Des nouvelles…

Bien le bonjour !
Je sais… Je vous ai manqué pendant ces quinze derniers jours… ! Mais me revoilou !
Ernest Salgrenn le retour !
Bon… Quoi de neuf alors ? Et vous ? Ça va ?
Pas trop inquiet avec ce nouveau virus chinois ? Moi, je commence un peu à avoir les chocottes tout de même. Par mesure de précaution, j’oblige ma femme à porter un masque toute la journée. Ça ne mange pas de pain comme dirait l’autre. Elle râle un peu bobonne, mais ça c’est pas nouveau.
Et les grèves ? C’est complètement dingue non cette histoire aussi ?!
Je me demande comment font depuis un mois tous ces pauvres bougres qui avaient décidé de commencer l’année en se jetant sous un train… ? Et les médocs qui augmentent en plus. Et puis le paracétamol qui n’est plus en vente libre dans les pharmacies. Reste que l’ennui devant la téloche pour se flinguer à pas cher. Certes, c’est plus long et plus douloureux, mais ça marche aussi… (Un conseil: essayez la huit ou la neuf si vous êtes vraiment pressés).
Bon… Des bonnes nouvelles… ? Attendez… Je cherche…
Ah si… Mon roman avance bien… déjà plus de 600 lectures sur le site SCRIBAY ! Je suis content. J’ai de bons retours sur les premiers chapitres. On me corrige même mes fautes d’orthographes. Vous êtes allés voir la chose ? Faut surtout pas hésiter, c’est gratos ! Mais bientôt faudra peut-être payer pour lire… Et là, j’me ferai des c……s en or !
Je m’exerce déjà pour les séances de dédicaces, histoire de ne pas être pris au dépourvu. Avec ma petite femme comme cobaye. Attendez… une seconde…
— Chérie… ? Pourquoi tu tousses… ?

Bonnes résolutions

Mon premier roman paraîtra avant la fin de cette nouvelle année… !

Plus qu’une résolution, c’est une promesse !

Et la machine est lancée…

Les premiers chapîtres sont déjà disponibles sur le site SCRIBAY (www.scribay.com) qui se définit comme le site des écrivains d’aujourd’hui et de demain… !

Je vous donne l’adresse exacte au cas où…

https://www.scribay.com/text/2109235537/le-coup-du-dodo-ou-comment-la-sainte-nitouche–dieu-et-ses-amis-ont-pousses-le-bouchon-un-peu-loin—

Ouais, je sais… le titre est un peu long ! Mais il se retient tout de même assez facilement !

De quoi ça cause ?!
C’est un coup de gueule écologique, avec des personnages attachants, mais qui sont tous de beaux salopards, un héros qui n’en est pas un et surtout des femmes fortes qui tirent toujours leur épingle du jeu. On y retrouve pêle-mêle : Brigitte Bardot, un éléphant, un petit chien, des clowns, une mallette en skaï, de l’alcool, un peu de drogue aussi, des incendies de forêts (mais ce n’est pas en Australie…), du sexe bien sûr, et puis du suspens, parce que mine de rien on est à quatre jours de la fin du monde…
Bref… On se marre bien !

PS : J’avais oublié… il y a aussi des strip-teaseuses, du chocolat, des distributions de porte-clés, et plein de voyages à gagner…. !
(Si avec ça je n’attire pas le lecteur !)

ELSA


Ils sont venus me chercher à l’hôtel. En moto-taxi.
Et puis, très bien reçu ensuite. Avec tous les honneurs.
Ma loge est très joliment décorée, un magnifique bouquet de fleurs de saison, et une maquilleuse extrêmement sympathique, mais qui ne parle pas un mot de français. J’ai même eu droit aux cadeaux de bienvenue, ils savent recevoir leurs invités ; une bouteille de cidre brut, et des petits sablés bretons. Apparemment ils se sont bien renseignés sur mes goûts, ou bien mon attachée de presse à fait correctement son boulot, pour une fois.
Mine de rien, je leur coûte beaucoup moins cher que Beigbeder et sa coke , Houellebecq et son whisky irlandais, ou bien encore la Nothomb, avec son champ’ Roederer d’une grande cuvée millésimée…
Thierry est passé me voir quelques minutes avant le début de l’émission. Sapé tout en noir bien sûr, mon bouquin dans une main, et ses fiches cartonnées dans l’autre.
— Bonjour Salgrenn ! Ça me fait vraiment plaisir de te recevoir… J’ai adoré ton livre ! me lance-t-il.
Je lui dirai bien qu’ils sont deux millions comme lui, à l’avoir adoré ce bouquin, mais cela serait probablement un peu trop prétentieux.
— Et tu le mérites largement ce Renaudot ! rajoute-t-il, un brin flatteur.
— Merci… C’est le Goncourt que j’ai eu… !
Je ne l’aurai peut-être pas reconnu si je l’avais croisé un jour dans la rue. Enfin, je veux dire si je ne l’avais pas vu et revu pendant toutes ces années à la téloche. Pourtant, en y regardant un peu mieux, il a finalement conservé ce petit air de supériorité que je lui ai connu dans le temps, et qu’il conserve avec tout le monde.
— Ça ne te déranges pas si je te pose deux ou trois questions avant que l’on commence ? Il y a quand même pas mal de part d’ombres dans ta vie, il me semble…
— Normal non ?! Il est essentiel d’entretenir un certain mystère, histoire d’attiser la curiosité malsaine des gens…
Je ne sais pas exactement pourquoi je suis venu ici. Ai-je vraiment besoin de tout ceci après tout… ? Je suis déjà une icône absolue pour tant de gens, ce n’est décemment plus la peine d’en rajouter.
— Arielle est là… ?
J’avais finalement consenti à participer à cette émission, à la seule condition qu’Arielle Domsbale vienne aussi. C’était là ma seule exigence, et mon seul véritable caprice de star. Je suis tellement jaloux de BHL…
— Non, mais ne t’inquiète pas, elle va arriver…
— Seule ?!
— Oui, oui, toute seule… Bernard-Henri est au Mali en ce moment… ou au Pakistan peut-être… enfin dans ce coin là, mais je ne me rappelle plus très bien ce qu’elle m’a dit !
Il est toujours aussi nul en géographie, et je me suis souvent demandé comment il avait réussi son bachot, lui.
— Bon… Dis-moi un peu, j’ai lu quelque part que tu avais fait de la prison plus jeune ?! Trop génial ça ! Impeccable ! Ça rentre parfaitement dans les cases de l’écrivain maudit, ce genre d’anecdote !
— Oui, mais je ne picole pas ! Pas de drogues dures non plus, et ça, c’est tout de même un sacré handicap, je pense, pour rentrer dans les bonnes cases !
— M’Ouais…
Il ne peut s’empêcher de se toucher le pif. Réflexe pavlovien archaïque…
— …Bon ok, alors qu’est-ce que tu avais donc fait de si grave pour aller en cabane ?
— Ben, pas grand chose en vérité… Seulement des cheveux un peu trop longs ! Pas la coupe réglementaire ! Mais c’était suffisant pour écoper de trois jours d’arrêt ; ça ne rigolait pas dans l’armée à cette époque !
Lui, il a été réformé. Il s’est fait passé pour fou, pour ne pas le faire son service militaire. Moi, j’ai fait mes douze mois comme tout le monde. A l’inverse, j’ai fait semblant d’être sain d’esprit…
— Ah… Bon on va passer là-dessus alors… C’est beaucoup moins glauque que je ne le croyais finalement ton histoire de taule ! Mais tu as surement autre chose de plus vendeur à nous raconter ce soir ?! Allez… un petit effort ! Un petit scoop sur toi ! Ce serait super sympa si tu nous faisais le buzz dans l’émission !
Le clash, il n’y a plus que cela qui les intéresse maintenant. Des clashs et du buzz pour faire monter l’audience, et affoler les compteurs de l’audimat. L’idéal serait surement que je lui promette de baisser mon froc, et de montrer mon cul, mais seulement en toute fin d’émission, histoire bien sûr, de tenir les téléspectateurs en haleine.
— Entendu… Alors, pour te faire plaisir, j’ai peut-être quelque chose de plus intéressant pour toi…
— Trop cool ! Et c’est quoi au juste ?
Il s’apprête à tout noter sur ses fiches, mais je l’arrête immédiatement :
— Non… Préfèrerai plutôt garder la surprise pour le direct. Je crois que si tu n’es pas au courant, l’effet sera encore plus fort pour les téléspectateurs, j’en suis convaincu…
Voilà Baffie qui vient dire bonsoir, lui aussi, à la vedette du jour. Je l’aime bien celui-là. Le genre de type qui décape bien le paf. Il a un sacré talent pour ça, c’est sûr et certain. Et puis lui aussi a vu sa mère se faire tabasser par son pater, cela doit nous rapprocher un peu, quelque part. Il me félicite évidemment pour mon succés, me demande même un autographe. Je suis comme sur un petit nuage. Un jour, peut-être que je leur demanderai de me lécher les pieds. Et ils le feront bien sûr, tous ces cons.
— Tiens mon Lolo… J’en ai une pour ton prochain dico…Définition de la Psychanalyse… ?!
Tout de suite, il a les yeux qui brillent.
— Psychanalyse : déshabillé de soi… !
Mais, c’est l’heure maintenant. Entrée des artistes. Lumière rouge, ça tourne sur le plateau, et les caméras, la deux et la trois, sont braquées sur moi.
— …Ce soir, nous avons le plaisir d’accueillir Ernest Salgrenn, le célèbre écrivain à succés, qui vient de remporter le prix…
Et patati, et patata… ! Voilà bien pourquoi je n’accepte plus aucune invitation à la télévision… la brosse à reluire ce n’est vraiment pas mon truc. Mais je les emmerde tous, et lui en particulier. Et cela me console, et me sauve aussi d’une certaine façon, car il est évident que seul le cynisme sauvera mon monde.
Arielle est là.
Elle est arrivée en retard, mais elle est là tout de même. Et en la voyant pour de vrai, je ne comprends toujours pas mon attirance pour toutes ces vieilles femmes anorexiques, qui luttent, jour après jour, contre les affres de l’âge. Un manque récurrent de lucidité de ma part…
Maintenant, il me passe la main, l’interview a commencé. Alors, sans aucune hésitation, j’attaque directly…
— Te souviens-tu d’Elsa Grënn-Stern… ?!
Ça y est, j’ai lâché le morceau, et il va l’avoir finalement son buzz, le Thierry Ardisson, l’homme en noir de la télé du samedi soir.
— …Hein… ?! Quoi… Qui ça… ?! Elsa ? Mais quelle Elsa… ?!
Je sais maintenant qu’il ne l’a pas oublié la petite Elsa. Je l’ai vu immédiatement dans ses yeux. Elle est toujours là, bien présente dans son subconscient.
— Elsa Grënn-Stern… seconde A4, lycée de l’Empéri, Salon de Provence, dix-neuf cent soixante-sept… cela te rappelle quand même quelque chose, non ?!
Non, il est évident qu’il ne l’a pas oublié la petite Elsa, et le voilà qui panique un peu maintenant…
— …Mais… mais comment… tu… tu étais à l’Empéri toi aussi… ?!
— Hé oui mon vieux… ! Même bahut que toi jusqu’à la terminale… Ça te la coupe hein… ?!
— C’est la petite salope que tu niquais dans les chiottes pendant la récré… !
Baffie reprends ses marques. Le sniper de mes deux est de retour. Et en pleine forme, ce salopard.
— Exactement… En plein dans le mille mon pote ! A en croire que c’est toi qui faisait le guet derrière la porte… ?!
L’ambiance a comme baissée d’un cran sur le plateau. On est en direct aujourd’hui, aussi ils vont avoir du mal à gérer la situation si cela dérape pour de bon. Un Bukowski, complètement bourré et qui s’écroule en gerbant sa vinasse, serait finalement comme un gâteau aux amandes avec de la chantilly par dessus, comparé à ce qui les attends ce soir…
— Alors, tu te la remets bien en mémoire maintenant, cette petite Elsa… ?!
On doit lui causer dans l’oreillette. Et surement lui dire de temporiser, ou encore mieux, d’improviser, tandis qu’ils vont voir ce qu’ils peuvent faire, eux, de leur coté pour que je la ferme.
— Oui… bien sur que je me souviens d’elle… Elsa… Mon premier amour…
Cinq minutes à peine, et le voilà qui chiale déjà. Je devrais lui refiler deux ou trois de mes meilleurs cachetons d’anti-dépresseur à Thierry.
 — Ah bon ?! Parce que tu l’aimais vraiment cette petite ?
— Évidemment que je l’aimais ! J’étais fou d’elle ! Et je ne me suis jamais remis de l’avoir perdu…
L’assistante plateau vient lui donner un kleenex. L’émotion gagne le public. Les pétasses en mini-jupes du premier rang ont, elles aussi, le nez qui coule. C’est tellement beau la téloche le samedi soir, surtout quand c’est bien fait, et que ça renifle comme ça dans tous les coins. Les voilà fins prêts pour le coup de grâce…
— C’est moi…Thierry… ! la petite Elsa… hé bien, c’est moi la petite Elsa… !
Silence total. Même Laurent Baffie, l’odieux, le sale gosse, a la chique coupée cette fois-ci. Et ce soir, à cet instant précis, nous entrons certainement, tous ici, dans la grande légende dorée de la petite lucarne…
— Car vois-tu, Thierry… l’Ernest Salgrenn, celui d’aujourd’hui, et cette petite Elsa Grënn-Stern de mille neuf cent soixante-sept, ne sont en réalité que la même personne !
Mouvements désordonnés des caméras. Les ordres de la régie demandent sans aucun doute maintenant, un cadrage plus serré. Il ne faut absolument pas perdre une miette de tout ceci, car des millions de gens regardent, des millions de gens attendent…Des millions de gens veulent savoir…
Alors, consentant, je souris, plein cadre pour la postérité. Pour ma postérité…
Et maintenant, maintenant, je vais tout leur expliquer. Et leur montrer mes cicatrices. Qu’ils vont peut-être même vouloir toucher. Mais après tout, s’il le faut… Oui, si cela est vraiment nécessaire après tout, pour que tous, tous ici et partout ailleurs, comprennent mieux la supercherie…
Puis, plus tard, je vais certainement pleurer. Moi aussi.
Devant ces millions de gens…

Les vœux d'un vieux c…

J’ai mis des pointillés. Parce qu’il y a encore, parfois, des gosses qui lisent mes textes.
N’importe comment ce n’est pas nouveau, toute ma vie j’ai mis des pointillés un peu partout. Pour amortir les choses, il n’y a rien de mieux que des suspensions…
Nous y voilà donc. Deux mille vingt. Ô putain… !
Hier soir, c’était réveillon sur la planète. On fête. On ripaille. On s’amuse.
Avant ça, j’avais allumé la téloche, pour les vœux du Président d’la Ré. Et droit dans ses bottes, le voilà qui nous a encore causé de notre avenir à tous, très sûr de lui, comme toujours. Il en a de la veine de voir aussi loin. Pour nous. Moi perso, je ne vois plus très bien aujourd’hui. Il est tout flou, mon horizon… même avec ma paire de binocle remboursée à cent pour cent par la Sécu.
J’ai éteint vite fait. Cela n’aurait pas été très honnête de ma part d’attendre la fin de son allocution, n’ayant pas grand-chose à lui souhaiter de bon, moi, de ce coté du poste…
Et puis, ça rime vraiment à quoi toutes ces conneries ?! Meilleurs vœux ! Bonne année à tous ! Hé bien non… Je ne vous souhaite rien du tout, les gars ! Rien, nada, que t’chi ! Et puis, j’en ai rien à foutre non plus de vos bons vœux !
Mais… La santé… ? La santé quand même… ? C’est important la santé, non ?! Hé ben, vous pouvez vous la carrer où je pense aussi votre santé ; parce que je vais crever, alors rien que pour ça, je vous em…. tous !
Et revoilà les pointillés. Quand je vous le disais que j’en fiche partout de ces saloperies de points de suspension.
Des poings dans la gueule de certains aussi, j’en ai mis quelques fois. Peut-être pas assez, d’ailleurs. J’aurai du m’appliquer un peu plus pour ça aussi. Un regret de plus…
Putain, que ça passe vite la vie, non ?… Merde alors, t’as pas le temps de te retourner, que ça y est ; on t’emballe déjà dans la boite capitonnée. Avoir quatre-vingt balais en deux mille vingt… ? Tu parles d’une aubaine, toi ! On n’est que le premier jour, mais je sens bien déjà que je ne vais pas l’aimer cette année là !
Demain j’ai chimio. A l’hôpital des cancéreux. Qu’est tout beau, tout neuf.
On va tenter quelque chose d’autre, qu’il m’a dit, l’autre jour, le professeur Du Schmol… Lui aussi, il aime bien en foutre des pointillés un peu partout. Mais les siens, ils n’enjolivent pas grand-chose, la plupart du temps. Et puis surtout, on dirait presque qu’il en a plus peur que moi, ce con, de ma maladie incurable. Alors, je l’em… lui aussi. Définitivement. Et demain, je le lui dirai d’ailleurs. J’ai bien le droit après tout ; y parait que l’on ne peut rien refuser à un mourant…
Maintenant, même leurs bêtisiers à la télé ne me font plus rire.
Plus rien ne me fait rigoler.
Si… sauf peut-être encore, ma sale tronche de vieux con dans une glace. Alors, je passe des heures à me scruter dans les miroirs. Et je me regarde mourir bien en face, et à vue d’œil. Voilà quelque chose de marrant. Désopilante décrépitude orchestrée de main de maître… Tu parles… Un sacré salaud, oui !
Tiens… demain j’ai chimio, mais je n’irai pas !
Demain, après tout, je ferai autre chose de beaucoup plus intéressant.
Demain, j’irai me balader dans la forêt, juste derrière chez moi. Je parlerai aux arbres. J’écouterai les zoziaux qui chantent. Et je regarderai mon chien courir devant moi en remuant la queue. Il ne sait pas encore qu’il va finir à la SPA…
Demain, je ferai une lessive de blanc. Et une avec des couleurs, aussi. Celles de mes chemises à fleurs que je portais l’été.
Et puis demain, j’écrirai mon testament sur ce joli papier bleuté, avec un filigrane…
Celui que j’avais acheté pour écrire à ma petite chérie…
Elle avait seize ans, et je n’en avais qu’un de plus qu’elle. On s’aimait, et on se le disait toutes les cinq minutes. J’aurai fait n’importe quoi pour la garder près de moi. Et puis finalement, j’ai fait n’importe quoi… et je l’ai perdu.
Toute une vie comme ça, à faire n’importe quoi… Toute une vie entière, celle d’un vieux con qui va crever bientôt… Avec tout un tas de pointillés, plein le corps, et plein la tête aussi…
Demain…
Alors vous comprendrez que dans ces conditions, hé bien… je ne vous la souhaite pas, bande de salopards !

SOLDES D'HIVER

Texte concocté pour répondre à un défi littéraire (un de plus !) sur SCRIBAY. Mots imposés : Abduction-Avilir-Gué-Suranné-Ab intestat avec de surcroît un thème à respecter : ANGE… !

Je filoche quatre à quatre dans l’escalator, qui roule pépère ses gravillons. Arrivée tout en haut du tapis de fer, visu dans la rétine de mon Maxitou d’amour, qui poireaute les deux pieds au sol rivés fermes, et les galuches posées sur le ceinturon plein cuir de vachette… Impatience latente dans l’attitude…
— Oussé ke t’étais ?! que glapit-il, fort mari, mon mâle.
— Rayon poids zé mesures… ! que je répartis, soufflante.
— Et qu’êsse t’y foutais donc ?!
— Promo terrible sur les haltères en bronze ! Fallait surtout pas louper ça !
— Suis-mi et fissa ! qui m’dit alors, furibard.
J’obtempère. Et nous v’là, passant le gué du rayon des « Mouffles et bonnets ».
— Remonte tes pattes d’éphe, que ça mouille ici ! me prévient l’homme de ma vie, tandis que je zieute une chapka, tout en poils de sconce de Puerto-Montt, qu’a pas l’air dégueu du tout.
— Arrivage du jour… Faut profiter de l’occasse messieu-dames ! que beugle le préposé du stand ad hoc.
Les bêtes remuent encore dans les casiers…
— Allons ma Germine… pas le temps de faire nos abductions… accélère, on nous attends ! que j’me fais houspiller aussi sec.
— C’est ablution qu’on déblatère, ma canaille… ! que j’réponds tout de même, encore dans le bouillon frais jusqu’aux chevilles.
Mais, pas le temps de me sécher les mollets, que nous voici déjà, filant derechef et dare-dare. Il a comme un feu follet de la saint Jeannot aux trousses, mon Maxitou.
Et direction le mont Tabernacle. Mais la télé-benne est déjà confite ; abondance de pékins… On se tapera donc l’ascension à pinces. Ruminance conjointe…
Chance de cocufiée, je repère un Suédois de service derrière la moraine. Me portera dans ses bras contre rétribution tarifiée.
Voilà le col déjà. Dépose en douceur du swedish, bisou dans le cou pour son pourliche.
Mon Maxou à la traîne, mais rapplique enfin.
— Sorry ma chère, j’ai la torsion testiculaire qui m’asticote. Faudrait que j’me fasse déboucher les artères…
— Que le magot me pèle dru ! T’y vas m’promener encore longtemps comme ci ?!
— Que nenni, nous y voilà ! c’est là que ça s’passe le black friday… !
Ambiance de fête au rayon des soldes et du suranné. Ça grouille de clientèle avisée dans le secteur…
— Mate un peu ces affichettes ma Germine ! Alors… Qu’êsse t’en cogite un peu de la réduction maousse qui nous font sur tout leur stock ?!
— Ben, j’en reste ébaubi mon chéri… !
Pas la peine d’avilir la marchandise qu’on nous propose, ça serait trop manquer de respect, alors j’me jette bille en tête dans la mêlée humaine. Et y’a du beau à toucher dans les bacs ; de la soie à péter dedans, du pure cachemire d’O.R.T.F, des cotonnades Louis le seizième, du ruban molletonné à la main par des aveugles la nuit… Un tel charivari me donne la nausée, tellement c’est euphorisant de mettre les mimines dans les matières sus-décrites. Tiens… J’en perdrai presque mon latin… !
— Ab intestat… ! Non pardon… ! Ad nauseam que j’voulais dire… !
— Achtung ! Avalanche sur la droite ! Gare au névé ! crie le moniteur en chef, en s’éclipsant rapido-presto dans la coulisse. Mon maxou me saisit in extrémis par les dessous des bras, esquivant ainsi la poudreuse qui dévale, et ramasse tout sur son passage…
Silence… Un ange passe en moonwalk… Et reste plus rien deux secondes plus tard… C’est le retour à la case départ pour tout le monde.
— Allez viens ma Germine… on se rentre au bercail, je crois que ce n’est pas la peine d’insister… la nuit va tomber…
Descente en free-style jusqu’à l’embouteillage de traîneaux, porte Maillot.
J’ai le cabochon, je renâcle un max, je transpire des mauvaises ondes.
Putain, que la saison des soldes s’annonce drôlement coriace cette année… !

Mémé.

Un joli conte de Noël, rien que pour vous. C’est vrai que c’est émouvant la magie de Noël…

Mémé.

Je ne sais pas ce qu’ils ont tous avec les abeilles.
Même Einstein s’y est mis.
D’après lui, si elles devaient disparaître un jour ce serait l’apocalypse sur Terre. J’ai lu ça, la semaine dernière, dans un vieux « Sciences et vie ». Mais après tout, qu’est-ce qu’il y connaissait vraiment en apiculture, ce con ?! Et puis on s’en fout des abeilles, si on n’a plus de miel, hé ben, on prendra du sucre de betterave !
Et pourquoi donc au fait que je vous causais de ça moi…?! Merde… voilà que je sais déjà plus ! Ah si voilà… ça me revient, c’est parce que j’ai chopé grave les abeilles ce matin !
Mémé est morte dans la nuit…
Ce n’est pas que ça soit une grosse surprise, parce que l’on s’y attendait un peu depuis le temps qu’elle se le traînait son cancer généralisé, mais ça nous a tout de même fait quelque chose.
Bon, elle n’a pas souffert, et c’est le principal.
Enfin, pas trop souffert, dirons-nous plutôt. Et ça, c’est le docteur Raoul qui nous l’a confirmé.
Le docteur Raoul est notre médecin de famille.
C’est un toubib à l’ancienne, comme on en faisait avant, dans le temps. Et lui au moins, il ne nous fait pas payer la consultation à chaque fois qu’il vient nous voir, pas comme son remplaçant par exemple, qui n’est qu’un jeune con.
Faut dire aussi qu’avec nous, il s’est surement fait une bonne partie de sa fortune le bon docteur Raoul. Rien qu’avec mémé, qui a traînaillé pendant des années avant de passer l’arme à gauche, il a du s’en payer du bon temps. Tiens, je serais pas tellement étonné d’apprendre que sa belle piscine de dix par cinq, hé bien que ce soit uniquement avec les honoraires de not’ défunte, qu’il se l’est fait creuser, le toubib. Et pt’être même qu’en cherchant bien, ses supers vacances à Ibiza l’année dernière, en douce, avec sa petite pouliche qui a vingt ans de moins que lui, et qui tortille du cul tout le temps, c’est un peu grâce à notre mémé aussi !
Enfin bref, on n’est pas là pour dire du mal non plus, alors voilà donc qu’elle est clamsée pour de bon, la grand-mère. Et maintenant pour l’enterrement on doit s’en occuper rapidement.
C’est pas tellement pour la vue que je dis ça, mais plutôt pour l’odeur… ! Surtout qu’elle ne sentait déjà pas très bon de son vivant, la vieille carne !
Justement, le type en costard des pompes funèbres qui vient de passer la voir, et qui avait tout à fait le physique de l’emploi celui-là aussi – jamais vu un mec aussi triste sur lui – a dit qu’il allait nous envoyer rapidement un spécialiste de l’embaumement. C’était compris dans le forfait obsèques que l’on avait choisi qu’il nous a confirmé le croque-mort. Un thanatopracteur même que ça s’appelle ce genre de spécialiste. Et ainsi, pour les odeurs gênantes, cela devrait s’atténuer assez vite car ils vont la bourrer dans tous ses orifices naturels, avec du coton qui sent bon, et qui est soi-disant spécialement prévu pour ça.
— Vous inquiétez surtout pas messieurs-dames… chez « Mortop-One » on s’occupe de tout ! qu’il a conclu en nous serrant la main mollement comme pour nous rassurer tout à fait, mais n’oubliant pas de saisir au passage le chèque d’acompte de trois mille euros, que maman venait de lui signer.
En attendant, on a foutu des bougies désodorisantes de chez « CRADL ».
Au « CRADL » on y va souvent pour faire les courses.
C’est vraiment pas cher du tout, et l’on y retrouve plein de gens comme nous, que l’on croise aussi à Pôle Emploi, car chez CRADL c’est peut-être bien le seul magasin où le clodo, qui fait la manche dehors juste devant l’entrée, est plus riche que les clients. D’ailleurs, nous, on ne lui donne jamais rien à ce parvenu en guenilles.
Le père, qui n’a pas trop sa langue dans la poche, et notamment quand il est bourré, c’est-à-dire quasiment toute la journée, a demandé au mec des pompes funèbres pourquoi il ne lui avait pas mordu un gros orteil à Mémé, pour vérifier si elle était vraiment morte. Il a répondu que ça ne se faisait plus depuis très longtemps, et que d’ailleurs ce n’était peut-être même qu’une légende cette histoire là. Nous, on lui foutait des claques à mémé quand on voulait être vraiment sûr qu’elle n’était pas morte, mais simplement endormie. À chacun sa méthode.
C’est quand il est reparti de chez nous le sinistre en costard, que ça s’est gâté un peu à la maison. Évidemment dans ces cas là, un décès inopiné dans une famille, la première chose dont on cause d’abord ; c’est de l’héritage… !
Et ça n’a pas loupé, la discussion est très vite venue sur le tapis.
Maman a commencé à dire que l’argent de la vieille c’était tout pour sa pomme. Normal qu’elle a rajouté, car après tout c’était sa mère, et puis s’il y avait bien quelqu’un dans cette baraque qui s’en était occupée depuis qu’elle était malade et complètement impotente, c’était bien elle…
Forcément, le père il ne pouvait pas laisser passer ça. Tout le monde sait très bien que lorsqu’il y a un peu de monnaie en jeu, il n’est pas le dernier à ramener sa fraise ce vieux con. Alors ils ont commencé à se taper dessus. Jusque là rien de bien extraordinaire, me direz-vous, mais tout de même, j’ai rapidement compris que cette fois-ci ils dépassaient largement les bornes de la bienséance familiale.
Maman qui saignait déjà un peu du pif, s’est saisi d’un couteau à débarder la bidoche, que l’on avait reçu en cadeau, et ça, c’est juste pour la petite anecdote, à CRADL en achetant une épaule d’agneau de Nouvelle-Zélande, et lui a planté dans le bras au père. Pour le coup, il s’est mis à gueuler encore plus fort. J’ai senti immédiatement, et Dieu sait que j’ai de l’instinct pour ça, que l’on venait de franchir un palier dans l’altercation.
Bon, je vous passerai les détails pour faire plus court, mais ils se sont littéralement entretués… !
Maman n’est pas morte sur le coup. Elle a eu le temps de me dire qu’elle ne voulait pas être enterrée à coté du père. Et cela me paraissait totalement justifié.
J’ai rappellé le docteur Raoul. Il n’a pas tardé à rappliquer pour une fois, lorsque je lui ai expliqué en détail tout le topo. Lorsqu’il est arrivé, j’avais déjà commencé à nettoyer le sang qui avait éclaboussé un peu partout, histoire que cela l’impressionne un peu moins le toubib. Ce n’était peut-être pas la peine d’en rajouter que je me suis dit.
— Ça va être un peu compliqué pour les certificats de décès… qu’il a marmonné en s’asseyant sur une chaise.
Insidieusement, dans la conversation qui a suivi, je lui ai demandé des nouvelles de sa jolie pouliche qui remue du popotin, et puis si sa femme Jacqueline était au courant de tout ça…
Finalement, les deux certifs il les a signé.
Et puis aprés ça, on a trinqué tous les deux.
À Noël, qui était deux jours plus tard. Hé oui, déjà…

Plus haut, toujours plus haut…

Un joli conte de Noël pour les amateurs.Moi, perso, Noël…La magie et tout le tralala qui va avec, disons que j’ai laissé tomber le concept il y a déjà un bout de temps…Et dans la crêche, le ravi c’est moi ! (si,si, regardez bien…)

Note de l’auteur : Quelques placement de produits dans ce texte qui ne me rapportent rien je tiens à le préciser car je préfère rester indépendant pour le moment.

PLUS HAUT, TOUJOURS PLUS HAUT…

Je me suis mis sur mon trente et un car ce mercredi matin, veille de Noël, j’ai rendez-vous avec Gilbert Montagné.
Gilbert est un homme extraordinaire. Il a vraiment toutes les qualités que l’on puisse souhaiter à un être humain. Et surtout ce type est toujours de bonne humeur quoi qu’il se passe dans sa vie.
Cela fait une dizaine de jours que je me suis mis à écrire des textes de chansons. Cela m’a pris une nuit, vers trois heures du matin, comme une envie de pisser, ou plus exactement en même temps qu’une envie de pisser…
J’écoute la radio toute la journée dès le réveil. Cela me distrait un peu de la monotonie de mon existence qui s’est insidieusement installée depuis que je vis seul. C’est à dire depuis que ma femme s’est pendue à un fil électrique dans notre grenier.
Je crois qu’elle n’avait plus du tout le moral depuis que notre chien, un bâtard que l’on avait appelé Castro en hommage à Fidel, et surtout parce que l’on manquait un peu d’imagination pour lui trouver un nom, s’était fait écrasé par le tractopelle venu nous creuser le trou pour la piscine.Le type du tracto, après s’être excusé, nous en a fait un autre de trou, gracieusement celui-ci, mais beaucoup plus petit, juste à coté de l’autre pour enterrer ce chien tout écrabouillé. Mais le plus con dans l’histoire, c’est qu’elle n’en a jamais profité de la piscine, ma Simone, en se suicidant seulement quelques jours avant que l’on foute de l’eau dedans. Quand ça ne veut pas ce n’est vraiment pas la peine d’insister ! Elle, Simone, on l’a enterrée au cimetière du père Lachaise, chemin Monvoisin, 27 ème division, allée 12.
Enfin bref… comme je vous le disais donc, je me suis mis à écrire des chansonnettes depuis la semaine dernière. Au départ, ce n’était pas spécialement pour Gilbert, mais comme il fut finalement le seul chanteur parmi tout ceux que j’avais contacté à bien vouloir me répondre, je me suis dit assez vite : « Allez banco… Va pour Gilbert ! ». Il faut toujours savoir saisir sa chance au vol lorsqu’elle se présente…
Je sonne. On m’ouvre. C’est la femme à Gilbert.
— Bonjour madame Montagné…Ernest Salgrenn…chansonnier autodidacte de son état…!
Elle n’est pas mal du tout sa femme à Gilbert. Et bien sympathique aussi.
— Essuyez-vous les pieds et entrez donc monsieur Salgrenn… formule-t-elle sur un ton qui se veut très enchanté d’avoir ma visite.
J’essuie et j’entre. C’est vachement beau chez eux. Normal, les artistes ont toujours beaucoup de goût pour la décoration de leur intérieur. Il y a des statues en marbre blanc partout. Et la moquette est très épaisse, certainement pour amortir les chutes de Gilbert.
En parlant du loup… Le voici qui s’avance vers moi…
— Hey mister Salgrenn… How are you Ernest… ?!
— Welle…! Véri welle Gilberte…! que je réponds du tac au tac — And my taylor is riche ! que je rajoute aussi sec pour mettre une ambiance tip-top.
Dans le salon, il me fait asseoir sur une table basse, mais sa femme à Gilbert rectifie tout de suite le tir en me proposant plutôt une chaise qui sera finalement beaucoup plus confortable pour moi à l’usage. Je l’en remercie d’un clignement de paupière qui se veut complice. Elle fait de même et je l’en remercie aussitôt d’un autre clignement de paupière qui se veut tout aussi complice sinon encore bien davantage que ne l’était le premier.
— Cacahuètes ou Doritos… ?! lance alors Gilbert tout d’un coup en me tendant un ramequin en cristal plein de cure-dents.
— Ah non Gilbert…tu ne vas pas commencer à te gaver avec toutes ces cochonneries juste avant de passer à table ! rectifie immédiatement la femme à Gilbert.
Et il lui jette le ramequin avec les cure-dents à la figure. Qui finalement se trouvera être la mienne car je n’ai pas eu le temps d’éviter le projectile. Je saigne abondamment du front et un cure-dents me traverse le pif. Je suis à deux doigts de lui foutre mon poing dans la gueule à Gilbert, mais la raison l’emporte sur la colère, me souvenant que j’ai plus ou moins une quarantaine de chansons à la con à lui fourguer, aussi vallait-il mieux la mettre en veilleuse…
— Bon… Et si on causait bizzeness Ernest, maintenant que les présentations sont faites ?!
— Des Doritos plutôt… ! que j’interjecte, encore un peu sonné.
La femme à Gilbert s’éloigne à petits pas feutrés dans la moquette épaisse ayant certainement d’autres chats à rectifier ailleurs. J’en profite pour compter les cure-dents qui sont étalés par terre. Et il y en a trois cents vingt-deux très exactement. Trois cents vingt-trois avec celui que j’ai toujours planté dans le nez.
— Ah si tu savais comme elle me fait chier ! chuchote Gilbert alors qu’il pourrait très bien me le dire à voix haute d’ailleurs.
— Je compatis… Avec la mienne c’était exactement la même chose… Sa mort fut un grand soulagement pour moi… ! que j’avoue ouvertement pour la première fois à quelqu’un.
— Cool… ! Alors je me mets au piano et tu me chantes tes ritournelles qu’on voit un peu ce que ça donne en vrai… ?! résume-t-il, avec beaucoup de clair-voyance, mais d’esprit seulement.
Le chant ce n’est pas vraiment ma tasse de thé. D’ailleurs je n’ai jamais rien chanté de ma vie si ce n’est peut-être le premier couplet de la Marseillaise, pour faire un peu comme tout le monde, lorsque notre équipe de France de football marque un but en finale du mondial…
J’ai la nausée subitement. Peur de trop bien faire peut-être…
Alors je profite qu’il ait le dos tourné pour me rapprocher d’une statue d’un David ressemblant étrangement à Ray Charles adolescent, et y dégobiller sur son socle mon petit-déjeuner en toute discrétion.
Puis, la femme à Gilbert refait son apparition, à grandes et molles enjambées cette fois.
— Tu ne vas quand même pas jouer du piano maintenant… ?! Occupe-toi donc plutôt de nous faire griller les saucisses sur le barbecue… ! rectifie-t-elle à nouveau.
— Vous êtes sûrement comme moi…vous aimez la saucisse monsieur Salgrenn…?! qu’elle rajoute avec un peu plus de précision lexicale dans son langage.
— Oui bien sur très chère madame et justement il faudrait que j’aille pisser…! que je rectifie à mon tour en la regardant bien droit au fond des yeux pour que toute l’ambiguïté de cette situation extrêmement gênante persiste entre nous.
Dans leurs toilettes aux Montagné, c’est très beau aussi. Et la cuvette des chiottes est également en marbre, mais noir cette fois, mais tout aussi massif forcément pour bien rester dans le ton de la maison. On dirait le tombeau de Napoléon aux invalides…
Lorsque je reviens de ma petite commission, Gilbert est dans le jardin, devant un gros Weber à gaz butane. Et il chantonne en retournant les merguez qui sont déjà bien cramées.
Je tousse parce qu’il y a énormément de fumée, et pour qu’il sache aussi que je suis revenu à ses côtés.
— Ah te voilà… Tiens passe-moi les herbes de Provence !
J’obtempère, et il en fout quand même pas mal à coté du grill, le salopiot à lunettes noires.
— Après le repas on se fera une petite partie de pétanque hein… ?! Tu sais jouer aux boules j’espère… ?! s’exclame-t-il.
— …Mais oui bien sur… Je suis même classé 15/3… Et j’ai un coup droit redoutable… ! que je rétorque assez fier de moi.
— Parfait ! Je te prêterai un maillot de bain si tu n’en as pas… C’est quoi ta taille ?
Madame Gilbert revenant sur ces entrefaites, avec des entrecôtes, et sautillant allégrement dans le gazon, s’est changée entre-temps et a revêtu une tenue beaucoup plus entreprenante pour la saison, et extrèmement transparente, qui nous laisse entrevoir de beaux restes bien conservés.Enfin, je dis nous, mais je devrais plutôt dire je, vu que Gilbert ne voit rien lui…
— Allons… passons à table maintenant ! J’ai fait du taboulé espagnol avec du chorizo dedans… Vous aimez le chorizo monsieur Salgrenn ?!
— Mais bien évidemment très très chère madame Gilbert ! Ma maman nous en préparait aussi, alors vous pensez bien si j’aime ça ! que je lui chouine à l’oreille en prenant un vague accent hispanophone pour agrémenter joliment ma réponse.
— Tant mieux… ! Mais bon sang Gilbert… as-tu vu enfin dans quel état tu t’es mis encore ?! On dirait un bougnat ! rectifie-t-elle une fois de plus en levant les bras au ciel, ce qui a pour effet immédiat de relever agréablement sa lourde et magnifique poitrine.
— …Et si l’on partait en vacances ensemble tous les trois ?! déclare Gilbert inopinément en s’essuyant la moustache dans une serviette en papier recyclé.
— …En voilà une bonne idée pour une fois ! Et pourquoi pas en Alaska… Toi qui rêve tant de caresser un grizzly ?! rétorque la femme à Gilbert en me posant très adroitement une main sur la cuisse.
J’avais l’impression que le courant passait vraiment bien entre nous trois…
— Chéri… Oh hé Chéri… est-ce que tu m’entends… ?!
— Hein… Quoi… Simone… ?!…C’est toi Simone… ?!
— Mais bien sur que c’est moi ! Qui veux-tu que ce soit d’autre ?!
— Mais… Où je suis là… ?
— Au pied de notre sapin de Noël ! Et tu viens de te casser la gueule de l’escabeau en voulant placer l’étoile filante tout en haut ! Regarde tu saigne comme un goret du front ! Je te l’avais bien dis pourtant de faire attention !
— Merde…Mais alors ça voudrait dire que… que tu ne serais pas morte… ?!