Que les rats envahissent le Monde…

Dimanche 10 mai.
Ce matin, mais cela couvait insidieusement depuis un bon mois, je me suis levé avec la boule au ventre. Une crise d’angoisse. Et je me cramponne à mon stylo bille, tel l’hypotendu vertigineux à son rideau de douche aprés s’être relevé trop vite d’avoir ramassé une savonnette…
Oui, j’angoisse… j’angoisse et je panique, parce que demain, ça y est : on déconfine… ! Demain, on lâche les cons ! Tous ces cons dont je fais, moi aussi, partie… On nous lâche, nous les cons de ce pays, sans aucune préparation, comme on lâcherait des faisans dans la nature la veille de l’ouverture de la chasse… Ni plus, ni moins…
Alors, depuis ce matin, comme la plupart d’entre-nous, je prépare ma sortie de déconfinement, n’ayant qu’une seule et unique idée en tête : les vacances… ! Mais où irons-nous cette année ? Et la voilà bien cette fameuse question qui m’angoisse tant… « Où irais-je donc passer mes vacances d’été… ? » !
Au bord de la mer ? Et pourquoi pas… J’avoue volontiers que l’idée d’aller me vautrer à demi-nu dans le sable qui pue la pisse, ou bien encore de me ruiner le dos sur des galets ronds et durs, me tente assez. Se fondre ainsi dans la masse agglutinée d’un troupeau de bêtes toutes suintantes de crème solaire bon marché n’aurait de surcroît cette année –virulente ô combien– que des avantages certains. La promiscuité me plaît, et m’a toujours plu. Et je ne suis pas le seul dans ce cas-là. Ainsi je n’ai pas honte de le dire : rien ne m’exciterait plus que de passer trois semaines de congés payés dans l’un de ces immenses campings de bord de mer, villages de bungalows bien serrés et bien quadrillés, où, avec bobonne, en maillot une pièce, et toute ma marmaille braillante, nous nous entasserions des après-midis entières dans une pistoche surdimensionnée et hyper-chlorée, attendant tous, avec cette impatience qui caractérise les grands évènements à venir, la soirée karaoké du mercredi soir…
Plouf ! Plouf, et replouf… !
Ou la montagne ? J’hésite… Le silence des grands espaces naturels, l’air pur revivifiant, la fraîcheur des nuits d’été, la gentillesse proverbiale des autochtones… tout cela me fait un peu peur… Et suis-je vraiment préparé… ? Non, décidément, oublions la montagne, trop peu de monde à croiser m’inquièterait plus qu’autre chose…
Reste plus que la campagne. La bonne vieille campagne de l’intérieur de nos terres. Bien franchouillarde à souhait. Cette belle campagne qui sent bon le purin inondant les champs de colza pour le bio-carburant, ainsi que le vieux sans âge. D’ailleurs, il doit bien me rester un peu de famille éloignée quelque part en Corrèze… à moins que ça ne soit dans la Creuse… je ne sais plus…
« T’inquiète donc pas comme ça, mon chéri… dans trois semaines, c’est reparti comme en Quatorze, tu verras… ça ne coupera pas… ! »
Ma Simone, elle a toujours su me remonter le moral.
C’est aussi un peu pour cela que je l’aime…