président Macron est en danger, tu es l’élu et tu dois le sauver… ! »

J’ai entendu des voix. Cette nuit. Et il était très exactement trois heures trente-trois à mon radio-réveil ! Oui, je sais… je sais très bien ce que vous allez penser… Voilà que cette fois Salgrenn est devenu fou pour de bon ! Hé bien, non ! Je ne suis pas fou ! Je me porte même plutôt bien ces derniers temps ! La pleine forme, et si je vous affirme que j’ai entendu ces voix venues d’en haut : vous devez me croire !

Bon, il est vrai que j’ai tout d’abord pensé à une mauvaise blague de ma femme, mais aussitôt je me suis souvenu que nous faisions chambre à part depuis plus de dix ans et qu’ensuite –et que surtout, oserais-je même– elle serait tout à fait incapable d’imaginer une chose pareille. Ma femme n’a pas d’humour, pas l’ombre d’un brin. Après cela, j’ai cru à une hallucination. Je n’en ai jamais souffert jusqu’à présent mais n’y aurait-il pas un commencement à tout ? Mais non, ce n’était pas non plus une hallucination, il n’y avait absolument aucun doute là-dessus : cette nuit, j’avais bel et bien entendu des voix… !

Sauver le président Macron… ?

Je ne connais pas personnellement le président Macron. Ni aucun autre président de la République. J’ai bien une lettre de Nicolas Sarkozy, qui doit traîner quelque part dans mon bureau, une lettre officielle qu’il avait cru bon de m’adresser pour me féliciter de mon Goncourt. Sympatoche, touchant, et bien charmante attention, nonobstant le fait que cette année-là, le Goncourt ce n’était pas moi qui l’avait décroché ! Comme une grossière erreur sur la personne, mon vieux ! Bien entendu, je n’avais pas répondu à sa lettre, préférant m’abstenir, estimant avec raison je pense, qu’il n’y avait aucun intérêt à humilier l’un des grands de ce Monde…

Moi ? Moi, Ernest Salgrenn, sauver le président Macron… ?!

Qu’est ce que c’est que cette connerie, encore ?!

Je déjeune. Seul. Et je réfléchis. Je réfléchis. Je n’arrête pas de réfléchir. Je n’ai peut-être jamais autant réfléchi de toute ma vie ! La tête me tourne…

Puis, je prends une douche. Seul (bien sûr). Et je réfléchis encore. Il faudrait que je demande conseil à quelqu’un. Mais qui ? Qui pourrait bien m’aider ? Je ne vois pas. La plupart de mes amis sont tous, soit complètement séniles, soit déjà morts. Et à ceux qui restent lucides et toujours vivants, et qui se comptent malheureusement aujourd’hui sur les doigts de la main, à ceux-là… je dois plus ou moins du pognon ! Aussi, je ne vois pas d’autre alternative que de me résoudre à me débrouiller seul. Seul, une fois de plus…

Midi à la pendule. Et voilà, ça y est, j’ai enfin pris une décision : je vais monter à Paris ! Et advienne que pourra, comme dirait Flaubert. J’imprime une attestation de déplacement dérogatoire, et je coche la case : « Participation à une mission d’intérêt général sur demande d’une autorité surnaturelle » (après avoir rayé la mention « administrative »). Ça devrait le faire, je suppose.

Quatorze heures, je sors l’Aston du garage. Quoi ? Ben oui, je roule en Aston Martin, et alors ?! Une DB-9 Volante. Avec un V12 de cinq litres neuf. Et j’emmerde les écolos, et tous les prolos aussi ! Direction la Capitale. Premier stop à Aix-en-provence, chez Béchard et fils, pour m’acheter une boite ou deux de calissons. Mon péché mignon. Je file ensuite, j’ai déjà perdu assez de temps comme cela. Pas un chat sur l’autoroute A7, ça m’arrange bien.

Vers dix neuf heures, arrêt buffet à l’Hippopotamus Steackhouse de l’aire de Sceaux. Je prends des lasagnes au thon avec un pichet de rouge. Ambiance tristounette de fin du monde ici. Avant de reprendre ma route, je tape la causette cinq minutes, dans le brouillard qui se lève, avec des routiers (sympas) qui s’ébahissent devant mon bolide, et qui me posent les questions habituelles que l’on se pose toujours lorsqu’on n’a pas un flèche sur son compte : « Et ça consomme pas trop ? Et ça doit vous coûter cher en assurance, non ?! ». Pour leur faire plaisir, je démarre façon grand prix de F1 en laissant de jolies marques de gomme sur l’asphalte. Cela leur fera toujours un truc intéressant à raconter à bobonne en fin de semaine, juste avant de l’engrosser du cinquième.

Vingt-trois heures sur le périphe, porte d’Orléans. Oui, je sais, j’ai bien carburé. De l’avantage d’avoir des plaques monégasques et de l’immunité que cela vous procure. Je fais un petit détour par le tunnel de l’Alma. Pèlerinage obligatoire pour moi, nostalgie et larme à l’œil… mais je ne peux rien vous dire de plus, c’est une promesse que j’ai faite il y a longtemps…

Les Champs-Élysées (plutôt déserts), la rue Marigny, première à droite et le palais présidentiel enfin. Au contrôle de police, mitraillettes bien astiquées sous le nez, j’essaye d’expliquer mon cas, mais ce n’est pas gagné d’avance… Je leur joue pourtant à fond la carte de la fibre patriotique, de la défense de la Patrie en danger, des grands élans nationaux, du tsoin-tsoin bleu-blanc-rouge, et même du sacrifice ultime sur l’autel de la République… Mais rien n’y fait, ils finissent par me confisquer mes boites de calissons (pour les vérifications d’usage) et m’embarquent de force vers le commissariat du 8 ème ! Ah, les Vaches… !

Au commissariat, on m’enferme illico dans une cellule. Mais je ne me laisse pas faire, je supplie qu’on me laisse sortir, j’invoque les droits de l’homme et du citoyen, je les maudis tous autant qu’ils sont (trois) jusqu’à la trentième génération, et bien sûr, je les menace des pires représailles parce que je connais du beau monde, moi, monsieur l’agent ! Alors, agacés, on va chercher le chef, qui rapplique sa couenne en traînant des savates…

« Mais dis donc, Jeanne d’Arc, tu vas finir par la fermer ta grande gueule… ?! Raymond…

— Oui, chef… ?

— Fais-nous péter une tournée générale de lacrymo là-dedans, qu’on puisse dormir peinards ! »

Six heures trente du mat’, j’ai des frissons, et ça me réveille. Le clodo qui a passé la nuit dans la cellule avec moi m’a chourré, le salaud, ma couverture (et ma Rolex, mais de ça, je ne m’en apercevrais qu’un peu plus tard). J’attends frigorifié et tout recroquevillé sur le banc. J’attends. Et c’est long. Très long…

Fin d’après-midi enfin et fin de ma garde à vue. Je pue le mégot et le vomi, j’ai les yeux tout gonflés et qui piquent, ça me gratte de partout, et en plus j’ai la dalle ! On me dit de rentrer maintenant bien sagement chez moi, et accessoirement de me faire soigner. « Hep, Taxi ! » pour récupérer ma DB9 à la fourrière, qui, comme par hasard, se trouve à l’autre bout de Paris. Deux cent euros et… dix centimes (véridique !) à raquer sur le champ pour récupérer ma caisse, dont tout le côté droit est affreusement rayé. Coup de gueule auprès du préposé qui me dit de tenter une réclamation en bonne et due forme et en quatre exemplaires, à tout hasard, mais pas sûr d’après lui que ça marche… À trente mille balles minimum la peinture complète chez Aston, je crois que j’ai encore gagné le gros lot ! Sacrément la haine, mais je prends sur moi : j’en ai vu d’autres…

Là, ensuite, je ne vous cache pas que je me tâte un peu (C’est une image, ne vous emballez pas). Que faire maintenant ? La question se pose. J’hésite. Rentrer à la maison ? Peut-être pas une mauvaise idée après tout. Qu’est-ce que j’en ai vraiment à foutre, moi, du président Macron, je n’ai même pas voté pour lui ! Certes, il est bien sympathique, propre sur lui, intelligent, cultivé, jeune et beau comme un dieu grec, j’en passe et des meilleurs, mais est-ce suffisant pour que je risque ainsi ma réputation, ma santé, et peut-être même ma vie au train où vont les choses ?! Le feu passe au vert. Coup de klaxon dans le dos, insultes, noms d’oiseaux, menaces de mort… hé, merde, j’ai calé ! Un type sort de la camionnette blanche immobilisée derrière moi, et se rapproche, menaçant… le voilà, furax, qui ouvre ma portière… me saisi par le colbac… m’éjecte de l’Aston… me gueule en plein visage des « Connard, tu vas avancer avec ta charrette de pédé ! »… me serre le kiki… me serre… fort… très fort… beaucoup trop fort… j’étouffe… hé, mais j’étouffe, monsieur… ! Au secours… à moi… j’étouffe… laissez-moi respirer… de l’air… je vous en prie, donnez -moi de l’air…

« Allons… allons, faut respirer tout seul maintenant, monsieur Salgrenn, on a arrêté la machine… ! Allez, essayez encore… inspirer, souffler, inspirer…encore… encore… oui, voilà, c’est bien mieux !

— Je suis où… ? Mais, je suis où, là… ?!

— À l’hôpital ! Vous êtes en réanimation, à l’hôpital de Nice, monsieur Salgrenn ! Vous ne vous rappelez de rien… ?

— Non… ! Pourquoi l’hôpital… ? Qu’est-ce que j’ai donc… ?!

— La Covid, monsieur Salgrenn ! Vous avez contracté la maladie il y a déjà trois semaines de ça… nous avons dû vous mettre sous respirateur… mais vous ne vous rappelez vraiment de rien… ?

— Non… de rien… ! De rien du tout… mais… et le président Macron… va-t-il bien le président Macron… ?!

— Mais bien sûr qu’il va bien ! Quelle drôle de question, alors !

Elle est gentille mon infirmière. Douce, prévenante. Elle a exactement les mêmes yeux que Lady Di… mais, je sors de l’hôpital demain m’a-t-elle annoncé tout à l’heure… Ah, vraiment, quel dommage… quel dommage… !