Chapitre 22. Capt’ain Igloo et Mister Freeze sont dans un frigo…

J-3. Fort de Brégançon. Presque midi pétante maintenant…

C’est Jean-Lain qui est venu nous décoller. Façon de parler, bien sûr.

On se serraient tellement fort l’une contre l’autre, j’aurais souhaité me fondre en elle si cela avait été physiquement possible…

Il commence par un discret « Hum…hum… ! » à la manière d’un type qui sait bien qu’il dérange son monde, mais comme on ne bronche pas d’un seul millimètre toutes les deux, attend un peu, puis d’impatience, voyant bien qu’il ne se passe pas grand chose, finit par murmurer :

—… Madeleine… s’il-vous-plaît, Madeleine… c’est vraiment très important… !

Je tourne alors lentement la tête vers lui. Il est en sueur, l’animal. Et là seulement, je saisis que ce doit être grave, car de mémoire je ne l’ai encore jamais vu dans un état pareil, Jean-Lain faisant partie de ces individus qui ont la chance, quoi qu’ils fassent, de ne jamais transpirer plus que de raison…

« … Bon… OK… alors, c’est quoi le problème, cette fois… ?!

—… C’est… c’est madame Gémiminiani !

Cela se passe dans ses yeux. Oui, il y a bien quelque chose d’étonnant là-bas, tout au fond de ses pupilles, comme une petite lueur douce et bienfaisante…

— Quoi, Gémiminiani… ?! Qu’est-ce qu’elle a encore foutu celle là… ?!

— Ben… elle est con… elle est…

— Elle est conne ? Mais tout le monde le sait, ça, Jean-Lain !

— Non ! Elle est congelée, Madeleine… complètement congelée !

Et cette petite lueur magnifique que l’on distingue ainsi dans son regard est tout simplement son âme… oui, son âme… j’en suis absolument certaine maintenant. Son âme, radieuse, chaude, enivrante, enveloppante et si réconfortante, qui diffuse ainsi en virevoltant à travers ses pupilles…

— Quoi… ?! Comment ça CON-GE-LÉE ?! C’est quoi encore cette histoire… ?!

— On vient de la retrouver, en bas, dans les cuisines… enfermée dans l’un des gros frigidaires ! On ne sait pas exactement ce qui a bien pu se passer… la porte a dû claquer derrière elle… mais ce qui est sûr… c’est qu’elle est toute raide maintenant !

Il se tamponne le front avec un mouchoir brodé à ses initiales. Qui donc de nos jours pouvait encore utiliser des mouchoirs en tissu et brodés à son nom, mis à part ce pauvre couillon ?!

— Ça… c’est sûrement à cause du Limoncello !

— …Hein… ?!

— Ben, oui, mon p’tit Jean-Lain, le Limoncello ça se fout toujours au congèl ! J’vais quand même pas vous apprendre ça, non… ?! Toujours bien glacé, le Limoncello !

Je lui prends à nouveau les mains et me replonge sans modération dans son âme bienveillante… je suis si bien tout au fond de ses beaux yeux bleus…

— Madame Goret… allons… s’il te plaît, Madeleine ! Mais qu’est-ce qu’on va faire maintenant avec elle… ?!

Il commence vraiment à me taper sur le système nerveux, le grand Chambellan de mes deux, avec ses splendides auréoles sous les bras…

— Oh… non… ?! Tu t’appelles Goret… ?! C’est vraiment trop mignon ! Cela me fait penser à ces petites tirelires… tu vois bien, ces petits cochons roses… Oh, comme c’est trop mignon !

— Ouais… bof… tu trouves-toi ?! Moi, perso, je n’aime pas ! C’est moins bien quand même, tu l’avoueras, que Von der Froofroome… parce que ça au moins, ça a de la gueule, comme nom ! Von… der… Froo… froome…! Voilà un nom qui claque bien !

— Il me vient de mon arrière-grand-père paternel… un colonel de hussards en Autriche-Hongrie… j’ai quelques vieilles photos de lui à la maison… si tu veux, je te les montrerai un jour…

— Foutez-là au soleil… !

— …Hein… ?

— Non… t’inquiète, ma chérie… c’est à Jean-Lain que je cause ! Oui, foutez-là donc en plein cagnard bien étalée de tout son long sur un transat, nom de Dieu, et vous verrez bien qu’elle va finir par dégeler ! Et ensuite, recouchez-là dans son lit… ça fera déjà plus propre !

— … Oui… entendu… mais… et après… ?!

— Et après ?! Mais je ne sais pas moi, mon vieux ! Après, on avisera ! On fera venir un des toubibs du coin, et là, il verra bien qu’elle est morte, la mère Gémiminiani ! Faut se dire qu’on a de la chance parce qu’avec la congélation du corps on a un peu de temps devant nous… j’ai déjà vu ça à la téloche, dans un Colombo !

-Un Colombo… ?!

-Mais oui, Jean-Lain ! L’inspecteur Colombo ! Vous ne regardiez pas Colombo ?! Le type tue sa femme, la fourre directos au congélateur et puis ensuite il a tout son temps pour se dégoter un alibi en béton… le crime parfait, quoi ! Hé ben, nous, on va faire la même chose ! On va la laisser décongeler en douceur, la mère Gémiminiani, le temps de s’arranger tranquillement avec tout ça !

Cela l’avait semble-t-il rassuré un peu cette histoire de congélo avec l’inspecteur Colombo. Rien de tel que ces vieilles séries américaines pour vous refiler une solution à tous vos petits problèmes du quotidien…

— Bon… hé bien… alors je vais faire comme on a dit… merci Madeleine… et à plus tard, donc !

— Ouais, c’est ça, Jean-Lain… à plus !

-… Oui… oui… à plus… mais bien sûr… décongelée… et encore merci… oui, oui, ça va aller… ça va aller maintenant !

Et il repart comme il est venu, sans bruit, mais avec peut-être un peu plus d’assurance. Je ne sais pas pourquoi mais cela me fait quelque chose de le voir ainsi, tout chamboulé, mon petit Jean-Lain. En définitive, ne suis-je pas aussi cruelle que j’en donne l’impression…

 » Je trouve que tu as été un peu sec avec lui tout de même… !

-Mais… c’est une burne, ce Jean-Lain ! D’ailleurs… ce sont tous des demeurés, tiens ! Et tu ne peux pas t’imaginer comme j’en ai marre de tout ces clampins ! Ils ne savent pas quoi inventer pour me faire tourner en bourrique ! Et c’est comme ça tous les jours de la semaine ! Crois-moi bien que si un jour on se décide à foutre tous les cons de la Terre dans une boite, hé bien, ceux-là, j’peux te garantir qu’ils ne resteront pas plus de cinq minutes à tourner autour !

— … Ah… toi aussi, alors… tu… tu es comme moi… tu ne supportes plus ton boulot, hein… ?!

— Non ! c’est eux que je ne supporte plus ! Tous des imbéciles que je te dis ! Même le Président est un sacré connard !

Elle me passe une main sur les cheveux, tout doucement, avec une tendresse infinie, comme le ferait une maman aimante avec son enfant chéri, un gros chagrin sur le cœur…

— Bon, Gladys, ne parlons plus de ça, tu veux bien… ?! Et dis-moi plutôt si cela ne te dirait pas de m’accompagner ce soir, à cette soirée chez Gonfarel… ? Allez, Gladys… dis-moi oui ! Oh, oui… cela me ferait tellement plaisir si tu disais oui !

— Ah… il y a une soirée chez Gonfarel… ?!

— Oui… enfin ce n’est pas exactement chez lui, je crois… c’est dans la baraque de l’un de ses potes… un émir du Koweit, ou de je ne sais plus trop d’où… en tout cas, c’est à St Trop ! Je suis certaine que cela te ferait du bien de sortir un peu… allez… dis-moi oui, s’il-te-plaît ! S’il-te-plaît, Gladys… ?!

Elle accepte, et moi, Mado, la petite Mado, je lui promets à nouveau de bien m’occuper de ses tortues… Oh, bon sang… comme la vie est drôlement chouette à vivre !

Chapitre 21. Le trouillomètre à zéro.

J-3. Camping « Les Palmiers d’or ». En toute toute fin d’après-midi.

« Dis donc, Chou… Ce soir, ils organisent une soirée mousse au camping, et si on allait y faire un tour… ?! »

Comment à présent aurais-je bien pu lui refuser quoi que ce soit… ?!

Nous venions de faire l’amour…

Passionnément, intensément, follement.

Monstre ! Un monstre ! Oui, le plus ignoble , le plus vil des monstres, voilà bien ce que j’étais devenu à présent… !

Et pourquoi donc avions-nous fait cela ?! Pourquoi avais-je cédé aussi facilement ?! Pourquoi… ?!

« Yamachi Electron corporation » est une entreprise japonaise spécialisée dans le domaine de la sécurité « NBC ». « NBC » pour nucléaire, bactériologique et chimique. D’après Zoé, Il s’agit même de la plus importante du genre dans le monde. Rien de vraiment bien sympathique dans tout ceci, si ce n’était de fort lucratives activités.

« Tu vois, mon Chérinou, ces boâtes-là, elles te font un sacré bond en bourse à chaque fois qu’un conflit se précise quelque part dans le Monde, et c’est bien compréhensif, les guerres sont leur fond de commerce, à ces enfoirés ! Alors dès qu’une petite menace se présente à l’horizon : leurs carnets de commande se remplissent à vitesse grand V !

— Oui… c’est entendu… mais là… là, dans le cas présent… Il n’y a rien de particulier à signaler, ou en tout cas rien de bien plus inquiétant que la routine habituelle !

— Ouais ! Et c’est bien pour cette raison que la chose m’a mis direct la puce à l’oreille ! Mais tout ça, c’est un peu de ta faute aussi… !

— Zoé… je t’assure qu’il va se passer quelque chose… je ne peux pas te dire de quelle manière je le sais, mais il faut vraiment que tu me fasses confiance…

— Bon, OK, admettons ! Enfin bref… finalement, je leur ai téléphoné tout à l’heure, pendant que tu étais sous la douche !

— … Hein ?! Comment ça, tu leur as téléphoné ?! Mais à qui as-tu téléphoné… ?!

— Ben, aux Japs, voyons ! Je les ai appelé, histoire d’en avoir le cœur net une bonne fois pour toute ! Et pourquoi que j’me gênerais, hein ?! Avec mon forfait « Premium », c’est gratos, le Japon !

— …

— En plus avec le décalage horaire, dont je t’ai déjà causé, ça tombait pile-poil : ils z’embauchaient tout juste à l’usine !

— … Tu parles japonais, toi ?!

— Bien sûr que non ! Enfin si… quelques mots comme tout le monde, du genre : « Merci, à bientôt mon chéri ! », ou encore : « On touche pas à la marchandise, coco, sinon j’appelle un videur ! »… juste deux ou trois trucs de base, assez simples, mais qui peuvent toujours t’être bien utiles dans la vie courante !

— Mais comment ça… « On ne touche pas »… ?!

— Bon… écoute… je leur ai parlé en english, aux Japs ! Ça te va mieux comme ça ?! Et puis si tu veux tout savoir, j’ai connu un anglais pendant quelques temps… voilà ! Et c’est grâce à lui que j’ai fait des progrès dans la langue de Shake-que-spire !

— Ah… moi aussi, j’ai un ami anglais !

— Et là, tu vois, c’est marrant, mais j’m’en doutais un peu que t’allais m’en sortir un nouveau de ton vilain panier à crabes ! Et celui-ci, je parie que c’est Jack l’Éventreur, hein… ?! Tiens… allez, cent balles que c’est lui, ton pote ?!

Elle est pliée en deux. Je n’apprécie pas tellement lorsqu’elle se moque de moi comme ça.

 » Non… il s’appelle William !

— William… ?! Hé ben, tu vois, Chou, si tu veux que je te donne mon avis, ça sonne beaucoup moins bien, WILLIAM l’Éventreur !

— Peut-être bien… mais il se trouve pourtant que c’est son véritable prénom !

— OK… bon… où c’est que j’en étais moi déjà… ah, oui… alors ensuite j’ai demandé à causer à un responsable des ventes en me faisant passer pour une journaliste de « France 3-Auvergne » qui se rencardait pour un reportage sur les moyens de protection contre le radon !

—Mince ! T’es drôlement gonflée quand même ! Et c’est quoi, ce radon… ?!

—Un gaz radio-actif ! Une saloperie de gaz qui te sort de dessous la terre et qui te contamine à petit feu sans que tu t’en rendes vraiment compte… ! Et il parait qu’il y en aurait des tonnes en Auvergne… ça te sort d’un peu partout là-bas ! À cause des volcans, je crois…

— Savais pas… !

— Le type qu’on m’a passé à l’autre bout du fil a mordu de suite à l’hameçon… y sont peut-être mignons tout plein mais pas très futes-futes, les Japonais ! Il a commencé par me faire une jolie liste de tout ce qui pourraient m’être utile dans le cas d’une fuite de radon. Bon, pas très malins, c’est vrai, mais pour ce qui du commerce, ils ne sont pas si nuls que ça, les Japs ! Bien sûr, j’ai fait semblant d’être très intéressée par toute leur quincaillerie et puis ensuite je lui ai demandé un peu plus de détails, au cas où l’on désirerait leur passer une commande… !

—… Et… ?!

— Et c’est là, tu vas voir, que ça devient vachement intéressant !

— Comment ça ?!

— Parce que, tiens-toi bien… mon Yamagochi, au bout du phone, tu sais pas c’qui me sort… ?!

— Ben… non !

Et là aussi, j’avais du avoir l’air très… très… enfin, bref… !

— Hé ben, le citron, y’me sort que si j’veux commander maintenant va falloir que j’attende un peu avant d’être servi ! Tout ça parce qu’y z’ont plus rien en stock !

— …Comment ça, plus rien… ?!

— Exactement… plus rien ! Y’zont plus que dalle en stock, qu’il m’annonce !

— Mais… je ne comprends pas… comment est-ce possible… ?!

— Parce qu’ils ont tout vendu dans la journée d’hier, les gonzes ! Tout ! T’entends bien, Chou, tout ce qu’ils avaient ! À un gros client… leur resterait même pas un seul masque à gaz de la taille cinq, que ça pourtant d’habitude, ils en vendent moins de cette taille-là qu’il me précise aussi ! Non, y z’ont plus rien à vendre pour le moment… ! Nada !

Je reste sans voix. Un peu sidéré, même. Malgré tout, j’essaye de réfléchir le plus calmement possible à la situation, tout en me disant intérieurement qu’elle est sacrément dégourdie cette gamine. Et vachement craquante aussi… ce qui n’aide pas à se concentrer…

« C’est les Chinois… !

— …Quoi… ?!

— Leur gros client… ben, c’est les Chintocks, Chou ! Le type voulait pas me le dire au début… il m’a fait tout un pataquès à cause du secret des affaires, et que soi-disant, ils sont particulièrement pointilleux là-dessus, les Japonais ! Mais il a quand même fini par me sortir le morceau au bout d’un moment… disons que j’ai un peu insisté lourdement… enfin, c’est surtout lorsque j’ai branché la cam sur mon portable…

— … La cam… ?

— Oui, la caméra, quoi… ! T’es lourd des fois, Chou… ! Enfin bref… Y z’ont tout vendu au chintocks !

— Les Chinois… alors ça signifierait donc qu’ils…

— Qu’ils ont la trouille ! Ouais, ils ont les pépettes, les Jaunes, parce qu’apparemment quelqu’un les menace… Alors ils prennent les devants… et là je sais pas comment t’as fait mais je crois bien que t’avais raison… ça va sûrement péter grave par là-bas… ! »

Moi aussi, je parle un peu anglais. C’est William, justement, qui m’a appris. Niveau grammaire, il n’est certainement pas le meilleur, mais pour ce qui est du vocabulaire, il se pose là. Surtout question vocabulaire médical. Il voulait devenir médecin, William, mais quand t’es né dans la rue, ou presque, ce n’est pas gagné d’avance. Alors il a tout appris sur le tas, en autodidacte comme il le dit si bien en rigolant…

Love… make love… We made love… loving… love… on venait de faire l’amour avec Zoé !

Make est un verbe irrégulier… make, made, made… Mais moi, je serais plutôt du genre bien régulier, et dans celui plus précisément à faire un tas de grosses bêtises les unes après les autres…

Bon… Pour être tout à fait honnête, c’était elle qui m’avait sauté dessus en premier. Comme ça, tout de go, sans préavis aucun. Effet de surprise… oui, mais ça ne minimise pas… pas du tout… J’aurai dû refuser… j’aurai dû refuser… mais elle a la peau si douce, Zoé… Ô, oui, si douce, si vous saviez… même le velours de Bruges à côté n’est que de la vulgaire toile à paillasson…

« Alors, mon Chou… soirée mousse… ?!

— Hein ?! Oui, oui… bien sûr… soirée mousse ! »

Chapitre 20. Grosse pointure.

J-2. Fort de Brégançon. Pour l’heure précise, merci de voir un peu plus bas.

Le Président est encore en peignoir. Il sort tout juste de la douche, et d’après la taille impressionnante des cernes sous ses yeux j’imagine sans peine que la nuit a dû être courte…

Quant à sa Josyane, elle pionce toujours dans l’immense paddock à baldaquin, en ronflant comme une locomotive. Depuis son opération des nibards, elle respire beaucoup moins bien : ses énormes implants mammaires lui pèsent terriblement sur le thorax et cela n’aide guère côté ventilation…

— Mais que se passe-t-il donc, Madeleine… ?

— Le Préfet… enfin… je voulais plutôt dire… madame la Préfète du Var est là, monsieur le Président… elle désirerait vous entretenir cinq minutes… c’est rapport aux divers désagréments que l’on occasionnerait… soit-disant… à la population du coin depuis que nous nous sommes installés ici…

— Hein… ?! Comment ça des désagréments ?! Mais quels désagréments ?! Nom d’une pipe ! Elle nous prend pour des Bohémiens, ou quoi… ?! Oh, mais c’est qu’elle va pas m’emmerder longtemps, celle-là… surtout que le moment est mal choisi !

— C’est bien ce que je me suis pensé aussi… mais voyez-vous, elle a tellement insisté…

— Hé bien, ne perdons pas plus de temps avec cette chieuse ! Madame insiste ? Très bien, alors faites-la donc entrer, votre Préfète… ! »

Je lui fais un petit signe de tête en direction de Josyane, toujours endormie dans le grand plumard à fanfreluches…

— Ah oui… vous avez raison, Madeleine ! Bon, ben, alors poussez-là plutôt à côté, dans le petit salon… j’arrive tout de suite ! »

La Préfète du Var se nomme Gladys von der Froofroome. Mais, d’après Jean-Lain, qui a des informateurs très bien placés un peu partout, il y a deux ans à peine on l’appelait encore monsieur le Préfet. Elle aurait, comme qui dirait, subit une grosse intervention chirurgicale aux niveau des choses de la vie…

Le problème, car il y avait manifestement un petit blème, n’était pas qu’elle soit transgenre, parce qu’à part pour le chapeau du costume officiel cela n’avait pas changé grand chose, non, le hic, c’est qu’il y avait environ six mois de cela, elle nous avait pété un A.V.C, la Préfète…

Selon le grand ponte de la Faculté de Médecine de Marseille, qui la suivait depuis le début, le professeur K. pour ne pas le nommer, il n’y avait absolument rien d’anormal. Cela serait tout bêtement dû à son traitement hormonal de substitution, le « THS » pour les initiés, qu’elle devait prendre sans faute tous les matins et tous les soirs depuis son opération chirurgicale, et qui, pour lui –qui avait quand même fait douze longues années d’études après le baccalauréat et sans jamais redoubler ne serait-ce qu’une fois– présentait quelques effets indésirables, et tous fort bien décrits d’ailleurs dans la littérature médicale, comme dans cette revue anglaise, « The Lancet », qui faisait référence en la matière. Il n’y avait aucun doute là-dessus…

Avec Gladys, ils avaient bien relu ensemble la notice, qui était encore pliée en quatre dans la boite de médocs, et, effectivement, cela était bien écrit, noir sur blanc, et en tout petits caractères, dans la longue liste de choses à connaître :

« Risques très importants de troubles vasculaires cérébraux…« 

Elle n’avait plus un seul poil au menton, et des petits seins qui avaient commencé à pousser, alors comme lui avait susurré l’homme de sciences en refermant derrière elle la porte capitonnée de son luxueux cabinet :

« Vous savez dans la vie… on n’a jamais rien sans rien ! »

La parole du grand Sage n’a pas de prix. Enfin, dans le cas présent si quand même un peu : deux cents euros de dépassement d’honoraires, à régler à ma secrétaire, et en cash uniquement, s’il-vous plaît, merci !

Bon, il n’avait pas tort non plus le spécialiste marseillais de l’anévrisme et du caillot fibrineux : parfois il faut savoir un peu composer. Mais voilà, cette pauvre Gladys depuis son accident vasculaire n’était plus vraiment au top…

Préfet de la République n’est pas un boulot de tout repos. Entre les poses de première pierre d’une salle des fêtes en plein cagnard et les pots de l’amitié qui s’éternisent (souvent) dans des maisons de retraite où tu peux te choper une mauvaise grippe, ou même une vilaine gale comme qui rigole si tu ne fais pas gaffe, c’est loin d’être une sinécure, ce job !

Alors, si physiquement elle n’avait pas eu de séquelles importantes de cet AVC -toujours balèze, malgré son opération, la Gladys, avec son bon mètre quatre-vingt à la toise, et du muscle un peu partout– et qu’elle tenait encore à peu près le coup, c’est plutôt moralement que ça n’allait plus très bien… à l’évidence, notre petite Préfète déprimait grave, souffrant de ce que l’on appelle assez communément un « Syndrome anxio-dépressif réactionnel post-opératoire », affection qu’aurait du diagnostiquer l’autre non-conventionné de mes deux, s’il avait bien entendu daigné porter un chouïa plus d’attention à sa patiente…

— Ah… bonjour, Madame la Préfète ! Excusez-moi, mais j’ai oublié votre nom… c’est comment déjà… ?! Wonder… Wonder fioul… ?!

— Von der Froofroome… Monsieur le Président !

— Oui, voilà… Von der Froofroome ! Alors… qu’est-ce qui vous amène donc si tôt de bon matin ?!

Il en profite pour zieuter sa Rolex en or à quinze mille boules et s’aperçoit avec étonnement et stupeur qu’il est quand même déjà, mine de rien le temps passe vite, onze heures moins le quart… !

— … Monsieur le Président… La population locale s’est plainte auprès de mes services d’avoir eu à subir de très nombreux débordements et atteintes graves à l’ordre public faisant suite à votre arrivée ici… et… avec tout le respect que je vous dois… cela est tout à fait regrettable… !

— … Hein… quoi… de quoi donc… ?!

— Je veux parler de tout ce bruit, de ces va-et-vient incessants d’hélicoptères, ou bien encore de ces individus complètement ivres qui viennent sonner aux portes des riverains en pleine nuit…

— Comment… ?

— Si, si… ! Et sans parler de cette installation, sans la moindre autorisation administrative, de dizaines de baraques de chantier sur une plage tout ce qu’il y a de plus publique, et maintenant, et là, ma foi, je crois bien que c’est… le bouquet ! De ce gigantesque incendie que nous n’arrivons toujours pas à circonscrire à l’heure où je vous parle, et qui ravage notre magnifique forêt protégée… Saviez-vous qu’elle est pleine de tortues cette forêt, monsieur le Président… ?!… Oui, des tortues ! Mais attention, pas n’importe quelles tortues… des tortues de Hermann… une espèce protégée par la convention de Washington ! Je suppose tout de même que vous avez déjà entendu parler de la convention de Washington… ?!

— Heu… oui, évidemment ! Qui n’a jamais entendu parler de la convention de Washington ?!

— Oui… donc, en résumé… vous vous êtes installés ici il y a moins de vingt quatre heures et la population est déjà très en colère après tous vos… gens, monsieur le Président ! Alors, et cela malgré tout le respect que je vous dois une fois de plus, il faut que vous appreniez que par ici nous tenons énormément à notre tranquillité… ainsi qu’à nos chères petites tortues !

Maintenant qu’elle avait lâché le morceau, on la sentait presque au bord des larmes, notre Préfète… Sa jolie voix, profonde et au timbre grave du début, était passée progressivement dans la bande des trémolos, beaucoup moins mélodieuse aux oreilles, et le Président, qui l’avait jusque-là laissé parler sans l’interrompre, restait scotché comme deux ronds de flan. Il hésitait, semble-t-il… Aurait-elle touchée une corde sensible ?! Après tout, n’étaient-elles pas trop mimis, ces petites tronches de tortues ?!

— Mais, qu’est-ce que j’en ai à foutre moi de vos saloperies de bestioles, la Préfète… ?!

Hé, ben, non… raté !

— Imaginez-vous un peu, madame, que j’ai en ce moment bien d’autres chats à fouetter, et que ces misérables sensibleries de votre populace sont parfaitement inopportunes et je dirai même tout à fait déplacées ! Aussi, transmettez donc de ma part à tous vos planqués de ce Département que l’heure n’est certainement pas à se plaindre, madame Vroumvroum !

— Von der Froofroome, monsieur le Président… !

— Oui, c’est ça ! Tiens… vous voyez, même votre nom m’horripile ! Vous devriez peut-être penser à en changer un jour prochain, non… ?! Lorsqu’on possède un nom comme celui-ci… hé bien… je crois que l’on devrait en changer rapidement, madame !

— … Mais… j’ai déjà changé de prénom !

Cette fois, surpris, il marque un léger temps d’arrêt, et la regarde un peu plus attentivement…

En définitive, peut-être n’était-il pas aussi idiot que cela notre Président, et venait-il, tout à coup, de comprendre ce qui clochait dans le physique hors norme de cette Préfète ?! Maintenant, je devine qu’il a remarqué quelque chose en particulier et qui semble l’intriguer bien plus encore que tout le reste… Et ce sont ses pieds, à la préfète !

— … Voyez-moi ça… nom d’une pipe en bois de rose !… Vous… vous… dites donc un peu… vous chaussez du combien, vous… ?!

— …Du quarante-six et demi, monsieur le Président ! Ou parfois un petit quarante-sept… cela dépend des chaussures !

— Oh, ben, merde alors ! De sacrés panards que vous nous avez-là tout de même !

Il se gratouille la tête, embarrassé apparemment… puis reprend, mais sur un ton beaucoup plus mielleux.

— OK… écoutez… on va quand même voir ce que l’on peut faire pour ces tortues ! Bon, pour les hélicos, je ne vous promets rien, mais pour vos tortues, c’est promis, on va essayer de s’en occuper ! Et puis tiens… et pourquoi ne resteriez-vous pas manger avec nous à midi ?! Y’aura sûrement de la langouste et du Bandol bien frais ! Vous aimez la langouste… ?!

Ce qui, allez savoir, pourrait devenir une habitude dorénavant à chaque fois que l’on prononçait le mot langouste : Josyane apparut…

Elle était nue comme un ver, et s’était fait un masque de beauté, ce qui n’arrangeait pas le tableau…

Si, le Président et moi-même l’avions déjà vu, maintes et maintes fois, à oualpé, la Josy, la greluche n’étant pas pudique –et c’est le moins que l’on puisse dire– pour la Préfète, la chose était forcément une grande première…

— … Oh… pardon ! J’savais pas que vous receviez du monde !

— Mais y’a pas de mal, Josyane ! Laissez-moi donc vous présenter notre Préfet… fète… M’dame…

— Gladys von der Froomfroome ! Très enchantée, madame la Présidente ! Je suis absolument ravie de faire votre connaissance…

— Et moi donc ! Excusez pour la tenue ! Dites, mon cher… n’auriez pas vu mes escarpins jaunes, par hasard… ?! Vous savez bien ceux avec des petits brillants sur les cotés ? C’est quand même incroyable ça… avec tout ce foutoir, je n’arrive pas à remettre la main dessus !

… Et elle reste là, cette dinde, ses deux pamplemousses de concours, son minou épilé au laser et son masque au concombre, plantée au beau milieu du salon…

J’ai honte pour elle. Ainsi que pour notre Nation toute entière… terriblement honte…

— C’est que… pour votre invitation… je vous remercie beaucoup, monsieur le Président, mais… je ne vais pas pouvoir ! Il se trouve que j’ai déjà une inauguration prévue cet après-midi… et je ne peux vraiment pas annuler. Et puis de toute façon je suis allergique aux crustacés ! Cela me donne des boutons de partout !

Ce qui après tout n’était peut-être pas plus mal…

D’ailleurs, moi aussi je commençai à saturer grave de la crevette siliconée !

« …Bien… bien… ce n’est pas grave ! Nous nous reverrons sûrement, madame von de… madame la préfète ! Oui… voilà… nous aurons très certainement l’occasion de nous revoir prochainement… et bien entendu, on va s’occuper de vos p’tites bestioles ! Ne vous inquiétez pas pour ça ! On va faire le nécessaire ! Hein, Madeleine… ? Hein, n’est-ce pas ? Prenez donc acte, Madeleine ! Oui… voilà… alors à bientôt !

Il ne lui serre même pas la main, bien trop occupé à mater l’autre pouffe, qui, maintenant à quatre pattes sur le carrelage en tomettes rouges, regarde sous une chaise, le cul bien en l’air, toujours à la recherche de ses pompes à brillants… Et nul besoin de posséder un master en Sciences du comportement animal pour imaginer la suite des évènements…

J’accompagne Gladys sur le palier. Elle n’a vraiment pas l’air en forme…

— … Dites… il est toujours comme ça… ?!

— Aussi excité ?!

— Non ! Je voulais dire aussi pédant et désagréable avec les gens !

— Ben… je crois bien, oui… !

— … Et il est évident qu’il n’en a rien à faire de mes tortues, n’est-ce pas… ?!

— Mais non… allons, allons, faut pas dire ça, voyons ! Bon, il est vrai qu’en ce moment il serait plutôt piaf, le Président… !

— Les oiseaux… ?! Mais les oiseaux aussi vont mourir dans ce terrible incendie ! Mais bien sûr ! Et les renards… et les écureuils… et tout le reste aussi ! C’est tellement dégueulasse d’avoir foutu le feu comme ça à notre forêt ! N’importe comment vous êtes tous les mêmes les Parisiens… vous ne faites jamais attention à rien ! Vous savez, ce n’est pas pour rien si on ne vous aime pas par ici… !

Elle se laisse tomber, toute flagada, sur le sofa en tissus écossais traité scotchgard, et puis se prend la tête entre les mains…

Je m’assieds à coté d’elle… Bon sang, elle est si touchante, cette Préfète, avec ses états d’âmes écologiques… Je ne sais pas trop ce qui m’arrive, mais j’ai bien envie de l’aider un peu quand même…

— Écoutez-moi… Gladys… je peux vous appeler Gladys… ?

Elle relève la tête.

— … Comment… ?!

— Est-ce que vous me permettez de vous appeler Gladys ?

— Hein… oui… mais oui… évidemment… !

— Bon, alors voilà ce que l’on va faire, Gladys… moi aussi, ces petites tortues et puis toutes les autres bestioles qui vivent dans la forêt, elles m’intéressent…

— Ah bon… réellement ?!

— Mais oui, je vous assure… j’adore les bêtes ! Tenez, la preuve : j’ai moi-même un petit chien à la maison ! Balou, qu’il s’appelle… il est adorable !

— Ah… ?! Moi aussi, j’avais un chien… un chihuahua… je l’avais appelé Moumoune… mais il est mort, le pauvre !

— …Ah… ? Mince… vous m’en voyez désolée !

— Mais non… merci… faut pas ! Il avait à peine six mois, mon petit Moumoune, lorsqu’il s’est fait écraser !

— …

Elle va chialer… Oh, merde, tiens… ! Et ben voilà, ça y est, elle éclate en sanglots pour de bon cette fois… Et je ne sais trop ce qui me prends à nouveau mais voilà que je lui passe un bras autour des épaules…

Je sens bien alors ses deltoïdes et ses trapèzes. Ils sont très puissants. C’est tout à fait surprenant de trouver des trapèzes aussi musclés chez une femme.

— … Mince alors… une bagnole, j’imagine… ?!

— … Non, non, pas du tout ! Des géraniums ! Je le promenai tranquillement en bas de chez moi, comme tous les soirs, et un pot de fleurs s’est détaché du quatrième étage… ! Il est mort sur le coup… je n’ai absolument rien pu faire !

Et c’est reparti, mon kiki, elle se remet à chouiner de plus belle !

Je la serre un peu plus fort coté deltoïdes, tout en lui posant mon autre main sur sa cuisse gauche. Elle a également un muscle droit fémoral d’une impressionnante tonicité…

— Bon… bon… allez, reprends-toi Gladys ! Je vais m’occuper de toi… allons quoi, faut pas pleurer comme ça ! »

Elle relève la tête à nouveau, mais cette fois-ci me regarde bien droit dans les yeux…

— … C’est vrai… ? Tu veux vraiment m’aider… ? Mais… je ne sais rien de toi !

Et c’est à ce moment précis que je l’ai embrassé…

Folle… oui Mado, tu deviens folle ! Complètement folle ! Et voici que ta vie s’envole…

Chapitre 19. Coup de bourse.

J-3. Camping « les palmiers d’or ». Toute fin d’après-midi.

— Du nouveau… ?!

— Écoute, mon Chou, si tu veux bien je t’expliquerai tout ça à la fin du repas… les tomates farcies à Zozo, ça n’attends pas ! Et puis, tu dois commencer à avoir un peu la dalle, non… ?!

— … Oui !

— Alors, installe-toi et mange !

Maintenant, on en était au dessert, et cette tarte tropézienne, spécialité du coin depuis que madame Brigitte Bardot s’était mise à la pâtisserie vers la fin des années soixante, après avoir mis fin brutalement à sa carrière cinématographique, était une véritable tuerie !

— Tu t’es régalé, hein… ?!

— Oh, que oui ! Le meilleur repas que j’ai pris depuis… un sacré bout de temps !

— Tant mieux ! Faut que tu te requinques ! Bon… jette donc un coup d’œil là-dessus… !

Elle me passe un journal posé à coté d’elle.

— Lis ça… !

— Ça… ? Ça, quoi ?! Les cours de la Bourse ?! Excuse-moi, mais je ne comprends pas… ?!

— C’est le canard de ce matin… je surveille le cours de la Bourse tous les jours ! Vrai que pour le moment j’ai pas un seul flèche à placer là-dedans, mais j’aime bien m’informer quand même, parce que je m’dis qu’le jour où j’en aurai un peu d’oseille, et bien… je pourrai investir sans me faire avoir ! J’sais pas si tu sais, mon Chou, mais faut vraiment s’y connaître quand on veut foutre son pognon en bourse ! Y’a un tas de gens qui se font baiser là-dedans et qui perdent tout d’un coup ! Ma tante Yolande par exemple… J’ t’ai déjà causé de ma tante Yolande… ?

—… Heu… non ! Je ne crois pas !

— Ben, tu vois, elle a tout perdu, ma tante Yolande ! Toutes ses économies y sont passées, à Tatie ! Elle avait investi dans le tunnel, la pauvre !

— …Le tunnel… un tunnel… ?! Quel tunnel… ?!

— Mais, enfin quoi… Chou… ! Celui sous la Manche, bien sûr ! Une drôle d’arnaque organisée encore que ce tuyau sous la Manche… parce qu’y z’ont tout perdu les actionnaires ! La totalité de leur fric est parti en fumée… ouais… fouiiit ! Lessivée, la tatie Yolande ! Et en une seule journée encore !

— Ah… ?… Ils ne l’ont finalement pas percé ce tunnel… ?!

Elle se marre. Ce n’est pas facile à gérer non plus lorsque tu n’es au courant de rien, ou presque…

— Mais bien sûr que si, ils l’ont percé le tunnel ! Sauf que la construction de leur usine à gaz elle a duré deux ans de plus que ce qui était prévu au départ, et surtout, le pompon rouge sur le bonnet en laine, c’est qu’au final, ça leur a couté plus du double pour le creuser l’trou ! Alors, tu comprends, l’action elle ne valait plus un pet de lapin à la fin… ben, forcément… si la moitié du chiffre d’affaire sert à rembourser les intérêts qui courent, tu t’imagines bien que les dividendes tu peux toujours te les carrer où j’pense ! « 

Tout est toujours beaucoup plus clair lorsque c’est bien expliqué !

— Bon, alors maintenant regarde donc mieux ici ! Et surtout ce tableau-là… ça, c’est le cours du Nikkei 225 !

— …?! …

Elle se lève et vient s’installer tout près de moi.

Lorsqu’elle se déplace, Zoé, on dirait une chatte.

Une petite chatte, souple, féline…

Gamin, j’ai eu un chat. Je m’en souviens, on l’avait appelé Moïse. Ainsi nommé parce que tout petit il avait failli se noyer dans un abreuvoir à bestiaux : il n’arrivait plus à remonter sur les bords, cela glissait de trop…

— Éh, ho… tu m’écoutes toujours là… ?!

— Hein… ?! Oui, oui, je t’écoute ! Bien sûr que je t’écoute !

— OK… alors j’t’explique mieux les détails !

— … Je veux bien… parce que je t’avoue que là je suis un peu perdu !

— Commençons par le commencement : le Nikkei 225, c’est la bourse du Japon… ! Ok ? Nikkei, c’est juste une abréviation, ça vient du nom du journal japonais qui publie l’indice tous les jours depuis que ça été inventé. Ensuite, le 225, c’est simplement parce qu’il y a deux cent vingt-cinq entreprises qui sont cotées dans cet indice boursier… tu vois pour le moment c’est pas très compliqué !

— Oui… pas compliqué ! Mais… je ne comprends toujours pas où tu veux en venir ?!

— Seconde papillon ! C’est pas fini, on va y venir ! Bon… ensuite, maintenant que t’as compris pour le Nikkei, comme tu peux le voir écrit ici : il a fini en baisse hier soir à 22487,86 points… mais là, pas d’inquiétude, c’est tout à fait normal avec le décalage horaire que l’on a avec le Japon !

— … Le décalage horaire… ?!

— Exactement, le décalage horaire ! Et du coup, ça clôture toujours en soirée pour nous, ici… bon, la baisse n’est pas significative… deux ou trois cents points de moins à la clôture, c’est vraiment pas grand chose ! Si tu commences à t’affoler pour si peu, mon Chou, alors t’as pas fini ! Faut savoir que c’est toujours comme ça la Bourse… un coup ça monte… et un coup ça descend ! Ou : ça va, ça vient, comme dirait l’autre ! C’est very normal ! Et faut surtout pas s’affoler pour des bricoles ! Ceux qui font les meilleurs coups en bourse ce sont toujours ceux qui ont su garder la tête froide jusqu’au dernier moment !

— Mais… je ne m’affole pas ! Non, non, je ne m’affole pas du tout !

Elle s’appuie maintenant sur la table en formica jaune et se penche légèrement en avant, son visage délicat n’est plus qu’à quelques centimètres du mien… Je peux distinguer de minuscules gouttelettes de sueur qui s’accrochent au léger duvet clair juste au-dessus de sa lèvre supérieure… Elle est si…

— Bien… mais vois-tu, ce n’est pas du tout ça qui a attiré mon attention… non… c’est plutôt ça… !

Elle pose alors vigoureusement son index sur une ligne bien précise du tableau…

— … Yamachi Electron corporation… !

— … Yama… chi… ?!

— Oui… Yamachi, chou !

Je ne sais pas trop quoi dire, alors j’attends un peu en la regardant bêtement. Et c’est certainement ce que j’ai de mieux à faire pour le moment, même si cela ne me met pas du tout en valeur. Une nouvelle fois, dirai-je.

— … Quarante pour cent ! Est-ce que t’entend bien… ?! L’action Yamachi a pris plus de quarante pour cent sur une seule journée de cotation ! Et ça, tu peux me croire que c’est pas normal ! Ouais… sûr qu’il se passe quelque chose de pas clair, là… de vraiment pas clair du tout… !

Chapitre 18. Midnight blues.

J-2. Plage de Brégançon. Très très tôt.

L’incendie a démarré vers deux heures trente environ…

C’était bien beau à voir, alors au début tout le monde sur la plage a imaginé qu’il s’agissait du bouquet final de ce magnifique feu d’artifice que Jean-Lain nous avait concocté aux petits oignons…

Puis, les bouteilles de gaz des barbeuques ont explosé les unes après les autres… Mais c’est surtout lorsque les premiers grands pins maritimes s’enflammèrent en torche que nous comprîmes finalement que ce n’était peut-être pas ça du tout !

Le pin, ça brûle bien. Et assez vite. Et encore plus en plein été quand il est bien sec…

L’alcool aidant, il n’y a pas véritablement de panique. Les gens restent très calmes. Si ce n’est notre Jean-Lain, qui n’ayant peut-être pas bu autant que la plupart d’entre nous, court dans tous les sens en criant au feu… !

Fort heureusement, les secours arrivent très vite, toutes sirènes bi-tons hurlantes, mais comme les Canadairs ne peuvent pas intervenir en pleine nuit, un gradé en chef de la Sécurité Civile du coin nous déclare, du haut d’un marche-pieds d’une jolie Land-Rover rouge-orange vif, et sur un ton tout empreint de cette remarquable et stupéfiante sérénité que l’on rencontre uniquement chez un type bien aguerri maîtrisant parfaitement une situation de crise :

« …Ben, écoutez-moi donc, Messieurs-dames… dans ces conditions, y’a qu’à laisser cramer tout ça tranquillement jusqu’à demain matin ! Et si ça se trouve… ça s’arrêtera tout seul ! »

Preuve sans appel qu’ils ont un moral à toute épreuve nos braves pompiers et tous nos petits gars de la Sécu Civile, et qu’il en faut assurément bien plus que deux ou trois cent hectares de forêt dévastés pour les abattre.

Du coup, notre petite bringue on the beach se termine un peu en eau de boudin, et tout le monde rentre finalement se coucher paisiblement. Comme cela a déjà bien brûlé tout autour des douzaines de bungalows que Jean-Lain a fait installé sur le bord de mer, il semble que cela ne risque plus grand-chose de ce côté-là. Surtout que, par chance, le sens du vent n’ayant pas tourné, il pousse rapidement le brasier vers l’intérieur des terres… Pour nous rassurer, OMD (Ocarina-Mimimoun-Doudouillet) nous affirme, très sûr de lui, que ce sont des thermiques dynamiques venant du large. Question « Aérologie », nous pouvions lui faire confiance ; le gonze avait quand même perdu la moitié de ses deux guiboles en parapente…

Moi, je suis tous les V.I.P qui logent au fort, et qui grimpent là-haut, à la queue leu leu, par les escaliers taillés dans le rocher.

J’ai de la chance car, toujours grâce à Jean-Lain qui m’a un peu à la bonne à vrai dire, je dors seule dans ma piaule. Mais quelques autres, comme Didier Van Conninsgloogloo et madame Fifignon doivent partager la même chambre, faute d’assez de place. Alors, sur le chemin du retour, et sur le ton aimable de la plaisanterie, je lui demande à Fifignon si elle a prévu des rustines pour sa bouée canard, au cas où on ne sait jamais… !

Elle rigole, mais je ne suis pas du tout certaine qu’elle ait vraiment compris le joke. Nous verrons bien demain matin si son coccyx va mieux…

Le Président, toujours très en forme, et ne voulant pas aller se coucher tout de suite, nous demande si l’on ne souhaite pas profiter de sa piscine pour un dernier bain de minuit. Paraîtrait que la chose est devenue une tradition immuable depuis l’ère Pompompidou, et qu’il faut absolument la respecter. Monsieur aurait soi-disant lu tout cela dans l’après-midi, en feuilletant le grand livre d’or du fort, qui est recouvert d’une jolie suédine verte.

Vu l’heure avancée et la fatigue générale, il n’y a aucun volontaire –pas même sa Josyane, qui pourtant ne manque jamais une occasion pour nous montrer son cul– mis à part Tanguy Le Bibronzic, qui lui est déjà à moitié à poil avant que l’on ait le temps de dire ouf… ! Suédine ou pas, il n’est jamais le dernier, celui-là, pour se faire mousser devant le Président…

Éventuellement, si Dekka avait accepté l’invitation, je serai peut-être restée moi aussi, mais ce dernier nous dit en baillant de toutes ses dents, qu’il a encore pas mal de pain sur la planche pour peaufiner en détail le plan « B » de notre invasion de la Chine. Cela est bien dommage, mais d’un autre coté, si lui ne s’intéresse pas sérieusement à ce plan d’attaque, déjà passablement foireux, je ne sais pas trop qui ici va s’en occuper… !

Alors, nous les laissons tous les deux, le Président et l’autre suce-boule, se baquer en tête à tête, et tout le monde s’éparpille dans les couloirs afin de rejoindre ses pénates.

Chemin faisant, je croise Madame Gémiminiani qui cherche les cuisines…

« … Je boirai bien encore un petit Limoncello… ! Ça ne vous dirait pas de m’accompagner Madame Goret… ?!

— Non… désolée, mais je suis complètement vannée, là… Et puis moi, la citronnade, ça me donne des aigreurs ! »

Elle a déjà beaucoup picolé la mère Gémiminiani, et pour avancer droit elle doit se tenir aux murs, qui, anecdote architecturale intéressante, font partout ici un bon mètre vingt cinq d’épaisseur au minimum.

Depuis la petite fenêtre à meneaux de ma chambre, j’ai une très belle vue panoramique sur la mer. Balou me fait la fête, il est heureux de me revoir. J’ai préférée ne pas l’emmener à cette soirée car il était vraiment trop épuisé par son bain de mer de l’après-midi ainsi que par cette partie de frisbee endiablée qui a suivie.

Je m’assois sur le bord du lit, j’enlève mes chaussures pleines de sable, et puis sans attendre plus longtemps, j’allume mon portable.

Voilà… ça y est… trois barres de réception… ! J’ouvre maintenant ma boite mail… oui… parfait… un nouveau message… j’ai le cœur qui bat la chamade… le message s’affiche enfin… je le relis plusieurs fois de suite… mais il n’y aucun doute… non, vraiment aucun doute, c’est bien écrit… là… quinze millions d’euros… je compte à haute voix les zéros… un, deux, trois… oui, c’est bien ça… quinze millions… ! Quinze millions d’euros into the pocket ! Balou me regarde avec de gros yeux, ce qui n’est pas non plus la révélation de l’année : il a ces gros yeux-là depuis qu’il est né… !

 » Mon chérinou… je crois bien que l’on va pouvoir s’acheter une jolie maison…et tout au bord de la mer celle-là ! Mon gros bébé à sa maman ! Allez, viens donc par ici, ma p’tite beauté, que j’t’embrasse ! »

Et je me laisse enfin tomber sur le lit… heureuse…

Chapitre 17. V.A.S (Voies aériennes supérieures).

J-3. Saint-Trop. Camping trois étoiles. Fin d’après-midi.

C’est en sortant du bâtiment des douches que je remarque cet attroupement près de la piscine. Par curiosité, je m’approche, ignorant encore à cet instant que je vais au devant de graves ennuis. Et pas des moindres. Au centre du groupe, se trouve une petite gamine, dans les six ou sept ans, étendue sur le dos, et toute cyanosée…

Un individu en slip de bain et barbu, ou en tout cas fort mal rasé, se tient à genoux à son côté et répète à qui veut bien l’entendre :

«Faudrait la mettre en P.L.S… Faudrait la mettre en P.L.S… ! Laissez-moi faire… j’ai passé mon brevet de secouriste à l’Armée !»

Si ce brevet de Secourisme ne me disait rien, et si je n’avais pas non plus effectué de Service Militaire, je comprends tout de suite qu’elle est morte, cette petiote… ! Être tout bleu comme cela est un signe qui ne trompe que rarement ! Alors, c’est plus fort que moi, j’interviens…

— Avez-vous regardé si elle n’avait pas quelque chose de coincé au fond de la gorge… ?!

Là, tous tournent la tête d’un seul mouvement et me regardent comme si je venais de sortir la plus grosse bêtise qu’ils aient jamais ouï de toute leur existence…

Mais, peut-être était-ce à cause de ce bermuda ridicule, tout imprimé de chihuahuas, que m’avait acheté Zoé ce matin…

«Mon Chou… Il faut que tu le saches dès maintenant… j’adore les chihuahuas ! J’aimerais tellement en avoir un, un jour ! Aussi quand j’ai aperçu ce magnifique bermuda dans la vitrine… tu comprends bien que je n’ai pas pu résister !»

Lorsque je lui ai avoué ensuite que je ne connaissais pas du tout cette race de chiens, et que j’avais plutôt une petite préférence, si je pouvais éventuellement donner mon avis sur la question, pour les pitbulls de combat, elle en fût surprise…

«C’est curieux… ça ne colle pas du tout avec ton personnage !»

J’avais alors préféré ne pas lui parler de Marcel, mon égorgeur du 16 ème arrondissement, supposant que cela n’aurait pas trop collé non plus avec cette image qu’elle se faisait de moi… Je n’aime pas décevoir, cela fait partie de mes principes fondamentaux…

En réalité, ce n’était pas l’imprimé de chihuahuas qui me gênait le plus dans ce bermuda, mais plutôt qu’il soit coupe taille basse, n’ayant pas l’habitude que l’on me reluque la raie des fesses ! Et très honnêtement, c’était plutôt cela qui ne collait pas du tout avec mon personnage !

— … Quoi… ?!

Le barbu en génuflexion, avec sa fixette sur la position latérale de sécurité, me prenait apparemment à partie, affirmant ainsi sans nuance que dans le milieu médical –même amateur, voire très amateur en l’occurrence ici– il n’était jamais recommandé d’avoir un peu de jugeote ou de bon sens commun, et de vouloir contredire un establishement bien installé… !

Pourtant, si cet abruti avait été un petit peu plus attentif pendant les cours de son Médecin-Capitaine, il se souviendrait que la première des choses à faire face à une victime qui ne respire plus, est de s’assurer avant tout que ses voies aériennes supérieures soient bien dégagées… Mince, quoi… c’est le B.a.-ba, mon vieux !

Indéniablement, je manquai pour le moins de crédibilité dans cet horrible bermuda à chihuahuas multicolores, néanmoins j’avais remarqué un petit renflement suspect au niveau de la gorge de cette gamine. Il y avait quelque chose de coincé là-dedans, j’en aurais mis ma main à couper…

Je m’agenouille, révélant ma raie naissante à l’assistance stupéfaite, et écarte mon barbu d’un geste sec, emprunt d’une autorité toute naturelle.

— Laissez-moi faire… !

Puis, sans hésiter, je place deux doigts dans la bouche de la petite et appuie légèrement sur la trachée pour extraire assez facilement de son gosier, un magnifique noyau de pêche –ou de brugnon peut-être– que je refile, à peine expulsé, au pseudo-secouriste qui n’en croit pas ses mirettes…

Ensuite, je lui insuffle un grand coup dans les bronches à cette fillette, histoire de lui redonner vie le plus vite possible, sachant qu’il n’est jamais bon d’attendre trop longtemps dans ces cas-là, rapport bien sûr à l’oxygénation du cerveau, organe noble entre tous, qui réclame un maximum d’oxygène pour fonctionner correctement.

Il est bien joli de vouloir ranimer les gens, mais si cela consiste seulement à amuser la galerie pour en faire in fine des légumes ; ce n’est pas la peine ! Et comme je ne suis pas trop mauvais non plus ; voire, si j’étais un petit brin prétentieux, sûrement l’un des meilleurs dans l’exercice à ce jour, la petite reprit assez vite ses esprits, ainsi que sa véritable teinte originelle.

— Alors, mon enfant… cela va mieux maintenant… ?!

— … Oui ?!

— Tu as avalé de travers… un noyau de brugnon, je crois… ou peut-être de pêche…

— Non… nectarine, m’sieur ! »

Par définition, les enfants sont des ingrats, aussi je ne me formalise pas plus que cela de ce manque de reconnaissance. Je ne savais pas si elle avait eu le temps de voir la petite lumière blanche au bout du tunnel ainsi que tout le tout’im qui suit juste après, mais à cet âge-là, on ne se rend pas toujours compte que l’on est décédé pour de vrai…

En revanche, ce qui m’inquiète beaucoup plus maintenant, est l’attitude de tous ces gens massés autour de moi. D’instinct, je comprends vite que je ne vais pas m’en tirer aussi facilement…

En effet, la vingtaine de témoins de la scène, mon secouriste d’opérette y compris, et même la mère de la petite ingrate, qui n’avait pourtant plus aucune raison maintenant de pleurer toutes les larmes de son corps, me fixent, prostrés, et sans voix. Pour autant, cela ne dure pas très longtemps et comme je m’y attendais, en voici un dans le lot, se croyant peut-être plus malin que les autres, qui commence à parler de… miracle !

J’estime, par expérience cette fois, que l’on devrait toujours y réfléchir à deux reprises avant de lancer ainsi de telles accusations péremptoires…

— Bon sang… ! Mais qu’est-ce que tu fous, mon Chou… ?! Ça fait une plombe que j’t’attends ! J’ai fait des tomates farcies ! Alors, ramène-toi fissa ! Sinon, ça va finir par cramer !

Zoé avait eu la très bonne idée de venir me chercher. Sans le savoir, elle me sauvait la mise…

— … Mais rien ! Je donnais juste un petit coup de main pour aider ! Des tomates farcies… ?! Voilà, voilà… j’arrive tout de suite !

— Ah… et puis tiens, je crois que t’avais peut-être raison de t’inquiéter… vl’à qu’y’a du nouveau… !

— Hein… ? Comment ça, du nouveau… ?! Qu’est-ce qui se passe ?

— Non, viens ! Je préfère te raconter tout ça à tête reposée dans la caravane ! Mais dis, t’es sûr que tout va bien ici… ?! Qu’est-ce qu’ils ont donc, tous ces cons-là, à te regarder comme ça ?!

— Qui… eux… ?! Rien… rien du tout ! Ne t’inquiète pas… rien de grave… ça va aller… ! Allons, messieurs dames… on va tous rentrer chez soi maintenant ! Le spectacle est terminé ! Et encore une bonne fin d’après-midi à vous tous ! »

Mais, comme on pouvait s’y attendre, ils ne bougent pas d’un pouce…

Alors, oui, je concède qu’il n’est pas évident de courir un sprint avec une paire de tongues neuves au pieds, et encore plus lorsqu’on n’a pas l’habitude d’en porter tous les jours, mais une fois de plus… j’ai pris sur moi !

Chapitre 16. C’est beau, c’est bon, c’est bio… !

J-3. Fort de Brégançon. En soirée.

Sur la grande plage tout en bas du fort, la beach party organisée de main de maître par Jean-Lain, le grand Chambellan, a superbement bien débutée…

Une très grosse sono –d’environ quinze mille watts efficaces, et c’est déjà bien– nous distille dans le creux des oreilles d’harmonieuses rengaines estivales à la sauce épicée lambadas and cucarachas langoureuses, sur un fond d’assourdissantes basses… Un vrai festival, et encore bien mieux qu’au Teknival !

Le personnel, pieds nus dans le sable fin histoire d’être encore plus efficace dans le service, ne sait plus ou donner de la tête, et le champagne, un rosé grand cru 1976, est absolument merveilleux. J’en ai déjà bu trois coupettes et la tête commence un peu à me tourner…

« Et tenez-vous bien, Madeleine… une sacrée affaire… ! Je suis tombé par hasard sur un type qui m’en proposait plus de deux mille litres… vous vous rendez compte… ?! Du rosé 76… l’année de la sécheresse ! Et tout ça pour vingt mille balles ! Ce qui nous le fait tout juste à dix euros le litre ! Bon… ce qui est curieux, c’est qu’il me l’a livré en cubitainers de vingt litres ! Mais quand même, Madeleine, est-ce que vous vous rendez compte… ?! Dix euros, le litre ! Et bien sûr, le tout sans aucune facture !

Indéniablement, sans facture cela est toujours beaucoup plus facile pour notre comptabilité générale.

En bordure de pinède, toute une ribambelle joyeuse de gros barbecues Weber à gaz sont alignés, et saucisses et merguez s’en donnent à cœur joie sur les grills en fonte. Quelques brochettes hallal également.

La brise venant du large, l’épaisse et âcre fumée de ces barbeuques de luxe part en direction des terres, ce qui n’est pas plus mal pour notre confort à tous.

Une banderole géante avec l’inscription : « Vive Patrice !  » s’élève au milieu des nombreux convives… Et justement, on l’attend maintenant d’une minute à l’autre notre si courageux Patrice.

Ce Patrice d’Al Longo, notre ministre de l’Écologie responsable, de la Biodiversité, et de la Vie tous ensemble dans une jolie Nature qui respire enfin, est un militant acharné de la « Cause Verte ». Un sacré gonze encore que celui-là. Des idées bien affirmées, mais surtout des mollets monstrueux approchant les quarante-deux centimètres de circonférence. Môsieur fait du vélo… ! Mieux, il ne se déplace jamais qu’en bécane. Aussi, le bougre a tout bonnement refusé de descendre en avion jusqu’ici, car, non, lui, monsieur Patrice D’Al Longo, ministre omnipotent et végétarien convaincu de la première heure, ferait le déplacement en bicyclette !

Fidèle à cet engagement fort courageux : Porte d’Italie, et en plein milieu de la nuit, il avait bel et bien enfourché un vélib’, prouvant ainsi à la France entière, que l’exemple doit toujours venir d’en haut.

Pour gagner malgré tout un peu de temps sur l’horaire, il avait finalement consenti –mais la mort dans l’âme, vous vous en doutez bien– à prendre l’autoroute A7. C’est ainsi donc, bien entouré de sa petite demie douzaine de véhicules d’assistance et de quatre motards de la Garde Républicaine qui le devançaient afin de lui ouvrir la route en toute sécurité qu’il n’était plus qu’à quelques encablures de nous…

Ce soir, le Président est sapé tout en blanc.

Très classieux, le blanc. Surtout l’été. Et encore plus lorsqu’il s’agit de lin. Certes, la matière se froisse et est définitivement irrepassable, mais il n’y a pas à dire : c’est drôlement chicos le lin blanc en été !

Sa Josyane, reine du soir de la Playa, est entourée d’une clique de courtisanes et courtisans très chics eux aussi, qui jacassent assez bruyamment, profitant de l’occasion qui leur est donnée pour y aller d’une petite anecdote de vacances…

« Ma chère, si vous aviez pu voir la tête de cet affreux pompiste Croate lorsque nous lui avons dit que nous voulions faire le plein de notre automobile… ! Je ne sais pas si vous le savez, mais nous n’avons pas un, mais deux réservoirs de quatre-vingt dix litres chacun sur notre Jag… Ce qui devait lui faire quasiment la moitié de son chiffre d’affaire mensuel à ce pauvre type… ah, ah, ah… ! »

Notre Président, tout blanc et tout froissé donc, est lui aussi de très bonne humeur, car tout se déroulait pour le mieux depuis notre installation ici, en début d’après-midi.

Il apparut tout d’abord que le fort de Brégançon était une demeure confortable. Contrairement à ce que l’on pouvait peut-être s’imaginer en découvrant pour la première fois les lieux de l’extérieur.

Depuis l’époque du défunt Président Pompompidou, paix à son âme, et qui adorait tout particulièrement l’endroit, y séjournant assez régulièrement avec sa si charmante épouse dont j’ai malheureusement oublié le prénom, on y avait entreprit des travaux de grande ampleur, et modifié la décoration, devenue un peu trop ringarde. Ainsi par le fait, l’endroit était devenu maintenant beaucoup plus agréable à vivre.

Un ascenseur Amywestinghouse dernier cri, de ceux qui vous causent pour annoncer l’étage, une climatisation Samsoung modulable, avec télécommande dans toutes les pièces, une superbe piscine Desboyaux, intégrée dans le roc et chauffée grâce à une pompe à chaleur réversible, et puis bien d’autres aménagements encore, comme cette cuisine professionnelle Ichila ultra-moderne, tout en inox anodisé et bien entendu carrelée de blanc jusqu’au plafond –normes européennes obligent– qui rendaient ainsi les lieux beaucoup plus hospitaliers et confortables que lors des années soixante-dix.

Certes, la facture globale de cinq millions d’euros (et des poussières) était un peu salée, mais n’était-ce pas à ce prix qu’un chef d’état, digne de son rang, pouvait durant son quinquennat venir passer ici quelques journées de repos bien méritées dans un confort moderne ?

Mais surtout, ce qui le rendait encore plus de bonne humeur, notre Président ; c’est que l’on avait enfin retrouvé son vieux copain Gonfarel… !

Madame Broutin ne nous avait pas trompé : il était bien à Saint-Trop, le Jean-Hugo, profitant pleinement de la life et du sun, hébergé chez l’un de ses amis Saoudien.

Un bon ami qui n’était pas vraiment dans la mouscaille, car selon les informations glanées par nos services de Renseignements auprès du service du Cadastre ; la modeste baraque en bord de mer faisait tout de même dans les mille huit cents mètres carré habitables !

Rendez-vous avait été pris pour le lendemain…

Et cela tombait plutôt bien, monsieur Gonfarel, ancien Président de la République Française et Grand Croix de la Légion d’Honneur, organisait une fiesta en soirée pour fêter l’anniversaire de Suscha, sa nouvelle petite amie…

« …Écoute, mon Jean-Hugues… faut quand même que tu saches que j’ai emmené tout mon staff avec moi… J’pouvais décemment pas faire autrement ! Alors vois-tu, si l’on devait venir tous, on risquerait finalement d’être beaucoup trop nombreux à ta petite sauterie !

— Mais, no problèmo, mon vieux ! Plus on est de fous plus on s’éclate ! Tu vas pas en revenir… le service sera uniquement assuré par des hôtesses lituaniennes… toutes triées sur le volet par mes soins… que des anciennes copines de lycée à Suscha ! Et puis y’aura des animations… plein d’animations… un dresseur d’ours, des catcheuses bulgares, un éléphant pétomane, et puis surtout, je t’ai dégoté un fakir du feu de dieu ! Je pense que tu vas rester sur le cul lorsque tu verras ce qu’il est capable de nous inventer, ce con… ! »

Le Président, qui avait très rapidement bugué sur les filles de Lituanie, en avait pour le coup oublié de lui causer du manuel nucléaire, véritable objet de son appel. Mais cela n’était pas très grave, il aurait très certainement tout le temps de voir cela plus en détails une fois sur place demain soir.

Une sirène de police… des gyrophares qui clignotent dans la nuit… un cri… ! Hé ben, ça y est ! Il est là ! Le voilà !

« Patrice… Patrice… Patrice… ! »

La foule s’écarte maintenant sur son passage et scande frénétiquement son prénom. C’est émouvant. Ambiance du tonnerre, applaudissements, on se croirait presque un quatorze juillet dans l’un des vingt-et-un virages de la montée de l’Alpe d’Huez. Oui, le voilà enfin notre petit Patrice D’al Longo, valeureux Ministre aux mollets d’acier !

En arrivant sur le sable, il jette sans aucun ménagement sa bécane, qui pèse au moins une demie-tonne, puis termine finalement à pied, épuisé, tout titubant de fatigue sous les hourras. Il n’est plus maintenant qu’à quelques mètres de l’arrivée… Ah… le voici enfin qui passe sous la banderole… Une masse bien compacte l’entoure alors aussitôt, et un journaliste, déjà fort bourré me semble-t’il, lui fourre un énorme micro sous le pif avant qu’il n’est vraiment le temps de reprendre un peu son souffle ou de s’éponger sous les bras…

« Erwan Lebrazguet… pour Radio-Popoldeléon ! Alors, monsieur le Ministre… ? Pas trop difficile cette descente dans le midi… ?! »

Définitivement, qu’y a-t-il de plus con sur terre qu’un journaliste ?!

Mais bien évidemment, espèce de tête de nœud avinée, que cela n’est pas facile de se taper plus de neuf cents bornes en vélib sous un soleil de plomb !

L’ersatz armoricain de Robert Chapatte s’agrippe, et en rajoute même une louche :

« Alors… des crampes peut-être… ?!

— Effectivement… ! Dans la côte de Beaune d’abord… puis à nouveau dans celle de Brouilly ! Mais le plus dur, je l’ai connu à Châteauneuf-du-Pape… ! Une sacrée galère… vous pouvez me croire mon vieux ! »

Le journaleux ivre jubile. Il ne pouvait pas être plus satisfait de la réponse de notre athlète : tous ses auditeurs du Pays du chou-fleur, vont adorer…

Cyclisme et lever de coude font souvent bon ménage. Voilà bien d’ailleurs des sports particulièrement populaires en Bretagne. Ils y ont de redoutables champions dans les deux disciplines.

Personnellement, je reste tout de même particulièrement stupéfaite d’un tel exploit sportif de la part de ce Patrice. Le lascar ne m’ayant pas habituée à autant d’endurance de par le passé…

OK… j’ai compris… je vous mets dans la confidence !

Bon, plantons vite fait le décor : Ministère de l’écologie et de tout le tsoi-tsoin vert, début d’après-midi. Je déboule à l’improviste dans son bureau à notre Patrice. Le Président m’ayant demandé de lui porter en main propre un dossier ultra-confidentiel concernant un projet de création d’un gigantesque parc off-shore d’éoliennes géantes en baie du mont Saint-Michel, projet qu’il avait imaginé dans la nuit… Jusque-là, rien de bien spécial. En tout cas jusqu’à ce que le vert gaillard ne tente subitement de me prendre à la hussarde sur l’un des coins de son bureau…

Ma surprise passée assez vite n’étant pas totalement opposée au projet, et là, je ne vous parle pas des éoliennes qui tournent au vent normand… et, alors que n’ayant eu qu’à peine le temps de soulever ma jupe plissée et d’enlever tout aussi fébrilement ma p’tite culotte en satin violet, que… bref… que… plof, quoi !

J’ai lu dernièrement dans « Madame Figaro » un sondage fort sérieux, comme le sont toujours d’ailleurs tous ceux que l’on retrouve régulièrement dans les magazines féminins, et cela malgré toute la difficulté, vous l’imaginez bien, à réaliser ce type de sondages touchant à notre intime, qui affirmait que pas moins d’un homme sur cinq souffrait d’éjaculation précoce.

Si ce manifeste et bien triste exemple, scénario lamentable de l’échec flagrant d’une maîtrise de soi, affirmait de façon catégorique et sans aucune retenue –c’est bien le cas de le dire– le pouvoir incontestable de nos glandes endocrines sur le cerveau, fussent elles même spermatiques, personnellement cela ne m’avait guère gênée ; ayant rendez-vous à quinze heures trente chez mon coiffeur pour une couleur, lui, par contre, mon petit Patrice, j’avais bien senti que cela l’avait mis plutôt mal à l’aise dans ses mocassins à glands…

Le plus marrant, c’est que depuis ce fameux jour et certainement, en tout cas on pouvait le supposer, pour se faire un peu pardonner, tous les mercredi matin juste avant le conseil des Ministres, lorsque c’est la pleine saison bien entendu (Des légumes évidemment et non pas du conseil des ministres), il tenait absolument à me faire porter un plein cageot de fruits et de légumes provenant du charmant petit jardin suspendu de son loft parisien, qu’il entretenait lui-même avec passion… Que du bio, bien entendu !

Chapitre 15. Tongues for guy.

St Tropez. Le même jour, en milieu d’après-midi.

La chaleur, étouffante, terrible, m’a réveillé. Je suis en nage. Ouvrant d’abord un œil tout doucement, puis le second de la même façon, la première chose que je distingue, est cette bassine en plastique bleue posée sur le sol. Je ne sais absolument pas où je me trouve mais comprend que je suis étendu sur un lit. Tout autour de moi, m’est inconnu… Je tente ensuite de me relever, mais dès l’amorce du premier mouvement, j’ai comme l’horrible sensation que mon crâne va exploser…

Soudain, une porte, que je n’avais pas remarqué jusque là, s’ouvre…

— Ah… ça y est ?! T’es réveillé ?! Hé ben, mon cochon ! Tu sais quelle heure il est… ?!

Zoé… C’est Zoé. Toute fraîche et toute pimpante.

Elle traîne péniblement deux gros sacs à provisions.

— Tiens, je nous ai pris une Tropézienne pour le dessert… Je suis certaine que tu vas adorer ça, mon Chou !

— … Mais… attends un peu… on est où là… ?!

— On est où… ?! Mais dans ma caravane, pardi !

— Une caravane ?!

— Ouais… une caravane ! Camping des Palmiers d’or ! Mais t’inquiète… tu vas voir c’est drôlement classe ici ! C’est quand même un trois étoiles, mine de rien !

Trois étoiles ou pas, je ne me souvenais toujours pas de quelle façon j’étais arrivé jusqu’ici…

— Zoé… je crois bien que je suis malade… j’ai très mal au crâne… surtout là… derrière les yeux… et ma bouche aussi… c’est étrange… elle est toute pâteuse ! Et puis cette lumière… mais comment peux-tu donc supporter une telle luminosité ?!

Elle me montre la bassine bleue posé sur le linoléum.

— Et ça… ?! Tu oublies que tu as gerbé une bonne partie de la nuit, aussi ! Mais je te rassure tout de suite… ce que tu as s’appelle tout simplement une gueule de bois, mon Chou ! Ne me dis quand même pas que c’est la première fois que tu te prends une cuite… ?!

— … Une cuite… ?!

— Oui… Et une bien sévère même ! J’t’ai gardé le ticket de caisse du bar en souvenir ! Ça, on peut dire que tu l’as drôlement apprécié le Kardachi !

— … J’ai bu… ?!… Moi… j’ai bu de l’alcool… ?!

— Ben, ouais ! T’en as bu ! Je confirme ! Pourquoi… c’est interdit par ta religion ?!

— Hein… ?! Ma religion ? Non ! Enfin… non, je ne crois pas !

Elle m’explique alors qu’elle m’a ramené jusqu’ici, dans ce camping où elle a loué une petite caravane pour toute la durée de la saison estivale, après m’avoir installé dans sa voiture avec l’aide du serveur, l’aimable Sergio…

— … T’étais tellement saoul que tu tenais plus debout ! Et puis, qu’est-ce que t’as pu nous raconter comme conneries aussi !

— … Ah… ?!

— Ouais… t’as bien fait marrer tout le monde avec tes histoires d’apocalypse… ! Sûr que tu manques pas d’imagination quand t’es fin bourré, mon Chou !

Finalement, avec d’infinies précautions, je réussis tout de même à me redresser et à m’asseoir sur le bord de la couchette. Je me rends compte alors que je suis en caleçon…

— …C’est… c’est toi qui m’a déshabillé… ?!

— Et qui donc veux-tu que ça soit… ?! le Pape, peut-être ?! Mais t’inquiète pas, j’en ai pas profité pour abuser de toi… J’aurai pu… mais j’l’ai pas fait !

— Et… il est quelle heure là… ?!

— Pas loin de seize heures…

— Seize heures !? Non ! C’est pas vrai ! Quatre heures de l’après-midi… ?!

— Ben, oui ! Bon… je crois que tu devrais aller te doucher maintenant que t’es enfin réveillé… regarde… je t’ai acheté de nouvelles fringues… et des rasoirs jetables, aussi… parce que je sais pas si tu le sais, mais ça ne te va pas du tout cette horrible barbe ! Ça fait négligé ! Alors il faut vraiment que tu m’arranges ça, mon Chou !

— Mais… j’ai toujours porté la barbe !

Tout en me parlant, elle sort un impressionnant assortiment de victuailles des deux sacs à provisions qu’elle dépose ensuite, au fur et à mesure, sur une petite table en formica.

— Et je t’ai pris des tongues… tu seras bien plus à l’aise… Au fait… comme je n’avais plus un rond : je me suis permise de t’emprunter un peu du fric que l’aut’pomme du Paradise t’as refilé, hier soir… Bien sûr, je te rembourserai ma part pour la bouffe !

— …Le Paradise… ?

— …Quoi… ?! M’dis pas que t’as oublié aussi le Paradise ?!

— Hein… non, non… ça, je n’ai pas oublié !

— Tu vois, t’as de la chance… ce soir, c’est relâche ! Du coup, tu vas pouvoir te reposer un peu !

— N’importe comment je ne comptais pas y retourner… j’ai… j’ai des choses bien plus importantes à faire ! À ce propos… est-ce que tu as un poste de radio ici ?!

— Ah, non ! Ça y est.. voilà qu’ça te reprend ! T’affole pas, Coco ; toujours rien de grave à signaler dans le Monde depuis ce matin !

— …Rien… ?! Mais ce n’est pas possible… non… pas possible… Il va forcément se passer quelque chose… c’est évident !

— Hé, ho… je crois qu’il va falloir que tu te calmes un peu, là ! Merde… c’est quoi ton soucis avec les info ?! T’es complètement parano, ou quoi ?! Allez cool, mon chou… ouais, keep cool et oublie donc un peu tout ça maintenant… t’es à Saint-Trop, là ! Regarde donc un peu dehors, il fait un temps magnifique, c’est les grandes vacances, et je te garanti que tout le monde ici en profite un max ! Même le Président de la République a décidé de se la couler douce… l’a pris la tangente ce matin avec sa greluche, not’ dirlo, et direction le fort de Brégançon !

— Le fort de Brégançon… ?

— Ouais, en villégiature d’été comme y disent, c’est pas très loin d’ici, de l’autre côté du Golfe…

— …Mais… je croyais qu’il était à Paris… ? Et les impôts… ? Tu m’as bien dit hier soir qu’il préparait de nouveaux impôts ? Alors, qu’est-ce qu’il vient faire là aujourd’hui… ?!

Ils, tu veux dire ! Parce qu’il n’est pas venu seul, il a carrément emmené tout son gouvernement… Y’paraitrait que le Président avait envie de s’aérer la tête ! Tiens, c’est d’ailleurs ce que tu devrais essayer de faire, toi aussi ! En commençant peut-être par aller te prendre une douche, tu vas voir, ça te fera du bien… désolé de te dire ça, mon Chou… mais tu sens pas bon ! … Et n’oublie pas d’emporter ta bassine pour la vider dans les gogues !

Chapitre 14. Et plouf… !

J-3. En l’air. Une matinée déjà bien avancée.

Peu après notre décollage d’Orly, fort heureusement réussi, le Président propose l’organisation d’une grande tombola surprise. Les heureux gagnants se verront attribuer une place VIP à bord d’un hélicoptère pour se rendre à Brégançon, comme cela est prévu pour tous les membres du Gouvernement –ainsi que pour quelques éléments indispensables, dont je fais heureusement partie– au lieu de se coltiner, comme les autres, les quatre heures minimum de route entassés dans des autocars : la corniche étant toujours particulièrement embouteillée à cette époque de l’année…

Cela augmentait nos frais de déplacement, mais, très grand seigneur, le Président promis de prendre l’intégralité de ce surcoût à sa charge. Ou plus exactement, en tapant comme d’habitude dans la caisse noire de l’Élysée, qui n’était pas du tout faite pour ça, mais rendait bien des services tout de même.

On dégote donc un grand chapeau de paille dans lequel sont jetés les bouts de papier avec le nom des participants, et je reconnais facilement l’huissier avec sa grosse chaîne dorée autour du cou qui s’avance dans le couloir, avec ledit chapeau de paille. C’est l’ostrogoth que l’on devait passer par les armes ce matin, et qui, visiblement, avait réussi à échapper au poteau d’exécution. Plutôt curieuse de nature –on en a déjà parlé ensemble, je crois– je l’interpelle aussitôt pour en savoir un peu plus…

 » Mais dites-moi, mon ami… je me trompe peut-être, mais n’était-ce pas vous qui deviez être criblé d’une bonne douzaine de balles, ce matin ?!

— Si, si… ! Ben, si ! C’est bien moi, madame du Pöet ! Finalement, vous allez rire, mais j’ai eu de la chance ! Ma peine a été commuée en de simples travaux d’intérêt général ! Je ne ferai que deux mois de service gratis, et puis ils passeront l’éponge, qu’ils m’ont dit !

— Bien ! Alors, on peut vraiment dire que vous êtes un sacré veinard, vous ! Bon, quand vous en aurez terminé avec cette foutue tombola, vous pourrez m’apporter un grand bol d’eau bien fraîche ?! C’est pour mon petit Balou !

— Mais bien sûr, madame du Pöet… bien sûr, je vous apporte cela tout de suite !

Le reste du vol se déroule sans aucun problème, et l’on se pose tout en douceur sur la piste du très bel aéroport « Nice-Côte d’Azur ». Selon cette coutume idiote, entrée dorénavant dans les mœurs aéronautiques, l’ensemble des passagers applaudit chaleureusement le pilote. L’ambiance est au top. Surtout que, comme le Président nous l’avait annoncé une heure plus tôt : à Nice, il fait un temps superbe. Le ciel est bleu, et la chaleur étouffante, bien que tempérée ici grâce à l’action très appréciable d’une légère brise marine. L’idéal pour succomber sans la moindre résistance au farniente, allongée sur un transat en résine polymère et bien à l’ombre d’un parasol… Mais au lieu de cela, nous embarquons, tout de suite ou presque, dans l’un des hélicos tout bariolés qui nous attendent déjà en ronronnant d’impatience sur le tarmac chauffé à blanc.

Je suis de la première fournée, celle qui comprend le Président bien entendu, mais également sa Josyane, Jean-Lain, et notre premier ministre Tanguy Le Bibronzic.

Tanguy Le Bibronzic, dont je n’ai pas encore eu vraiment l’occasion de vous causer jusqu’à présent, est un breton estampillé pur beurre salé comme son patronyme nous l’indique assez clairement, et qui, comme si cela ne suffisait encore pas, revendique bien haut et bien fort ses origines armoricaines dès qu’il en a l’occasion. Une créature plutôt surprenante, mi-homme, mi-korrigan, qui se drape du « Gwenn-Ha-Du » en toutes circonstances !

… Le Gwenn-Ha-Du… ?! Mais si… bien sûr… allons… évidemment que vous le connaissez ce bel étendard noir et blanc avec toute une ribambelle d’hermines qui flotte à tous vents et que l’on aperçoit quasiment du matin au soir sur nos écrans de télévisions ! Défilés, manifs, concerts, enterrements de gens célèbres, et bien entendu rencontres sportives de tout poils… Aucune hésitation n’est possible ; il n’existe pas de peuple plus fier de ses origines sur l’ensemble de notre planète que ce peuple-là ! C’est bien simple ; ils sont partout ces bretons ! Et même parfois sous nos couettes… car je l’avoue, j’ai aussi fricoté pendant quelques temps avec un petit breton !

Balou en était complètement fou de celui-ci. Il est indéniable que ces gens de la campagne savent parler aux bêtes ! Et puis, moi aussi je ne vous cache pas que je l’aimais bien, ce petit Loïc. Comme « Crazy in love » tous les deux… !

Mais, cela n’a malheureusement pas duré très longtemps : un jour, il nous a quitté… « L’appel du large » comme ils disent à Brest-même tout en fixant l’horizon, avec la mer d’Iroise qu’est juste devant, l’œil bien tristounet qui ne demande qu’à s’épandre. Ouais… il nous a fait son petit baluchon un beau matin, le petit Loïc, et puis il est parti…

« Kénavo… ! Kénavo ar wech all, Mado ! » et direction l’île de Pâques où il avait un « Pays » là-bas, un vague cousin de Paimpol, et seul français vivant sur cette îlot de seulement quelques kilomètres carrés complètement perdue au milieu de nulle part.

— On va t’y monter une pizzeria… ! C’est ben trop chouette, non… ?!

— Hey… ho, pop, pop… ! J’crois bien que tu te goures mon gars, tu voulais plutôt dire une crêperie, non… ?!

— …Mais pas du tout, Mado ! C’est ben une pizzeria, que j’te dit !

T’as sûrement raison, mon petit Loïc… Cé ben trop chouette ! En tout cas, plus jamais eu de ses nouvelles depuis, au pizzaïolo !

Bon… revenons donc à notre Tanguy Le Bibronzic qui lui était l’archétype même de l’arriviste en politique…

À l’instar de pas mal de ses compatriotes, il a le sens de la navigation dans le sang. La chose est –avec la luxation congénitale de hanche et un penchant certain pour la bibine– comme qui dirait inscrit dans leurs gênes, à nos bretons…

Mais, si ses ancêtres, à ce Tanguy, pêchaient la morue ou le merlan barbu du coté de Terre-Neuve et du Labrador, lui, il avait déjà viré plusieurs fois de bord, n’hésitant jamais à prendre la direction du vent qui le pousserait le plus loin possible dans ses ambitions… Ce n’était pas tant qu’il vaille beaucoup plus que la plupart des autres politicards, étant lui aussi un parfait crétin doublé d’une buse imbue de sa petite personne, mais il avait surtout les dents beaucoup plus longues que la moyenne, le pépère… ! Ce n’étaient plus d’ailleurs des dents à cette échelle, mais plutôt des piolets d’escalade. Et qui lui servaient justement à grimper… grimper… et toujours plus haut ! Un jour prochain, cela est inévitable ; ce gonze-là deviendrait Président de la République. En tout cas, il faisait son maximum pour que cela arrive.

Bien entendu, il avait déjà une sacrée batterie de casseroles aux fesses, comme un certain nombre de ses collègues, mais cela ne préjugeait en rien d’un brillant avenir politique.

« Ma bonne dame, si vous saviez ce que les gens qui votent dans notre beau pays ont si peu de mémoire pour toutes ces choses-là… ! »

Accessoirement, il se pourrait bien qu’il lui pique aussi sa Josyane à notre Président. Mais ceci était une autre histoire…

Après le décollage, nous survolons toute la côte en radada. Sur le trajet, nous nous permettons même un petit vol stationnaire de quelques minutes juste au dessus de « la Madrague », rien que pour faire plaisir au Président, qui est un fan absolu de madame Brigitte Bardot. Celle du cinoche en noir et blanc, avec ses grandes cuissardes en cuir bien pratique pour enfourcher une Harley.

Et il a de la veine, on l’aperçoit la star…

Un sacré coup de bol car elle se repose bien tranquillement dans son jardin, avec tous ses chiens et ses chats autour d’elle, et bien sûr son baudet castré qui n’est pas très loin non plus. Et comme il est content de l’apercevoir, notre Président ! Il en trépigne d’ailleurs tellement de joie que le pilote lui dit de se calmer un peu, cela pouvant finir par déstabiliser notre hélico.

Notre BB nationale semble un peu moins apprécier la visite… Si j’ai de bons yeux, je crois bien qu’elle nous gratifie finalement d’un vigoureux bras d’honneur, l’ancienne vedette toute fripée !

Puis, reprenant notre chemin, après quelques minutes de vol, nous nous posons enfin sur l’héliport, plus ou moins de fortune, situé sur la digue rocheuse tout en bas du fort.

L’endroit est plein de charme…

La porte coulissante du zinzin à peine ouverte, mon Balou saute de la carlingue, et se précipite directo dans l’eau, sans que j’aie le temps de le retenir. Je ne vous l’ai pas encore dit, mais il adore la flotte, mon Balou… ! Faut le voir dans les rouleaux, à Quiberon, comme il s’éclate, le petit gros à sa maman !

Mais le plus marrant, c’est que le Président le suit immédiatement, après s’être déshabillé et mis en calbut’ à fleurs en moins de temps qu’il n’en faut pour vous le dire. Lui aussi, a l’air de drôlement aimer ça, la flotte !

« Oh… Pute borgne, qu’elle est bonne ! »

Exactement ce que doit penser Tanguy Le Bibronzic, en matant du coin de l’œil la Josyane qui se désape à son tour derrière un petit muret en pierres sèches bien branlantes…

Jean-Lain, par contre, ne semble pas apprécier du tout la situation…

« M’enfin… ! Monsieur le Président ! Vous savez qu’il y a une piscine dans le fort… Et qu’elle est chauffée… alors cela serait peut-être plus prudent de vous baigner là-haut… il y a plein de méduses par ici ! » Mais notre Président, barbotant en caleçon dans la grand’bleue, s’en fout royalement des méduses à Jean-Lain. Ô quelle émotion, est-ce donc, d’observer un homme prendre autant de plaisir à faire des brasses coulées…

« Mais… faites donc pas chier, Jean-Lain ! Bon sang, allez donc plutôt vous occuper du repas de ce soir ! On veut de la langouste grillée… ! Et du Bandol aussi… ! Oh oui… N’oubliez surtout pas le Bandol ! Et puis tiens, trouvez-moi donc aussi un frisbee ! Je suis sûr que cela va amuser le charmant petit chien de madame Goret ! »

En causant de langouste justement, la Josyane apparait dans un bikini multicolore, et à lanières pendouillantes, de chez Goud’chi… Et Le Bibronzic a maintenant la langue qui traîne littéralement dans le sable. Faudra surtout pas qu’il vienne se plaindre, çui-là, s’il se chope une mycose carabinée… !

Pendant ce temps, le deuxiéme hélico se pose, et il en sort trois gardes du corps armés jusqu’au dents, ainsi que José-maria Ocarina-Mimimoun-Doudouillet en fauteuil et madame Fifignon toujours bien incrustée dans sa bouée, selon un principe très bien établi dorénavant dans notre code de bienséance, que les invalides sont toujours prioritaires, et même pour des ballades impromptues en hélicoptère.

Évidemment, ils sont tous assez surpris d’apercevoir le big boss et sa première dame barbotant ainsi…

— Allez Fifignon, venez donc vous tremper le derche dans le bouillon ! Vous allez voir comme elle est chaude !

— … Mais… Monsieur le Président… je n’ai pas mon maillot de bain sur moi !

— Et alors… ?! Mais qu’est-ce qu’on s’en fout, Fifi ! Y’a pas besoin de maillot ici ! Allons voyons, quoi… on est entre nous là !

Joignant immédiatement le geste à la parole ; il retire son caleçon à fleurs, puis, hilare, le fait tournoyer au-dessus de sa tête… Tout cela me semble prendre une tournure assez sympathique de spring-break californien, nonobstant bien entendu le mauvais goût vestimentaire de certaine protagoniste, et l’extrême vulgarité de la situation…

OMD (Ocarina-Mimimoun-Doudouillet) sur ses roulettes, tente de s’avancer un peu dans le sable ; mais ça ne veut pas… il est déjà quasiment enfoncé à mi-moyeux lorsque l’un des gardes du corps se décide enfin à poser sa jolie mitraillette nickelée et à le pousser jusqu’au bord de l’eau.

— Monsieur le Président… Monsieur le Président ! Il faut que je vous parle…

— …Quoi… ?!

— Il faut que je vous dise, Monsieur le Président… ça y est… ! Je viens d’avoir l’info à l’instant même… Vous allez être content… c’est fait… on a retrouvé Gonfarel ! Mes gars ont eu du mal, mais ça y est on vient finalement de le localiser !

— Hein… ? Quoi ?! Qui ça… ?! Bon, Jean-Lain… Et ce frisbee, alors… ça vient ou pas ?!

FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE

Chapitre 13. Drink-time au Zanzi-bar.

J-3. Saint-Tropez. Le Paradise. Minuit trente environ.

À la question : « Et c’est quoi, ta pointure… ? », je ne sus pas répondre.

Et pour le reste ? Pas mieux ! Improvisation totale sur toute la ligne !

« Alors, comme ça, tu affirmes qu’on t’aurait tout fauché ?!

— … Mais oui, Zoé… TOUT ! Argent, papiers… et tu vois… même mes chaussures !

— … Bon, ce n’est pas très grave… essaye donc ça, c’est du quarante-trois… j’ai l’impression que ça devrait t’aller ! »

Après avoir déniché dans un recoin de la loge une valise abandonnée et remplie de vieilles fringues, la voilà qui insiste maintenant pour me relooker des pieds à la tête.

« Parce que tu sais, je crois bien que même ici, à Saint-Trop’, personne ne s’habille de cette façon, mon chou ! » Oui… elle a décidé également de m’appeler « mon chou » !

Abandonnée donc, ma superbe djellaba immaculée pour un vieux jean’s rapiécé aux fesses ainsi qu’un polo très moche.

« Hé ben, voilà… ! C’est quand même mieux, non ?! T’es beau comme un camion de pompier tout neuf !

— Crois-tu… ? Pourtant je ne suis pas très fan de cette couleur… ce n’est pas quand même un peu… mauve, non ?!

— Ben, justement ! C’est justement l’une des couleurs très tendances cet été !

— Ah bon… ?! »

Puis, on sort. Elle désire m’emmener, « pour fêter ça !« , dans un petit bar très tendance lui aussi, « qui ne paye pas de mine mais qui est vraiment très sympa, tu verras ! » , et surtout situé un peu à l’écart de toute l’agitation nocturne du Saint-Tropez « Bling-bling« .

À l’entrée du cabaret, Brice, mon gros baraqué black rencontré un peu plus tôt dans les toilettes, fait le tri au faciès dans une file d’attente hétéroclite et longue d’environ quatre-vingt cinq mètres. Il me reconnait immédiatement, et ceci malgré ma métamorphose vestimentaire. Rien de très étonnant toute fois, n’est-il pas de notoriété publique que ce genre de types, n’ayant pourtant généralement pas inventés la corde à sauter ou bien encore l’haltère en fonte moulée de cinq kilos, sont toujours assez physionomistes ?

« Alors, le fakir… on s’est décidé à mettre des pompes ?! »

L’on marche un peu. Il fait bon, et dans les ruelles étroites, nous croisons de petits groupes de jeunes gens et jeunes filles déjà bien éméchés, tandis que d’assourdissantes basses de sonos déchainées résonnent dans l’air parfumé d’exhalaisons de micocouliers, de bougainvilliers, ou parfois aussi de gros sacs-poubelles éventrés. Je découvre tout cela avec un certain ravissement, habitué il est vrai depuis si longtemps, à un autre univers tellement plus aseptisé.

Mes nouveaux souliers me font souffrir et je commence à boitiller lorsque nous atteignions enfin ce « petit bar si sympa« . Zoé avait raison : on est bien plus au calme dans cette partie un peu reculée de la vieille ville. Cependant, malgré l’heure tardive, il y a encore beaucoup de monde installé en terrasse. Par chance, une table se libère à l’instant même où nous arrivons. À peine assis, un serveur s’amène en trainant des pieds, mal rasé, un torchon répugnant de crasse sur l’avant-bras droit , et se penche pour faire la bise à Zoé…

 » Hé, salut, ma p’tite beauté ! Alors, quoi de neuf depuis hier soir ?!

— Un nouveau boss, mon poto ! Ouais… j’ai un nouveau boss comme tu peux le voir ! »

Le type me dévisage, l’oeil interrogateur.

— … On s’est déjà vu quelque part non… ?!

— … Heu… non… je ne crois pas ! Et cela m’étonnerait même plutôt car je viens tout juste d’arriver sur la… enfin… dans le coin !

— … Ah… tiens… j’aurai pourtant juré t’avoir déjà vu quelque part… ! Bien… et je vous sers quoi ?!

— Pour moi, tu sais très bien que ce sera comme d’habitude : un kardachi ! Et toi, mon chou… ?!

— Un kardachi ?! C’est quoi un kardachi… ?!

— Comment ça… tu connais pas ?! Cachaça, vodka, pastis, et un soupçon de grenadine, la boisson de l’été… idéale pour te faire un cul de rêve !

— …?…

— Ben, ouais… ! Kardachi… pour Kardachian, allons quoi ! Hey ho, vous captez pas Internet d’où tu viens… ?!

— … Si, si… mais si… bien sûr qu’on capte ! Mais… n’est-ce pas un peu trop alcoolisé ?!

— Mais non, pas du tout ! Allez, OK, mon Sergio, va pour deux Kardachis ! »

Le serveur repart, non sans s’être senti obligé de passer un rapide coup de son immonde torchon sur notre table.

« Dis donc, mon chou… t’es pas marié au moins… ?! »

La question avait fusé, directe, sans préparation aucune, et pour le moins assez surprenante.

 » … Hein… ?! … Qui ça ? Moi ?! Moi, marié ?! Mais bien évidemment que non !

All right… ! Parce que tu comprends, mon poulet, je préfèrerai le savoir de suite… ! Des zouzous, la gueule enfarinée, avec une bobonne et toute une ribambelle de mioches à la maison, et qui recherchent l’aventure d’un soir… je peux te dire que j’en ai vraiment soupé, moi !

— …Si cela peux te rassurer… je ne recherche pas l’aventure ! Cela serait même plutôt tout le contraire ! Mais… je ne saisi pas très bien le sens de ta question… ?!

Elle non plus ne semble pas comprendre…

 » Hé, ho… arrête un peu ton char, Ben-Hur ! Tu crois peut-être que je ne t’ai pas vu tout à l’heure ?!

— Quoi… ?! Comment ça tout à l’heure ?!

— Oui… tout à l’heure… lorsque je me changeai derrière le paravent… j’ai bien senti tout de suite que tu t’intéressais grave à moi… ! Ne le nie pas, mon chou… j’l’ai vu !

Elle bat des cils, tandis que j’avale assez péniblement ma salive.

Voilà déjà que je me retrouvais dans un pétrin sans nom, aussi avais-je vraiment encore besoin de ceci en plus ?! Mais, bon sang de bon soir, qu’est-ce qui leur avaient donc pris de m’expédier ici ?! J’estime que l’on pouvait se le demander tout de même ! Et pourquoi donc à Saint-Tropez ! Et pourquoi pas à Cancun aussi pendant qu’ils y étaient ?! Où bien tiens, à Zanzibar ?! Ouais… à Zanzibar ! Pas mal non plus, Zanzibar, pour tenter de déjouer une guerre mondiale qui se profile bien tranquillement à l’horizon ?! Non contents de m’avoir un peu forçé la main pour descendre, et c’est vraiment le moins que l’on puisse dire, ils n’avaient pas trouvé mieux que de me larguer n’importe où… ! J’aurais dû refuser ! Oui, n’avais-je pas le droit de refuser après tout ?! Alors, pourquoi ne l’avais-je pas…

« Et voilà ! Deux Kardachis pour les amoureux ! »

Tiens… et si pour débuter je l’étranglai avec son immonde serpillière, celui-là… ?!