Recette du lapin au gaz moutarde (Ou à la prussienne)

Saississez-vous d’un jeune lapin de trois semaines
Que vous enlèverez sans ménagement
A ses parents, amis, femme, enfants
En lui fredonnant la Marseillaise…
« Formez vos bataillons…et cétéra et cétéra… »
Vous verrez alors que cela le rassurera…

Puis abattez-le
Sans cérémonie aucune
D’une balle dans la nuque
Pendez par les guiboles
Avec des barbelés
Saignez ensuite avec un schlass
Eventrez proprement à la baïonnette…
Et puis retirez ses tripes
A mains nues…
N’oubliez pas le coeur
Que vous réduirez en bouillie.
Sur la peau, tirez fort vers le bas
Elle viendra…
Réservez-vous une patte
La mettrez dans vot’poche
Elle vous portera bonheur !

Enterrez peau et boyaux
Dans la gadoue
Une jolie croix en bois
Avec le p’tit Jésus par dessus.
Le plus dur est fait…
Rajoutez quelques épices
De la sueur
Des larmes et du tourment…
Une poignée de grenades, de la roquette,
Et comble du raffinement,
Un bel obus de 75
Qui brille et qui péte…!
N’oublions pas la lampée d’sarin
Qui nous donnera du parfum…

Puis laissons bien mijoter
Quelques années…
Dans une grosse gamelle en fer blanc
Sur la flamme vacillante
D’un briquet d’poilu
Ou de not’pov’ soldat inconnu…
Un lourd couvercle
Bien posé sur l’dessus !

Pendant ce temps
Dressons donc la table
N’hésitons pas à rajoutez des assiettes
Plus on est de fous plus on s’amuse…
Pour la déco de table
C’est imbattable…
De la convention de Genève
Nous ferons quelques confettis…!

Et bien voilà…Bon appétit !

Le petit Poucet…

Le lieutenant Columbo n’en croyait pas ses yeux fripés de cocker… Les huit cadavres étaient pourtant bel et bien là devant lui, soigneusement alignés par ordre de taille… Le père tout d’abord, puis la mère suivie de ses six enfants, du plus grand au plus petit. Il manquait simplement le dernier dans la mare de sang déjà coagulée. Et pour cause, d’après les premiers constats il n’y avait aucun doute ; c’était surement lui qui avait fait le coup…
— On va le retrouver ce p’tit enfoiré… On va le retrouver ça vous pouvez en être certain Barnaby !
Car Barnaby était là aussi. Pour cette affaire hors du commun on avait appellé du renfort d’un peu partout.Et devait pas rester grand monde au 36 quai des orfèvres ou bien à Scotland Yard. Même cette grande folle dingue avec sa chapka constamment visée sur la tête avait fait le déplacement pour voir ce massacre. Le célèbre Sherlock Holmes relevait déjà des indices précieux…
— Chausses du 36 le saligaud… ! Very funny but it’s not usual du 36 pour un serial killer !
— Mais… N’est-ce pas normal à dix ans et demi… ?!
— Ouais… Perhaps…
On avait fait venir des chiens aussi.
Toute une floppée qui vous reniflaient dans tous les coins en remuant frénétiquement la queue. Des bergers belges malinois qui sont toujours les meilleurs pour cela, et tous les spécialistes des chiens-chiens à sa mémère seront entièrement d’accord là dessus. Très intelligents les bestiaux, et bien souvent beaucoup plus que leurs maîtres d’ailleurs d’après les statistiques…
— Chef… L’est surement parti par la forêt… ! Je crois bien que les chiens ont flairé quelque chose…
Nous voilà donc qu’on se barre tous aussi sec et à fond de train dans les bois. Et dans la cabane reste plus que deux ou trois sbires, tout habillés de combinaisons blanches et qui passent des grandes serpillères humides sur le parquet pour nettoyer toute la scène de crime.
Dans la forêt profonde, les gars décident de faire une pause car cela fait déjà trois bonnes heures que l’on courre ainsi, à en perdre haleine, derrière ces putains de clébards. Maigret s’allume une pipe, Barnaby sort sa fiole de whisky old Glenmore et Sherlock son violon pour nous jouer une sérénade tandis que cap’tain Marleau pisse debout derrière un arbre recouvert de mousse.
— Vous croyez qu’il a déjà réussi à passer en Suisse ?
— Possible…
Le chocolat étant très certainement le mobile du crime –on avait retrouvé des boulettes de papier d’alu qui emballe les Kinder-surprise disséminé tout le long du sentier– fallait donc bien se douter que le gamin chercherait forcément à se planquer là-bas, pays de cocagne de la chocolaterie s’il en était.
— Galope drôlement vite ce salopiot… ! Merde… Ils ont la santé à c’t’âge là ! S’il ralentissait un peu la clope maïs le commissaire Bourret cracherait peut-être un peu moins ses poumons aussi…
Vl’a qu’on repart. Faudrait se magner le rondin parce qu’il ne va pas tarder à faire nuit maintenant.
— Z’avez pas entendu… ?
— Quoi… ?
— …Les loups… ! Pas entendu les loups qui hurlaient là… ?!
Canis lupus… Le loup gris commun d’europe…
Notre ami Sherlock, il ne peut jamais s’empêcher de ramener sa science à tout bout de champ. Il en deviendrait presque chiant à force.
Finalement on s’est arrêté dans une petite auberge qui était située au beau milieu d’un clairière. Recommandée par le guide du Routard ce qui ne gâchait rien. L’établissement, tenu par un vieux couple très propres sur eux, ne payait pas de mine mais on a bien bouffé quand même. Et on a bien picolé aussi. Peut-être même un peu trop pour certains car ça s’est terminé en bagarre générale juste aprés le dessert… Columbo qui saignait fort du nez a fini par sortir son flingue, un remington calibre 38 avec une crosse en nacre véritable qu’est toute jolie, et nous a tiré une salve en l’air pour que le calme revienne. De vrais gamins.
Ensuite, on est tous allés se coucher dans le foin. Ça grattouille un peu quand on n’est pas habitué mais on s’y fait assez rapidement surtout lorsque l’on est bien crevés comme nous l’étions. Un sacré roupillon que l’on s’est payé même parce le lendemain matin à neuf heures personne n’était encore debout. Il est vrai que dans notre boulot on a rarement le temps de faire la grasse mat’ alors on en a profité un peu. Et puis l’air de la campagne nous avait fait du bien à tous, qui sommes le plus souvent enfermés dans des bureaux à taper des rapports criminels ennuyeux au possible. Alors c’était l’occasion ou jamais de décompresser un peu.
Bref… On s’est remis en route vers quinze heures, quinze heures trente, après avoir petit-déjeuné et déjeuné dans la foulée. La patronne de l’auberge nous avait préparé une daube aux morilles, qui était sa spécialité, et il aurait été idiot de ne pas en profiter.
Dès le début, on a vu tout de suite que les chiens n’avaient plus du tout la gnaque… Ils commençaient à en avoir plein les pattes surement. Nous aussi, quelque part.
Alors, comme les pauses devenaient de plus en plus nombreuses et longues, le commissaire Navarro, qui était le plus âgé d’entre nous mais aussi le plus ancien dans le grade le plus élevé, a décidé de tout arrêter. Mais à vrai dire un peu la mort dans l’âme tout de même parce que c’est malgré tout un sacré professionnel le père Navarro quoi qu’on en dise dans le télé Z de la semaine dernière.
— Bon… Je crois qu’on va laisser tomber les gars… Parce que sur la tête de ma mère, la vérité que ce n’est pas humain de faire endurer ça à ces pauvres chiens… !
Un bus bien climatisé est venu nous chercher rapidement pour ne pas avoir à se retaper toute la traversée de la forêt profonde. Sur le retour on a chanté tous en chœur « Plus vite chauffeur ! » et l’ambiance était vraiment au top. Sherlock a joué de son instrument et la Marleau, qu’est pas bégueule pour un sou celle-ci, nous a fait un stripe dans les règles de l’art. Alors vrai que l’on s’était bien marré, et comme a dit Barnaby, lui qui se fait toujours drôlement chier à la maison avec sa femme qui n’en rate pas une pour lui casser les pieds, pour ne pas dire autre chose de beaucoup plus vulgaire ; —il faudrait que l’on recommence l’expérience plus souvent non… ?! »
Retour donc à la cabane sanglante en fin de journée où pendant notre absence, les petits gars de la propreté scientifique avaient bien bossé, et tout nettoyé du sol au plafond. Sur qu’on y voyait beaucoup plus clair maintenant dans cette histoire. Et surtout qu’ils avaient finalement retrouvé le petit criminel bien caché dans un placard à balais…
— L’aurait fallu peut-être mieux fouiller le baraque… qu’a sorti l’inspecteur Harry que l’on n’avait pas entendu encore jusque là mais qui cause pas très bien le français non plus, il faut dire.
Le petit chose de mes deux a avoué tout de suite ses horribles crimes ce qui nous a permis de gagner pas mal de temps pour résoudre l’affaire surtout que l’on était un vendredi soir, et qu’évidemment personne ici n’avait envie de faire des heures sup’ une veille de week-end. On a tout de suite fêté ça comme de bien entendu en ouvrant quelques bonnes bouteilles de champagne millésimées que l’on a trouvé dans la cave et où il y avait également un ogre qui se planquait bien dans le noir, et depuis pas mal de temps…
Mais ceci est une autre histoire…

Trés librement inspiré du conte… Et texte proposé également dans un défi d’écriture (Babelio.com) mais n’ayant pas rencontré beaucoup de succès non plus…

Mona Lisa

Deux textes proposés pour répondre à un concours (fumisterie…?) sur le thème de MONA LISA (400 caractères maximum).

Ce soir Lisa, je t’ai apporté ces fleurs sauvages, délicates et diaphanes, cueillies ce matin sur un chemin de Toscane. On les nomme fumaria… T’en souviens-tu Lisa ?

Te souviens-tu aussi de ce petit chemin brumeux et de ce pont romain sur lequel, timidement, je t’ai embrassée pour la première fois ?

Nous étions si jeunes, à peine 16 ans pour toi, et guère plus pour moi. Tu as souri… Comme aujourd’hui… Ma Dona tu étais si belle dans cette robe rouge…Bien des années ont passé et si les vernis ont craquelé, si le ciel s’est assombri derrière toi, ton sourire merveilleux lui est toujours là… Intemporel et tellement délicieux… Ô mon coeur, une larme à tes yeux ?

Le parfum des fumaria ou bien l’émotion de me revoir…?

Le second…

Joconde, ma Gioconda… Tu fais bien ta maligne à regarder passer le monde entier derrière ton plexiglas à l’épreuve des balles… Imperturbable, tu restes toujours de glace… Mais j’ai le sentiment que lorsque tu m’apercevras, sacrée gamine, alors ton sourire éclatera et tes jolies dents nacrées enfin l’on pourra deviner… Lisa, ma Florentine… Cette fois je peindrai tes jambes, puis dans un nuage de fumée dont j’ai toujours le secret, ensemble nous quitterons ces lieux… Et tiens… Pourquoi pas en hélicoptère ? Tu verras cela devrait te plaire… !

La petite sirène…

Texte écrit en septembre 2019 pour le défi d’écriture du mois sur Babelio.com.

Librement inspiré d’ANDERSEN…

Pas facile de vivre avec une queue de poisson.
C’est ce que je me dis tous les matins en regardant cette putain de nageoire caudale…
Papa, qui écoute en boucle « la mer qu’on voit danser… » dans une conque, m’a dit que je pourrais me faire opérer mais je devais attendre d’avoir mes dix-huit ans révolus. C’était la loi.
En attendant je passe mes journées entières sur un rocher, et je me fais drôlement chier. J’ai les glandes quoi… !
Papa encore , qui sent fort la poiscaille comme tout le monde ici, m’a dit également que je risquais fort de le regretter ensuite, car je serais obligée de partir vivre là-haut si je me faisais greffer de vraies jambes. Et là-haut ce n’était pas la même limonade : ils avaient leurs propres lois, et beaucoup plus sévères qu’ici. Aucun écart possible, fallait toujours bien marcher droit dans ce monde d’en dessus.
— Gaffes… ! Si t’ondules trop du cul, tu verras qu’ils te remettront vite fait dans l’axe, ma gamine !
Maman, qui a toujours un oursin ou deux dans la poche, pense aussi que ce n’est pas une bonne idée cette opération. Elle m’a raconté l’histoire d’Arielle Dombasle qui avait sauté le pas il y a quelques années de cela et qui voudrait bien revenir avec nous aujourd’hui. Mais il est trop tard… Aucun retour en arrière n’est possible malheureusement…
Tatie Brigitte, qui fait beaucoup moins que son âge à cause des omégas trois, et les quatre aussi, que l’on retrouve dans l’huile de foie de morue, m’a donné une autre solution pour avoir des guiboles sans être obligée d’attendre d’avoir la majorité :
— Trouve-toi donc un mec là-haut ma p’tite, un pigeon qui voudra bien t’épouser, et alors le charme agira… Ce n’est pas plus compliqué que ça !
Et c’est ce que j’ai fait…
Des types qui boivent la tasse et qui se noient, y’en a plein la mer en ce moment, je n’avais vraiment que l’embarras du choix. Et le premier que j’ai chopé il a dit oui tout de suite à ma proposition. Faut avouer que quand tu ne sais pas nager du tout et que la premier rivage est à plus de 150 miles nautiques tu n’as pas tellement envie de faire le difficile… !
Lorsque nous avons débarqués tous les deux, sur la plage de Lampédusa, avec Moktar, ils faisaient drôlement la tronche les autochtones du coin. Et pas tellement à cause de ma queue en écailles ou bien de mes jolis nichons toujours à l’air libre, non ça d’ailleurs ils ont plutôt bien aimé au contraire les douaniers, mais parce que soi-disant on n’avait pas de papiers en règle… Je vous dis pas ce qu’ils ont pu nous emmerder avec ça ! Enfin bref après plusieurs mois passés dans un camp insalubre, entassés comme des sardines, on a quand même pu repartir vers une vie bien meilleure. J’avais toujours ma queue qui m’handicapait pas mal, mais surtout, j’ai du enfiler un soutien-gorge pour être un peu plus tranquille sur la route. Quant à mon Moktar, il n’avait qu’une seule idée en tête : rejoindre son cousin Ahmed en Angleterre pour bosser avec lui dans son boui-boui qui vous proposait des kebabs avec des tas de sauces différentes à mettre dessus. Alors on a pris la direction de Calais, bras-dessus, bras-dessous. Mais ce n’était pas la porte à coté. Surtout que l’on a un peu traîné en route… Moktar il râlait tout le temps, parce que monsieur était pressé, mais moi je voulais quand même profiter un peu du voyage. Comme j’ai insisté, on a tout de même visité Rome, Florence et puis Vintimille aussi. Enfin surtout Vintimille je dois dire… C’est là que nous avons galéré le plus pour trouver un passeur honnête. Comme Moktar n’avait pas économisé assez d’argent pour payer notre passage à tous les deux, il a bien fallu que l’on s’arrange comme on pouvait. Enfin cette fois, c’est surtout moi qui ait du m’arranger pour le coup… Mais je vous passe les détails, le sordide n’ayant pas sa place dans ce conte.
Ensuite on s’est retrouvés en France.
C’est un beau pays.
C’est là que j’ai demandé à Moktar de tenir ses engagements et de bien vouloir m’épouser maintenant que l’on avait des faux papiers bien réglementaires qui, entre parenthèses, nous avaient coutés pas mal de pognon encore, et à nouveau quelques sacrifices de ma part. J’avais hâte maintenant que le charme agisse comme l’avait promis Tatie Brigitte. Mais ce con a refusé, soi-disant qu’il avait déjà deux autres femmes au bled et qu’une de plus, même bien gironde comme moi, cela allait lui faire trop à entretenir ! Bref… On s’est un peu fâchés parce que je n’aime pas tellement que l’on me baise et que l’on me roule dans la farine après. Alors finalement, il est parti tout seul de son côté, et moi du mien…
C’est à Nice, Clinique des Palmiers, qu’ils m’ont opérée un mois plus tard. Inutile de vous dire que j’ai pas mal dégusté et cela malgré toute la morphine dans les seringues. Le chirurgien était trés fier de lui car mes nouvelles jambes, qui appartenaient auparavant à une danseuse du Crazy-Horse passée sous un TGV qui n’était pas arrivé du tout à l’heure une fois de plus, étaient absolument parfaites. Quand ils m’ont enlevé les bandages, je n’ai pas pu m’empêcher de pleurer comme une madeleine… Ô nom d’un rémora… ! Que c’est beau une paire de guiboles qui fonctionnent bien ! J’ai fait mes premiers pas dans le parc de la clinique, sous les flashs des photographes venus pour l’occasion, du monde entier. Je faisais la une des journaux à ce qu’il parait. J’ai reçu des milliers de lettres de sympathies. Même Donald Trump m’a écrit. Et le pape aussi.
Deux mois après, je l’épousai mon chirurgien. Il est très gentil Raoul. Et bientôt à la retraite, comme cela on pourra bien profiter de la vie tous les deux ensemble.
Je me suis mise à la course à pied aussi. Forcément un rêve que j’avais depuis bien longtemps. Des ultras-trails, c’est ce qu’il y a vraiment de plus difficile dans la discipline. Et puis j’accumule les paires de chaussures. Des Louboutin surtout, j’en ai déjà des tonnes, plein mon dressinge. La vie est belle quoi…
Mais des fois je vais au bord de la mer, toute seule, et là, les deux pieds bien tanqués dans le sable, je pense à papa, et puis à maman aussi… et parfois même à ma tatie Brigitte, qui m’avait pourtant raconté que des conneries…