Riot-Gun.

Le type a sorti un fusil à pompe de dessous son comptoir, et dans la seconde qui a suivi, Kovac, ce putain d’enfoiré, s’est barré comme une petite fiotte. Et je me suis retrouvé seul face à l’adversité…
« T’as trois secondes pour foutre le camp… ou j’te crève… !
— …Y’aurait pas moyen de discuter un peu, m’sieur… ?!
— Discuter… ?! Et de quoi tu voudrais qu’on cause tous les deux ? De ta mère qui devait être une sacrée salope… ou de ta tronche en trou d’pine ?!
J’enlève ma cagoule. J’ai chaud. Et puis ça gratte la mort, la laine vierge.
 » Ma mère… ? Mais j’lai pas connue, m’sieur… ! J’suis d’la Dasse, moi… !
— La Dasse ? Et alors… ?! J’en ai rien à foutre moi de ta vie, ptit’con… ! Allez gerbe d’ici avant que j’te…
— M’sieur… faut pas vous énerver comme ça… ! On voulait pas vous faire de mal avec mon pote… y’a que vot’fric qui nous intéresse… Regardez… mon gun… c’est du plastoque… !
Avec Novak, c’est la seconde fois cette semaine que ça tourne vinaigre nos affaires. Avant-hier, c’était chez Momo, l’épicier de la rue Farfadelle. Y nous a coursés jusqu’à Saint-Ouen, le Momo… un vrai lévrier Kabyle… ! Alors j’en peux plus, moi, de toutes ces conneries. Faut qu’ça cesse…
« …Et puis merde… allez-y… tirez… ! J’en ai plus rien à foutre après tout… Tire, le gros… tire donc, qu’on en finisse… !
Le vieux est surpris. Il a l’habitude de se faire braquer, mais là, il sent bien qu’il y a quelque chose de pas normal qu’y se passe…
« …Bon… Tu vas te barrer maintenant… ? Allez, barre-toi que j’te dis… !
— Non ! Je reste… crève-moi… et on en parle plus… !
J’écarte largement les bras. Pas envie qu’il rate son tir, préfère mourir sur le coup.
« Et vise bien le cœur… J’veux pas souffrir !
Le type baisse son arme. Je crois qu’il se dégonfle, ce con. Sur l’ardoise, derrière lui, c’est écrit à la craie blanche : « La mêson ne fait plus crédit ».
« Pas chargé…
— Quoi… ?!
— Y’a pas de cartouches dans mon Riot… ! Toujours vide… pas envie d’avoir des problèmes…
— What… ?! Des problèmes… ? Môsieur a pas envie d’avoir des problèmes… ?! Mais je rêve, là ! Nom de Dieu de nom de Dieu, à quoi ça sert d’avoir une arme si elle est pas chargée… ?! Faut-y êtes trop con, quand même… !
— Et faire un braquage avec un flingue en plastique… tu crois que c’est plus malin, ça… ?! Allez petit… remets ta cagoule et fiche le camp… j’appellerai même pas les flics… !
Une bonne femme rentre sans prévenir dans le bar. Je la reconnais, c’est la vieille qui fait le ménage dans notre cage d’escalier, à la cité des Quat’vents. Simone, qu’on l’appelle. Elle enlève son pardessus en poil de chameau et s’installe tranquillement à une table…
« …Un ptit’blanc casse, Mimile… comme d’ab’… !
— … Oui… C’est comme si c’était fait, M’dame Leguennec… ! Bon… et on fait quoi maintenant tous les deux… ? T’es sûr qu’tu veux vraiment mourir aujourd’hui, l’orphelin… ?!
— Et mets donc z’en un aussi au p’tit, Mimile… m’a pas l’air en forme… l’est blanc comme un linge, ce gamin… !
Kovac, y passe me voir de temps en temps au bar. Lui aussi, il s’est rangé des voitures. Y bosse comme plongeur au Mac’Do maintenant. Quant à Mimile, il gueule tout le temps après moi, mais y dit que c’est pour mon bien. Et je crois bien que je vais finir par le croire…

Une de trop.

Ma participation à un défi sur SCRIBAY. Simplissime : Une seule phrase : la dernière juste avant de mourir… !

Le Décor :

Ma chambre, lit King size, draps en coton tout frais qui sentent bon.

les Personnages :

-Ingrid (26 ans. 1,68 m. danseuse au Crazy Horse (nom de scéne : « Lolly Pop »)

-Pamela (24 ans. 1,65 m. Actrice. 95c.)

-Félicia (32 ans. 1,72 m. Prof de yoga. très souple.)

-Moi, Ernest (99 ans. écrivain à succès, alias « le taureau du Finistère »)

Et la Phrase ultime :

« Oh, non… Laissez-moi quand même un peu souffler, mes petites chéries… c’est la treizième fois qu’on remet ça cette nuit… ! »…