JOLIES VACANCES

Voici un texte écrit ce matin pour participer à « des mots , une histoire… » sur le blog d’OLIVIA BILLINGTON. oliviabillingtonofficial.wordpress.com

Les mots imposés étaient : Finistère (facultatif, en principe pas de nom propre) – canard – oxyder – bouteille – claquement – brioches – souvenir – explorer – découverte

Jolies vacances

Début juillet. Nous voilà partis, comme tous les ans. Sur notre île…

Notre île du bout du monde. Du bout du Finistère en tout cas, mais cela est exactement la même chose pour nous.

La DS est pleine à craquer. Papa, au volant, engueule maman. Et nous autres, sur la banquette arrière, on s’empiffre de brioches et de chocolat, tout en comptant les voitures que l’on croise.

On est heureux.

Cette fois, ça y est ; c’est les grandes vacances… !

À l’entrée de St Méen-le-Grand, le moteur nous a fait un drôle de claquement sec que papa n’a pas aimé du tout.

— Pas normal ce bruit… Ça tourne sur trois pattes ! Peut-être une soupape qui s’est oxydée… !

— Saviez-vous les enfants que c’est ici qu’était né Louison Bobet ?! nous a dit maman, qui adore les coureurs du Tour de France, en ouvrant une bouteille de limonade.

Et j’ai noté tout cela sur mon journal intime. Je note tout sur mon journal intime. Même les choses les plus insignifiantes, sachant bien que je ne pourrai pas me souvenir de tout plus tard, lorsque je serai enfin devenue grande.

— Dis maman, c’est encore loin la mer ?! que demande le petit Bernard, bien décidé à gonfler sans attendre sa nouvelle bouée canard.

— Non, mon chéri… On y est presque !

Moi aussi j’ai hâte d’arriver. Il nous reste encore tellement de choses à explorer sur notre île… Et peut-être même, qui sait, apercevrons-nous cette année cette mystérieuse cité d’Ys, dont on nous a déjà tant parlé, engloutie sous les eaux depuis des siècles, et qui sait, peut-être enfin découverte aux prochaines grandes marées d’équinoxe…

— Tiens, une 2CV verte… !


Malinois.

Avertissement de l’auteur : Aujourd’hui, je ne vous propose pas véritablement, chers amis lecteurs-trices, un nouveau texte, mais un texte très remanié… Rien ne doit rester figé, et surtout pas en littérature ! Merci à Dominique (qui avait apprécié le texte original et qui, je l’espère, aimera encore plus celui-ci).

Malinois.

Ce matin-là, il y avait comme un je ne sais quoi qui vous flottait dans l’air.

Ou bien plutôt, un je ne sais qui…

Il est à peu près six heures trente, je rentre du boulot, enfin peut-on vraiment appeler cela un boulot, vigile, car même avec un chien au bout d’une longe, un chien sensé faire peur à tout le monde, ce n’est pas la gloire, et encore moins dans un entrepôt de charentaises…

Maître-chien. Un maître et son chien. Un maître qui en a plein les bottes après une nuit sans sommeil, et puis son chien, ce brave Jean-Claude, qui n’attend plus qu’une seule chose maintenant : une gamelle remplie à ras bord de croquettes !

Si je l’ai appelé Jean-Claude, mon malinois, c’est en l’honneur de JCVD, monsieur Jean-Claude Vandamme, car voilà bien le mec le plus fun que je connaisse sur terre, capable de vous faire le « Grand-técart-facial » en toutes circonstances. Mon idole absolue. J’ai des posters géants de lui affichés partout dans ma cambuse. Et une photo en couleur de sa tronche sérigraphiée sur mon mug du petit-déjeuner. Juste pour dire toute l’admiration que je porte à ce type…

Par contre, dans mon frigo, y’a plus grand-chose a becqueter ce matin. Me serai bien fait un œuf sur le plat, mais y’a plus rien, même pas un œuf. J’ai une sacrée dalle pourtant, et je serai presque à deux doigts de lui en bouffer quelques unes de ses croquettes à mon Jean-Claude. Après tout, si c’est bon pour lui !

Et puis voilà qu’on sonne…

Une erreur forcément. Forcément, parce que j’en ai jamais de la visite. Et surtout comme ça, à l’improviste. Jean-Claude gueule fort. Normal, je viens de le dire, il n’est pas habitué à entendre le dring-dring de la sonnette, le bestiau.

— Nom de dieu… tu vas pas la fermer, Jean-Claude ?!

— …Mais… je n’ai encore rien dit !

Ça, ça venait de l’autre coté de la porte… Avec une très forte odeur de croissants chauds.

J’ouvre.

Et… et merde, c’est Jean-Claude ! Mais le vrai, cette fois ! Le vrai de vrai, en chair et tout en muscles, là, sur mon palier du troisième, avec un plein sachet de croissants au beurre de la boulangerie d’en bas. Et si je peux le préciser sans trop me tromper, c’est qu’il y a écrit « Au pain chaud », qui est le nom de la boulangerie d’en bas, sur le pochon en papier.

Jean-Claude (le chien) renifle l’odeur du beurre frais. Et ça le calme direct. Ce clebs, je ne l’ai pas dressé pour le refus d’appât. Beaucoup trop compliqué à mettre en œuvre.

— Bonjour… Vous êtes bien môsieu Kevin Zoumbill… ?!

Il est tout petit. Et perso, je la voyais beaucoup plus grande que ça, mon idole…

— Hein… ?! Ben, ouais… Zumbiehl… c’est lui… lui-même en personne !

— OK… Moi, c’est Jean-Claude Vandamme ! Je peux entrer ? Je vais vous expliquer le sens de ma visite…

Évidemment, aucun doute là-dessus, il a déjà aperçu les posters de « Karaté magazine » épinglés sur le mur d’en face. Et peut-être même aussi mon joli mug en porcelaine avec sa tronche drôlement bien impressionnée en sérigraphie, et qu’est posé sur la table de la cuisine.

— Prenez donc un tabouret, et ne faites pas trop attention à la déco… !

J’ai sûrement l’air con. Très con…

— Merci ! J’ai apporté des croissants… je peux en donner la moitié d’un à vot’ chien ?!

— Bien sûr, faites donc…

Son regard ultra perçant vient de se poser sur les dizaines de paires de charentaises qui s’accumulent dans un coin de la pièce. Mince, j’aurai du les planquer un peu mieux ces pompes de vieux que je pique en douce au turbin, et qu’ensuite j’essaye de fourguer à la sauvette, histoire de me faire quelques ronds.

— Vous inquiétez pas…

— Hein… ?

— Pour les chaussons en laine ! Je viens pas du tout pour ça… je viens pour votre chien… Jean-Claude !

Jean-Claude (le chien), il a déjà tout avalé du demi croissant au beurre que lui a refilé l’autre (le vrai). Et le voilà maintenant qui en réclame encore, en remuant la queue.

— … Mon chien ?! Vous connaissez mon chien… ?!

— Pas personnellement, mais disons qu’on m’en a beaucoup parlé… des amis à moi de Losse Angelesse. Vous ne le savez peut-être pas, Kevin, mais votre chien est devenu une sacrée vedette chez nous !

— …Ah bon… ? J’savais pas !

— Ben, quand même ! C’est bien lui qui a retrouvé la petite américaine qui s’était perdue dans le bois de Boulogne, la semaine dernière ?!

— Ah, ouais… la petite… la petite qui s’était perdue… c’est vrai, j’y pensai déjà plus à cette petite-là ! Vous voulez peut-être un café avec vos croissants… ?

L’histoire de cette petiote du bois de Boulogne n’est pas très compliquée à raconter.

Cela s’est passé une après-midi. Une après-midi que je me baladais avec Jean-Claude, dans les allées du bois. J’aime bien aller traîner par là-bas, car d’un coté ce n’est pas très loin d’ici, et puis surtout, j’ai toujours aimé les grands arbres, et toute la verdure en général, cela m’aère la tête de respirer un peu de chlorophylle, et d’entendre les petits oiseaux chanter, et quelques fois, il y a même des écureuils aussi qu’on peut voir si on a de la chance. Et puis, pour le chien, c’est très bon aussi. De temps en temps, je le lâche un peu et il coure après les travelos du bois ; ça le défoule et lui fait un bon entraînement, à mon Jean-Claude. Juste un brin dommage qu’il ne sache pas grimper aux arbres, lui… comme le font si bien les écureuils…

Pour en revenir à ce jour-là donc, voilà pas qu’on tombe, tous les deux, sur un attroupement. Et pour une fois, ce n’était pas un pauvre type qui s’était fait piqué dans le lard par une michetonneuse pour une raison ou pour une autre, que, ceci dit en passant, le plus souvent on devine très bien pourquoi l’embrouille est arrivée, non, là, c’était des touristes américains qui ameutaient la forêt entière parce qu’ils avaient perdu leur gamine de sept-huit ans qui avait échappé à leur vigilance. La mère pleurait comme une grosse madeleine de Proust, et le père n’était pas beaucoup mieux à regarder. Et alors, c’est là que mon Jean-Claude il a fait très fort…

Perdant pas le nord, je lui fais renifler sur le champ un mouchoir que la petite s’était bien essuyé les mains et la bouche dedans, après avoir mangé une gaufre à la chantilly. Et le voici parti à fond de train dans la direction de l’hippodrome de Longchamp. La crème chantilly, faut pas trop lui en promettre à mon Jean-Claude, un gueulard de première ce clébard, alors cinq minutes plus tard il me l’avait déjà retrouvée la jeune fugueuse. Elle se tenait là, bien tranquillou, à coté d’un individu en pardessus gris avec des bonbecks plein les fouilles, et une braguette grande ouverte. Enfin bref, je suppose que ce n’est pas la peine de vous faire un joli dessin au fusain pour vous expliquer le topo.

Je me suis occupé de la gamine, et Jean-Claude du type en pardessus gris, qui était, comme qui dirait, une véritable aubaine tombée du ciel pour son entraînement quotidien. Y’avait vraiment pas mieux comme situation, surtout que des caramels à mon Jean-Claude, c’est comme la crème chantilly, faut pas trop lui en promettre non plus… !

Les Amerlocks étaient tout heureux d’avoir retrouvé leur chère progéniture saine et sauve. Congratulations, comme ils disent là-bas, un selfie avec le chien et la petite pour leur faire plaisir, et puis on a échangé nos adresses postales respectives, et ils m’ont dit que je serai toujours le bienvenu, you are welcome !, chez eux aux States, si par hasard l’envie me prenait un jour de venir leur rendre visite. Voilà ! C’est tout ! Ensuite, on s’est rentré paisiblement chez nous, avec mon Jean-Claude, et l’histoire de la gamine s’arrête là. Ouais, pas plus à raconter.

Le café bien chaud je lui verse dans mon mug à JCVD. Et ça me fait bizarre quand même de le voir boire là-dedans. Et puis ensuite, j’attends qu’il me cause maintenant, surtout que je n’ai pas tellement grand-chose à lui dire moi de mon côté. Faut voir que je suis encore sous le choc et pas mal impressionné par cette visite inattendue.

— Bon… je ne vais pas y aller par quatre chemins, Môsieur Zoumbill… votre chien… je serai prêt à vous le racheter !

— … Jean-Claude ?! Vous voulez m’acheter Jean-Claude… ?! Mince alors, je parie que c’est pour le faire tourner dans l’un de vos films ?!

— Un film ? Mais non ! Pas du tout môsieur Zoumbill… pas du tout ! Vous savez, moi j’aime les bêtes, toutes les bêtes ! Parce que les bêtes comme votre chien, elles sont souvent beaucoup plus aware que nous autres, les êtres humains ! Vous comprenez ça, môsieur Zoumbill… ?

Évidemment, vous vous doutez bien que les citations célèbres à JCVD, je les connais presque toutes par cœur. Je les ai même notées sur un petit carnet à spirale que je m’étais acheté à la F’naque, là où je bossai avant l’entrepôt de charentaises. Et avant que ces cons ne me virent sans indemnités que soit-disant ils m’auraient vu piquer des trucs dans les rayons…

— Euwèrre… ? Euwèrre ! Mais bien sûr que ça me parle euwèrre ! «Tu regardes à l’intérieur de toi et tu deviens euwèrre of your propre body !» c’est bien de vous ça, hein… ?!

JCVD me regarde. Fixement. Puis, détourne la tête, et scrute attentivement maintenant les posters sur le mur… tous… un par un… et toujours sans dire un mot… Doit réfléchir à fond dans sa tête, je le sens bien.

— Bon… des conneries, c’est vrai que j’en ai dit pas mal, Môsieur Zoumbill ! Mais, maintenant c’est fini tout ça ! Maintenant, il n’y a plus qu’une seule chose qui m’intéresse… la réincarnation !

— La réincarnation… ?!

— Oui… c’est exactement ça, la réincarnation ! Et voyez-vous, Kevin, il y a de très fortes probabilités qui me laisseraient à penser que je me sois réincarné dans votre chien… !

— … Mon chien… ? Mon Jean-Claude à moi ?!

— Oui… ce Jean-Claude-là !

J’observe Jean-Claude (le dog), qui réclame toujours un autre bout de croissant en remuant la queue. Je sais que tant qu’il y en aura, il ne lâchera pas le morceau, mon pépère…

— Mais… attendez un peu… pour se réincarner dans quelque chose… faut-il pas mieux être mort avant… ?!

— Si, en théorie, mais cela est tout de même toujours possible avant dans des cas bien particuliers, je me suis renseigné pour ça… et puis regardez bien… si vous l’avez appelé Jean-Claude, ce chien, c’est tout de même un signe qui ne trompe pas, non ?!

Maintenant, je les zieute alternativement, Jean-Claude, le karatéka belge, d’un côté et Jean-Claude, le berger belge, de l’autre, et bien sûr je ne vous cache pas que j’ai comme un doute ! Mais, je sais aussi qu’il a toujours réponse à tout JCVD, c’est un peu dans sa nature d’avoir réponse à tout, alors…

— Ah… c’est vrai que maintenant que vous m’le faites remarquer …

— Quoi… ?!

— Des fois, il est drôlement bizarre, ce clébard ! Il me regarde comme s’il avait envie de me parler pour de vrai !

— Ah, vous voyez, quand je vous le dis !

— Mais, du coup alors, pour ma tante Jeannine…

— Qui ça… ?

— Ma tatie Jeannine… p’tête que ça pourrait bien être ça aussi ?! Ouais, la réincarnation… pourquoi pas, maintenant que j’y pense…

— …Quoi ?! Quoi donc ?

— Ben, elle a du poil aux pattes qu’y lui a poussé comme ça d’un peu partout, et puis des fois, la nuit, elle se met à hurler à tue-tête… comme… comme un loup-garou ! Tiens, là, rien que d’y penser, ça me fout des frissons !

— …Ouais… cela vaudrait effectivement le coup d’observer le phénomène de plus près !

— Bon… et pour voir un peu… combien que vous me l’achèteriez, mon Jean-Claude… ?!

À JCVD, qui est reparti finalement avec Jean-Claude (le chien incarné), j’ai réussi à lui refourguer aussi une jolie paire de mes tatanes à rayures bien fourrées. Ça tombait bien, j’avais sa pointure en stock. Du quarante-deux et demi…

Un jour j’oublierai…

Un jour j’oublierai…
J’oublierai le bruissement des feuilles à la cime des grands arbres, les pleurs de notre enfant la nuit, et le son de tes pas.
Un jour, j’oublierai tout cela.
J’oublierai la voix de ma mère, si calme et si douce, et le clapotis joyeux des vagues d’un été, et puis tes baisers dans mon cou, sucrés et suaves… sucrés et suaves…
Un jour, un jour tout cela je l’oublierai mon amour…
J’oublierai même le parfum du jasmin, les volets qu’on ouvrait le matin, les mille promesses murmurées d’un doux bonheur, et puis ton visage, ton visage mon ange, entre mes mains…Je les oublierai aussi…
Le feu qui crépitait, rassurant nos angoisses du moment, ta peau d’ambre sous mes doigts, ce goût d’un thé brûlant le nez planté là-haut, tout là-haut dans les étoiles, j’oublierai… La fumée des bougies d’anniversaire, tes éclats de rire, et tes larmes parfois, le regard de mon chien et cette peur de te perdre… oui, j’oublierai tout cela…
Tous nos baisers volés, le temps qui s’arrêtait un instant, ou une éternité bien souvent… la chaleur d’une brume qui s’évanouit lentement… lentement… Tes yeux… Ton corps… Je les oublierai encore…
Oubliés aussi toutes les petites notes de musique, pianotées, légères, et nos amis qui chantent bien trop fort, le silence d’une peine, d’un chagrin d’enfance, ou de tous mes tourments… tous mes tourments… et puis cette souffrance, elle aussi je l’oublierai enfin…enfin…
Car un jour viendra où j’oublierai tout, jusqu’à me perdre moi-même… loin, si loin… si loin de toi, mon amour… pour toujours…

Dernier matin…

Voilà, c’est bien décidé…Demain je pars !
Mon baluchon est fin prêt et mes papiers sont tous en règle !
Direction Bordeaux, Marseille ou bien pourquoi pas La Rochelle où un trois-mats fringuant m’attend surement déjà.

Oui c’est bien décidé ; je file tout net, je m’évade, j’embarque !
Nous traverserons alors cet océan, tout droit devant nous, sans escale, et Rio de la Plata nous accueillera sur des rythmes magnifiques de samba. Nous y ferons la fête tous ensemble, danserons, et danserons encore, encore et encore, jusqu’au bout de la nuit, parlerons des dizaines de langues oubliées, et puis les oublierons très vite nous aussi…

Et le lendemain, très tôt pour l’appareillage, je monterai tout en haut du mat attendant impatiemment le signal du bosco pour envoyer la grand voile, et larguer nos amarres.

Et nous voilà déjà au cap Horn ! Attention les gars, le vent forci ! Mais nous passerons quand même ! Hardi moussaillon et vaillant capitaine !

Ile de Pâques, Tuamotu, Bora-Bora, et puis toi ma jolie vahiné qui est là, de nouveau à mes cotés.

Alors viens, viens donc maintenant mon amour, car les alizés bienveillants nous pousseront encore plus loin, là où tu verras, les dauphins, et les poissons volants, nous suivront en de joyeuses sarabandes, où le hukulélé rythmera nos folles soirées sur une plage de Moorea, la croix du sud bien plantée juste au-dessus de nos têtes, et une jolie fleur de tiaré accrochée à tes cheveux….

Mais voilà que j’avais oublié tous ces parfums.

Et le tien aussi…

La tête me tourne, et mes yeux s’embuent déjà. Allons ne nous attardons pas, continuons donc notre route car le voyage ne fait que commencer.

Partons maintenant sur les traces de Lapérouse pas tout à fait effacées, et tiens voici déjà Vanikoro et les îles sous le vent, Hiva-Hoa et les Marquises enfin, que nous devinons à peine, ô sublimes paysages, dans la brume épaisse du matin…La brume épaisse du matin…

Mais voici que je les aperçois maintenant. Ils sont là. Tous mes amis merveilleux viennent me chercher. Ils sont si heureux de me retrouver, et souriant tous à pleine dents me tendent leurs mains…

Mais mes braves amis aurai-je encore la force de monter dans votre pirogue couverte de fleurs ? Oui, aurai-je encore ce peu de force demain matin ?

Car demain matin… demain matin et vous le savez bien, est maintenant si loin pour moi. Si loin, mes tendres amis Marquisiens…

Tu aimes ou tu aimes pas ?

J’aime bien la lettre « a »
Et sa copine « i »
Et puis le « m »…que j’aime aussi !
surtout dans « moi aimer toi »
Le bleu à ses yeux
et le rouge de ses lèvres
Ses croque-monsieur
et sa salade d’endive aux noix
L’Avventura avec Monica
et Jane Fonda dans Barbarella
La dernière scéne de Thelma et Louise
Et la première du Grand bleu…
Mozart un ami qui m’a sauvé la vie
et les bottes en cuir noir de Niagara
L’odeur de la campagne aprés la pluie
et du pain grillé le matin
La poignée de main de mon voisin
et le bisou sucré de mes petites-filles
Ouvrir ma boite aux lettres
et regarder les nuages blancs dans le ciel
Pleurer comme une madeleine
Rire aux éclats deux minutes plus tard
Ne rien faire des journées entières
Couper du bois en me prenant pour Jeremiah Johnson
Ramasser des petits cailloux qui brillent
L’embrasser tendrement dans le cou
Boire du Sauternes
une choucroute au Kammerzell
Nager nu dans le lac Powell
Dormir tout habillé sur mon canapé
M’énerver aprés les impôts
Rouler plein pot la nuit
Faire mes valises
Arriver quelque part
La signature de Donald Trump
Me croire plus malin que les autres
Le rafting et Léonard de Vinci
Changer de fuseau horaire
Brailler comme un putois
Avoir la vie devant moi
Dire de grosses bêtises comme Depardieu
Le hachis-parmentier parce que c’est bon (elle n’en fait jamais…petit message personnel…)
Prendre au moins cinq minutes pour écouter un con
Collectionner les vignettes Panini de coureurs cyclistes
Sa petite cicatrice au menton
Vivre à cent à l’heure
être toujours le dernier sur la piste
Filer doux comme un agneau
et ziber le fisc (mais non je plaisante…!)
Leur dessiner un mouton même si elles ne le trouveront pas ressemblant
Papy t’es vraiment nul…
Aimer…Aimer…Aimer…

Ce que je n’aime pas ?

Je n’aime pas la lettre « Q »
Trop vulgaire !
Et pas trop le « K » non plus, surtout deux fois de suite…
La signature à Donald Trump
les bull-dozers et les rouleaux compresseurs
Les quais de gare le dimanche soir
La petite aiguille sur le « 6 » le lundi matin
Les 4X4 qui passent devant chez moi
Les filles en mini-jupes qui ne passent pas devant chez moi !
La pluie le jour de mon anniversaire
Et la bougie de plus sur le gâteau
Les films américains qui se déroulent à Noël
et Jean-Pierre Léaud dans les autres films
Quand ça s’arrête beaucoup trop tôt
et puis quand ça ne marche pas très bien depuis le début
Le lapin en gelée (même si je ne le dis jamais pour ne pas faire de peine)
Perdre mon temps qu’est vachement compté
Rester sur ma faim
Avoir des ampoules aux mains
Me faire du soucis pour quelqu’un
Choper la dengue ou le chingoungougnia
Avoir les pieds qui sentent pas bon
Perdre une dent dont j’avais encore besoin
Qu’on me prenne pour un con
et qu’on me le dise en plus
Partir en sucette devant tout le monde
et revenir sur ce que j’ai dit
Avoir peur du lendemain
Enterrer un ami
Les chinois, et faites moi confiance je sais très bien pourquoi !
Qu’on me crève mes ballons
Qu’est plus un seul glaçon au frigo
Les tests de QI
Le shampoing aux oeufs
La tarte à la rhubarbe
Qu’on me tue mes petites abeilles
Le pognon du pétrole qui coule à flots
La ceinture de sécurité qui serre beaucoup trop fort
et le port du masque autorisé
Les mauvaises nouvelles du journal télévisé
Marcher pied nus sur du verre pilé
Me rouler dans la farine
Le tonnerre qu’est pas très loin
Les portes de l’enfer
Pleurer seul dans mon coin
Ne pas avoir bonne mine
Les boutons sur le nez
Embrasser pour la dernière fois
Jeter juste un coup d’oeil
Et ne pas pouvoir rester…

NB : Oui effectivement…La signature de Donald Trump est bien dans les deux listes mais n’ai-je pas le droit de rire de quelque chose que je n’aime pas ?!

Le vilain petit Canard…

                    CHAPITRE UN

Vous n’allez peut-être pas le croire mais ce matin nous avons trouvé un nouveau-né que quelqu’un avait déposé en douce sur les marches du perron…
Bien joli, tout joufflu et qui braillait comme un putois. C’est Simone qui l’a vu en premier le bout de chou. Simone de Beauvoir qui porte vraiment bien son nom celle-ci, car rien ne lui échappe, elle a comme qui dirait son oeil partout la Simone !
On est tous venu le voir ce petiot qui beuglait et on est même resté un moment comme cela, à l’observer sans bouger et surtout sans rien dire, ce qui n’était vraiment pas dans nos habitudes de la boucler ainsi. Puis Mussi et Busso lui ont fait des vilaines grimaces pour essayer de le distraire un peu le marmot. De vrais clowns ces deux là…! Mais ils ont eu beau faire nos deux Zavatta, rien n’y a fait, et il continuait à gueuler et à se tortiller dans tous les sens le petit ver de terre, alors madame de LAFAYETTE a demandé à Francoise DOLTO si elle avait une solution pour qu’il la mette un peu en veilleuse quand même.
« Non…! J’en ai plus rien à foutre maintenant des gosses… Qu’il crêve celui là tiens…! » qu’elle a répondu. Et on n’était pas beaucoup plus avancé avec ça…
« Mais s’il avait tout simplement faim…? » qu’a sorti RABELAIS en se frottant la panse. Et là c’était pas con…
Alors Marguerite YOUCENAR s’est proposé spontanément pour lui donner le sein. C’est vrai qu’en matière de nibards elle se pose là l’ancienne et SADE, le marquis un peu déluré et qui ne rate jamais une occasion de mater, lui a dégrafé son corsage, et ensuite lui a présenté le vieux téton ratatiné au gamin qui s’est jeté dessus comme la pauvreté sur le monde.
« Mon dieu… qu’a dit ZOLA en chaussant ses lorgnons sur son pif pour mieux profiter lui aussi du spectacle… Comme c’est beau d’avoir faim… ! »
Au bout d’une bonne heure, il s’est tout de même arrêté de téter, bien rassassié maintenant notre p’tit bonhomme. L’Amélie NOTHOMB qu’est sympa comme pas deux nous a refilé gracieusement l’un de ses grands chapeaux ridicules pour en faire un berceau confortable, et ensuite, le père BUKOWSKI, qui sortait du bar en compagnie d’HEMINGWAY, lui a chanté l’une de ses comptines dont il a le secret pour qu’il s’endorme tout à fait notre petit lascar…
« Je pète, je rôte, et je vomis, et puis voilà que… je crotte aussi ! Ma petite crevette… Ma petite salope…! »…

                                                    Chapitre deux

Les mois et les années ont passé. Et aujourd’hui, il a presque trois ans déjà le trublion.
C’est Jeannot, pardon, excusez-moi…je voulais dire Jean D’Ormesson, qui lui apprend à lire et à écrire tandis que Jean-Jacques ROUSSEAU le ballade en poussette dans le parc de la résidence en lui citant tous les noms des petits oiseaux. Il est doué ce gamin, et a déjà fait ses premières gammes en composant deux ou trois petits poèmes bien enjoués. Toutes les dames l’adorent et se le disputent, monsieur PROUST, qui l’aime bien aussi, lui a même refilé son grand lit et ses oreillers de plumes…
Mais celui qu’il préfère le plus parmi nous tous le gamin il faut vous avouer que c’est papy Jules VERNE. Il ne le quitte pas d’une semelle, et le vieux est très fier de ça et en devient complètement gâteux de ce bambin surdoué. Il lui a même construit une montgolfière en papier et un trés joli sous-marin bleu pour s’amuser dans son bain.
Le père DUMAS s’est laissé attendrir aussi et lui a taillé une petite épée dans une branche d’olivier piquée dans le jardin à PETRARQUE…
« Plus tard si tu rentres à l’académie mon petit… Tu verras il t’en faudra une bien plus jolie… en or et avec des diamants partout… »

                                                   Chapitre trois

Quelques années encore ont passé depuis… Notre protégé a beaucoup grandi et va bientôt sur ses quinze ans… D’ailleurs c’est demain très exactement… Alors pour fêter ça, on a décidé d’organiser une fête et puis d’en profiter pour lui donner enfin un nom et un prénom à ce chérubin, ce qui n’avait pas encore été fait jusqu’à présent. Le comité de relecture au complet s’est donc réuni et a du choisir parmi les propositions des unes et des autres. Cela n’a pas été vraiment facile mais finalement on a tout de même trouvé quelque chose de très bien et qui surtout plaisait à tout le monde :
« Mowgli Chéri qu’on va t’appeler et… tu seras un homme mon fils ! »
Rudyard était forcément content… Et puis tous les autres aussi…
Mais c’est à partir de ce moment que cela s’est gâté…
Notre petit Mowgli, bien sage jusque là, a commençé à changer, plus du tout le même à vrai dire. Il devenait de plus en plus arrogant, ne disait plus bonjour à personne, et crachait même par terre en jurant. On ne le reconnaissait plus notre charmant loupiot… Et puis surtout, il a commencé à écrire toutes ses horribles choses sur nous… Des critiques littéraires qu’il appellait cela… Mais comme si on en avait vraiment besoin nous d’avoir des critiques… ! Devenu un sacré pinailleur maintenant notre Mowgli, le voilà qui passait des heures et des heures à éplucher tous nos textes en long et en large, à compter nos vers les uns après les autres, à étudier les rimes, et la densité du contenu, et la syntaxe, et que sais-je encore… Bref… rien n’était assez bon pour lui !
« Et vous avez cette vanité de vous prétendre écrivains avec des textes pareils… ?! Mais mes pauvres amis ce ne sont là que des ramassis de phrases mornes, ennuyeuses, sans aucun intérêt, et de surcroît truffée de fautes d’orthographe… ! Bon… Qui est dans la Pléïade ici… ? Qui… ? Allons levez les doigts que je vois ça… Quoi vous aussi Paul VALERY… ?! »

Alors, finalement, on a fini par le foutre dehors avec un bon coup de pied au cul ! Retour à l’envoyeur ! Seul le vieux HUGO a versé une petite larme, mais sous ses apparences, c’est quand même un grand sensible notre barbu, il faut toujours qu’il chiale, pour un oui, pour un non.
Et puis ensuite, on l’a vite oublier… ce petit mariole…

AZERTY mon ami…

( Il est cinq heures moins le quart, un lundi matin comme les autres… )


Bon, c’est la dernière fois que j’te le dis !
Maintenant, cela suffit mon vieux… !
Et ne fais pas ces gros yeux, et encore moins ta bouche d’étonné, en « O » majuscule, avec un accent circonflex par le dessus ; c’est fini que je te dis !
Fini les vacances, va falloir te sortir le doigt du « Q »… ! Quoi… ?! Comment ça tu es choqué ? Je suis vulgaire, moi ?! Et toi tu t’es vu ?! Plat comme une limande et couvert de boutons !
Allez au boulot petite fainéasse ! Regarde donc, tu as vraiment tout ce qu’il faut pour réussir ; des voyelles, une bonne dizaine, et des consonnes encore plus, en tout cas largement de quoi faire de bons mots, et puis de jolies phrases ensuite… Je m’occuperai si tu veux de nos retours à la ligne… Mais, pour la syntaxe, je te fais entièrement confiance, tu as été formé pour ça, toi, et pas moi, d’ailleurs cela m’a toujours gonflé, la syntaxe !
Allez, commençons tout de suite… !
Mais pourquoi tu pleurniches maintenant ?! Qu’est-ce qui se passe encore ? Comment ça je suis nul ? Pas d’inspiration moi ?! Mais tu te fous de ma gueule, ou bien quoi ?! Veux-tu donc que je te montre tout ce que j’ai déjà écrit ?
Comment ça ce n’est pas bon ?!


( silence… je me sers un café noir… )


Bon… Allez… Entendu, on va tout reprendre à zéro…
Mais bien sur que si, tu l’as le zéro ! Regarde donc mieux, là, tout en bas de ton pavé numérique !
Ok… S’il faut vraiment que je te mette les points sur les « i »… Je vais te dire moi ce qui ne va pas entre nous… Déjà, cela commence dès le matin vois-tu… Rien… Absolument rien… pas un encouragement de ta part… Pas même un sourire… Et pas le moindre son… Merde, ça te couterais quoi après tout, un petit « bizzz » ,ou même, je ne sais pas moi, un simple petit « kouic-kouic » ?! Mais non, rien ! Monsieur fais la tronche à chaque fois ! Alors dans ces conditions, comment veux-tu que je sois inspiré, moi ?!
Désolé, mais tu vois, faudrait m’aider un peu ! Est-ce que tu as déjà entendu parler du syndrome de la page blanche, espèce de gros malin ?! Hé bien moi je pourrai t’en causer si tu veux…


( Un led vert se met à clignoter sur le coté… )


Oui, quoi… ? Qu’est qu’il y a encore ?
Une mise à jour ? Mais tu sais que tu commences à me gonfler avec toutes ces mises à jour ?! Est-ce que tu vas redémarrer cette fois, ou pas ?! Comment ce n’est pas cela que tu voulais me dire ?
…Hein…? Tu… tu quoi.. tu m’aimes ?! Toi, tu m’aimes ?! Tu me dis que tu aurais le culot de m’aimer ?! Arrêtes tes conneries, s’il-te-plaît ! Oui, quoi mes doigts ? Mes deux index ? Tu adores mes deux index lorsqu’ils te tapotent tout doucement ?! C’est quoi encore que cette blague ?! Oh, mais je t’en foutrai moi de l’amour, et puis aussi de la sensualité entre nous ! N’importe quoi… !
Ah bon… Tu crois vraiment… ?! C’est peut-être cela qui nous manquerait ? De l’amour… de l’amour… encore et toujours ? Tu vois je n’y avais jamais pensé ; mettre un peu d’amour entre les mots ! Mais, pourquoi pas, et si tu avais raison après tout… Alors, essayons voir tout de suite si ça marche… ! Allez, on s’y met maintenant mon vieil ami, mon vieux clavier adoré !
J’avais, un cher, un tendre ami, Azerty…

Recette du lapin au gaz moutarde (Ou à la prussienne)

Saississez-vous d’un jeune lapin de trois semaines
Que vous enlèverez sans ménagement
A ses parents, amis, femme, enfants
En lui fredonnant la Marseillaise…
« Formez vos bataillons…et cétéra et cétéra… »
Vous verrez alors que cela le rassurera…

Puis abattez-le
Sans cérémonie aucune
D’une balle dans la nuque
Pendez par les guiboles
Avec des barbelés
Saignez ensuite avec un schlass
Eventrez proprement à la baïonnette…
Et puis retirez ses tripes
A mains nues…
N’oubliez pas le coeur
Que vous réduirez en bouillie.
Sur la peau, tirez fort vers le bas
Elle viendra…
Réservez-vous une patte
La mettrez dans vot’poche
Elle vous portera bonheur !

Enterrez peau et boyaux
Dans la gadoue
Une jolie croix en bois
Avec le p’tit Jésus par dessus.
Le plus dur est fait…
Rajoutez quelques épices
De la sueur
Des larmes et du tourment…
Une poignée de grenades, de la roquette,
Et comble du raffinement,
Un bel obus de 75
Qui brille et qui péte…!
N’oublions pas la lampée d’sarin
Qui nous donnera du parfum…

Puis laissons bien mijoter
Quelques années…
Dans une grosse gamelle en fer blanc
Sur la flamme vacillante
D’un briquet d’poilu
Ou de not’pov’ soldat inconnu…
Un lourd couvercle
Bien posé sur l’dessus !

Pendant ce temps
Dressons donc la table
N’hésitons pas à rajoutez des assiettes
Plus on est de fous plus on s’amuse…
Pour la déco de table
C’est imbattable…
De la convention de Genève
Nous ferons quelques confettis…!

Et bien voilà…Bon appétit !

Le petit Poucet…

Le lieutenant Columbo n’en croyait pas ses yeux fripés de cocker… Les huit cadavres étaient pourtant bel et bien là devant lui, soigneusement alignés par ordre de taille… Le père tout d’abord, puis la mère suivie de ses six enfants, du plus grand au plus petit. Il manquait simplement le dernier dans la mare de sang déjà coagulée. Et pour cause, d’après les premiers constats il n’y avait aucun doute ; c’était surement lui qui avait fait le coup…
— On va le retrouver ce p’tit enfoiré… On va le retrouver ça vous pouvez en être certain Barnaby !
Car Barnaby était là aussi. Pour cette affaire hors du commun on avait appellé du renfort d’un peu partout.Et devait pas rester grand monde au 36 quai des orfèvres ou bien à Scotland Yard. Même cette grande folle dingue avec sa chapka constamment visée sur la tête avait fait le déplacement pour voir ce massacre. Le célèbre Sherlock Holmes relevait déjà des indices précieux…
— Chausses du 36 le saligaud… ! Very funny but it’s not usual du 36 pour un serial killer !
— Mais… N’est-ce pas normal à dix ans et demi… ?!
— Ouais… Perhaps…
On avait fait venir des chiens aussi.
Toute une floppée qui vous reniflaient dans tous les coins en remuant frénétiquement la queue. Des bergers belges malinois qui sont toujours les meilleurs pour cela, et tous les spécialistes des chiens-chiens à sa mémère seront entièrement d’accord là dessus. Très intelligents les bestiaux, et bien souvent beaucoup plus que leurs maîtres d’ailleurs d’après les statistiques…
— Chef… L’est surement parti par la forêt… ! Je crois bien que les chiens ont flairé quelque chose…
Nous voilà donc qu’on se barre tous aussi sec et à fond de train dans les bois. Et dans la cabane reste plus que deux ou trois sbires, tout habillés de combinaisons blanches et qui passent des grandes serpillères humides sur le parquet pour nettoyer toute la scène de crime.
Dans la forêt profonde, les gars décident de faire une pause car cela fait déjà trois bonnes heures que l’on courre ainsi, à en perdre haleine, derrière ces putains de clébards. Maigret s’allume une pipe, Barnaby sort sa fiole de whisky old Glenmore et Sherlock son violon pour nous jouer une sérénade tandis que cap’tain Marleau pisse debout derrière un arbre recouvert de mousse.
— Vous croyez qu’il a déjà réussi à passer en Suisse ?
— Possible…
Le chocolat étant très certainement le mobile du crime –on avait retrouvé des boulettes de papier d’alu qui emballe les Kinder-surprise disséminé tout le long du sentier– fallait donc bien se douter que le gamin chercherait forcément à se planquer là-bas, pays de cocagne de la chocolaterie s’il en était.
— Galope drôlement vite ce salopiot… ! Merde… Ils ont la santé à c’t’âge là ! S’il ralentissait un peu la clope maïs le commissaire Bourret cracherait peut-être un peu moins ses poumons aussi…
Vl’a qu’on repart. Faudrait se magner le rondin parce qu’il ne va pas tarder à faire nuit maintenant.
— Z’avez pas entendu… ?
— Quoi… ?
— …Les loups… ! Pas entendu les loups qui hurlaient là… ?!
Canis lupus… Le loup gris commun d’europe…
Notre ami Sherlock, il ne peut jamais s’empêcher de ramener sa science à tout bout de champ. Il en deviendrait presque chiant à force.
Finalement on s’est arrêté dans une petite auberge qui était située au beau milieu d’un clairière. Recommandée par le guide du Routard ce qui ne gâchait rien. L’établissement, tenu par un vieux couple très propres sur eux, ne payait pas de mine mais on a bien bouffé quand même. Et on a bien picolé aussi. Peut-être même un peu trop pour certains car ça s’est terminé en bagarre générale juste aprés le dessert… Columbo qui saignait fort du nez a fini par sortir son flingue, un remington calibre 38 avec une crosse en nacre véritable qu’est toute jolie, et nous a tiré une salve en l’air pour que le calme revienne. De vrais gamins.
Ensuite, on est tous allés se coucher dans le foin. Ça grattouille un peu quand on n’est pas habitué mais on s’y fait assez rapidement surtout lorsque l’on est bien crevés comme nous l’étions. Un sacré roupillon que l’on s’est payé même parce le lendemain matin à neuf heures personne n’était encore debout. Il est vrai que dans notre boulot on a rarement le temps de faire la grasse mat’ alors on en a profité un peu. Et puis l’air de la campagne nous avait fait du bien à tous, qui sommes le plus souvent enfermés dans des bureaux à taper des rapports criminels ennuyeux au possible. Alors c’était l’occasion ou jamais de décompresser un peu.
Bref… On s’est remis en route vers quinze heures, quinze heures trente, après avoir petit-déjeuné et déjeuné dans la foulée. La patronne de l’auberge nous avait préparé une daube aux morilles, qui était sa spécialité, et il aurait été idiot de ne pas en profiter.
Dès le début, on a vu tout de suite que les chiens n’avaient plus du tout la gnaque… Ils commençaient à en avoir plein les pattes surement. Nous aussi, quelque part.
Alors, comme les pauses devenaient de plus en plus nombreuses et longues, le commissaire Navarro, qui était le plus âgé d’entre nous mais aussi le plus ancien dans le grade le plus élevé, a décidé de tout arrêter. Mais à vrai dire un peu la mort dans l’âme tout de même parce que c’est malgré tout un sacré professionnel le père Navarro quoi qu’on en dise dans le télé Z de la semaine dernière.
— Bon… Je crois qu’on va laisser tomber les gars… Parce que sur la tête de ma mère, la vérité que ce n’est pas humain de faire endurer ça à ces pauvres chiens… !
Un bus bien climatisé est venu nous chercher rapidement pour ne pas avoir à se retaper toute la traversée de la forêt profonde. Sur le retour on a chanté tous en chœur « Plus vite chauffeur ! » et l’ambiance était vraiment au top. Sherlock a joué de son instrument et la Marleau, qu’est pas bégueule pour un sou celle-ci, nous a fait un stripe dans les règles de l’art. Alors vrai que l’on s’était bien marré, et comme a dit Barnaby, lui qui se fait toujours drôlement chier à la maison avec sa femme qui n’en rate pas une pour lui casser les pieds, pour ne pas dire autre chose de beaucoup plus vulgaire ; —il faudrait que l’on recommence l’expérience plus souvent non… ?! »
Retour donc à la cabane sanglante en fin de journée où pendant notre absence, les petits gars de la propreté scientifique avaient bien bossé, et tout nettoyé du sol au plafond. Sur qu’on y voyait beaucoup plus clair maintenant dans cette histoire. Et surtout qu’ils avaient finalement retrouvé le petit criminel bien caché dans un placard à balais…
— L’aurait fallu peut-être mieux fouiller le baraque… qu’a sorti l’inspecteur Harry que l’on n’avait pas entendu encore jusque là mais qui cause pas très bien le français non plus, il faut dire.
Le petit chose de mes deux a avoué tout de suite ses horribles crimes ce qui nous a permis de gagner pas mal de temps pour résoudre l’affaire surtout que l’on était un vendredi soir, et qu’évidemment personne ici n’avait envie de faire des heures sup’ une veille de week-end. On a tout de suite fêté ça comme de bien entendu en ouvrant quelques bonnes bouteilles de champagne millésimées que l’on a trouvé dans la cave et où il y avait également un ogre qui se planquait bien dans le noir, et depuis pas mal de temps…
Mais ceci est une autre histoire…

Trés librement inspiré du conte… Et texte proposé également dans un défi d’écriture (Babelio.com) mais n’ayant pas rencontré beaucoup de succès non plus…

Mona Lisa

Deux textes proposés pour répondre à un concours (fumisterie…?) sur le thème de MONA LISA (400 caractères maximum).

Ce soir Lisa, je t’ai apporté ces fleurs sauvages, délicates et diaphanes, cueillies ce matin sur un chemin de Toscane. On les nomme fumaria… T’en souviens-tu Lisa ?

Te souviens-tu aussi de ce petit chemin brumeux et de ce pont romain sur lequel, timidement, je t’ai embrassée pour la première fois ?

Nous étions si jeunes, à peine 16 ans pour toi, et guère plus pour moi. Tu as souri… Comme aujourd’hui… Ma Dona tu étais si belle dans cette robe rouge…Bien des années ont passé et si les vernis ont craquelé, si le ciel s’est assombri derrière toi, ton sourire merveilleux lui est toujours là… Intemporel et tellement délicieux… Ô mon coeur, une larme à tes yeux ?

Le parfum des fumaria ou bien l’émotion de me revoir…?

Le second…

Joconde, ma Gioconda… Tu fais bien ta maligne à regarder passer le monde entier derrière ton plexiglas à l’épreuve des balles… Imperturbable, tu restes toujours de glace… Mais j’ai le sentiment que lorsque tu m’apercevras, sacrée gamine, alors ton sourire éclatera et tes jolies dents nacrées enfin l’on pourra deviner… Lisa, ma Florentine… Cette fois je peindrai tes jambes, puis dans un nuage de fumée dont j’ai toujours le secret, ensemble nous quitterons ces lieux… Et tiens… Pourquoi pas en hélicoptère ? Tu verras cela devrait te plaire… !