Émoti-conne.

Une chanson d’actualité…

Comme un virus qui traînerait dans l’air

L’air du buzz, et déjà l’plein des galères

Défense d’afficher, nos envies, nos pensées

Sur des murs de carton-pâte, d’pâte à modeler

Murailles de dédain, aux décos de cinoche

Vous nous mentez, hou ! Com’ c’est moche !

Depuis notre naissance, depuis le début

Des laitues, vous nous vendez, déçus, déçus…

Depuis notre naissance, depuis le début

Des laitues, vous nous vendez, déçus, déçus…

Pauvreté du discours, au secours la syntaxe !

Médiocrité, rouge sang, impaire et passe

Défauts des papiers, roule sans l’assurance

Tombereau d’ordures, frisant l’indécence

Internet pas très net, cache l’adresse IP

Et crache son venin, asséne ses vérités

Et surtout n’oublie pas, pauvre… môme

De décorer ton fumier, d’un émoticone !

Et surtout n’oublie pas, pauvre… môme

de décorer ton fumier, d’un émoticonne !

Échange d’opinion, des mots de passe-passe

Suivre protocole, mais jamais personne en face

Qu’un avatar en pixels, une tronche de spam

Intelligence artificielle, c’est ça le programme ?

Vide ton panier, tu t’es planté, ma jolie !

Out le Black Berry, déconnecte ton Wifi

Réalité devient virtuelle avec application

La puce à l’oreille, et casser l’fil des émotions…

Réalité devient virtuelle avec application

La puce à l’oreille, et casser l’fil des émotions…

Et surtout n’oublie pas, pauvre conne

De décorer ton fumier, d’un émoti-conne !

D’un émoti-conne… !

Texte Ernest Salgrenn® Tous droits réservés. Février 2021.

Camargue.

Voilà, voilà*. Je m’installe dans mon fauteuil club en cuir pleine fleur de vachette. Vachette de Camargue, il va de soi, animal d’une race bovine de petite taille mais au courage sans borne, aux yeux noirs toujours pétillants de malice, et dont l’espèce en remontre à plus d’un razetteurs, les Dimanches après-midi, dans nos arènes provençales. Juste avant de finir estourbie d’un coup de pistolet à tige captive perforante dans un abattoir de proximité.

À l’intention de ceux et celles qui ne connaissent pas cet outil magnifique qui est le pistolet à tige captive perforante (appelé aussi parfois, pistolet pneumatique d’abattage à percuteur captif) il s’agit d’un instrument, certes dangereux, mais bien utile, dont l’ingéniosité est tout à fait remarquable : une tige en acier trempée sort du canon de l’arme, perfore l’os frontal, puis s’introduit tout aussi facilement dans le cerveau de l’animal, causant une mort quasi instantanée, ou en tout cas des dégâts irrémédiables. L’animal est ensuite lié par les pattes arrière, relevé ainsi et acheminé mécaniquement dans les plus brefs délais vers la zone d’équarrissage, se vidant en chemin de son sang et notamment s’il continue à gigoter psalmodiquement avant de mourir tout à fait. C’est propre, c’est net.

Donc, je m’installe dans mon vieux fauteuil club, un verre de whisky à la main. Du Glenn Fish Balmoral. Je ne bois que celui-là. Enfin, en vérité, plus jeune il m’arrivait de consommer d’autres marques que celle-ci, mais cela était bien plus par nécessité financière que par goût. Le Glenn Fish Balmoral, et le vingt ans d’âge de surcroît, n’est pas à la portée de toutes les bourses. Il est la marque certaine d’une réussite sociale que je revendique sans aucune honte. Oui, j’ai les moyens de boire ce whisky hors de prix, et cela me réconforte un peu quelque part. Je me saisis de la télécommande de la télévision, tandis que ma chatte, Simone de Beauvoir, saute sur mes genoux et s’y love confortablement, tout autant confortable que puissent être une paire de vieux genoux cagneux comme les miens. Oui, encore une fois, ma chatte s’appelle Simone de Beauvoir ! J’aurai pu me contenter de la nommer simplement Simone, mais la provocation désirée eut été fort amoindrie. Simone de Beauvoir laisse le champ libre aux récriminations et invectives des féministes de tous poils de passage à mon domicile (assez rares ces derniers temps, il faut tout de même l’avouer très objectivement). Mais rassurez-vous, je le leur rends bien dès que j’en ai l’occasion. Ma chatte a les yeux bleus, elle aussi. Mais, pas de ridicule turban indien noué dans les cheveux. Elle est adorable (ma chatte…). Elle sera de façon certaine le dernier amour de ma vie. C’est une Siamoise. Une magnifique Siamoise pure race. Cette race, l’une des plus ancienne sur Terre, est généralement d’un très grand attachement pour son maître. Et cela me convient tout à fait : j’aime –j’ai toujours aimé– tout ce qui s’attache ainsi aux gens, sans retenue ni arrière-pensée. J’allume maintenant le téléviseur. C’est un Bang et Olufsen. Une marque danoise de prestige. Très design, très smart, très bien comme il faut pour un intérieur soigné tel que le mien, où le souci du détail l’emporte sur tout le reste. J’ai toujours eu ce souci du détail, c’est indéniable. L’ensemble, poste de télévision et enceintes Multiroom Beosound, m’a coûté plus de dix mille euros. Dix mille trois cents cinquante neuf euros très exactement, j’ai conservé la facture quelque part, si vous ne me croyez pas. Mais, pour quelle raison ne me croiriez-vous pas ? Et pourquoi, après tout, ai-je ainsi besoin de me justifier comme cela à tout bout de champ ? Une image apparait. C’est celle d’une jeune ingénue dans une quelconque émission de Télé-réalité. Elle a des seins énormes. Autrefois, j’ai adoré les gros seins. En plus du silicone, elle est aussi maquillée à outrance. Et je suis gentil, outrance est un euphémisme de bon ton pour l’occasion. Je zappe rapidement. Aujourd’hui, les fortes poitrines n’ont plus guère d’influence sur ma façon de vivre ou de penser. Me voici maintenant sur la Cinq et devant une autre vulgarité télévisuelle, mais il s’agit, cette fois-ci, de l’inévitable talk-show de « Fin d’après-midi-Début de soirée ». Des interlocuteurs et trices (toujours les mêmes, tous les soirs, à croire qu’ils n’ont rien d’autre à fiche que de passer à la téloche) s’étripent en direct, dans la cacophonie habituelle, histoire de faire monter l’audience tout doucement, avant la plage infantilisante des pubs. L’une de ces dames déclare à l’autre, d’une façon péremptoire et avec une grande suffisance, que nos banlieues (c’est apparemment le thème du jour) ont tout de même apporté de grands artistes à la Société (elle dit plus exactement : « …de grandes réussites sociales » !) comme, et elle les cite l’un après l’autre, cet humoriste notoire, ce joueur de football, et pour finir ce grand acteur que même Hollywood nous envie. Réussites sociales ? Gratins de notre Société ? J’hallucine en direct. Voici donc, ce que représenterait aujourd’hui pour cette dame (et sûrement pour un grand nombre d’autres personnes) l’image d’une formidable réussite sociale ? Joueur de football, humoriste, acteur, une belle réussite sociale ? Je zappe à nouveau, me ressers un verre de Glenn Fish Balmoral, et Simone de Beauvoir ronronne de plus belle. Issu, moi aussi, d’un milieu très modeste, pour ne pas dire pauvre, j’ai lutté ma vie durant pour gravir tous les échelons. Je suis chirurgien. Ou bien plutôt, j’étais, car à cette heure me voici à la retraite. Un spécialiste reconnu des transplantations cardiaques. J’ai fini professeur à la faculté de médecine. En fin de carrière, mon salaire était de huit mille quatre cent soixante quatre euros par mois. J’ai opéré pendant plus de trente ans. Trente années à sauver des vies en suspend tous les jours. Alors, non ! Non, Madame « j’ai un avis à la con sur tout et je le dis à tout le monde », ne me parlez surtout pas de footballeur, et même s’ils empochent des millions par mois, ou bien je ne sais encore de quel raconteur de blagues à deux balles lorsque vous parlez ainsi de réussite sociale ! Avoir été chirurgien du cœur, et puis siroter à la retraite du Glenn Fish Balmoral de vingt ans d’âge, voici réellement un bel exemple de réussite sociale !

Je regarde mes mains. Ce soir, elles tremblent énormément. Ma petite Simone, je l’ai adopté il y a trois ans de ça. Après la disparition de mon épouse, j’ai ressenti le besoin d’avoir quelqu’un près de moi, à qui parler de temps en temps. Cette race de chat miaule beaucoup, et cela tombe bien. Je crois qu’elle comprend absolument tout ce que je dis. Non, mieux que cela, elle lit toutes mes pensées ! Tiens, là, en ce moment, je suis persuadé qu’elle devine mon désespoir devant toutes ces conneries que l’on nous assènent tranquillement jour après jour. J’éteins le zinzin cathodique. Le silence se fait dans la pièce. J’aime aussi le silence. Le silence me repose, c’est une évidence, et j’ai besoin de me reposer ces temps-ci. J’ai presque terminé mon verre. Et, la boite est là, posée sur la table d’appoint. La Camargue est un lieu insolite. Et bien mystérieux. J’y ai passé de belles années. Celle d’une jeunesse éclatante d’insouciance, de joie, d’amour. De si beaux souvenirs me rattachent pour toujours à cette région. Je ne saurais trop conseiller à tous les bobos parisiens, fonçant à bord de leur SUV dernier cri vers l’Espagne, et Barcelone (Le dernier endroit à la mode où il est nécessaire de passer du bon temps en ce moment) d’y faire une halte, ne serait-ce que quelques heures. Bien sûr, il y a ces hordes de moustiques qui ne manquent jamais de vous assaillir à l’instant même où vous mettez le nez à l’extérieur, mais le jeu en vaut la chandelle. Par exemple, un coucher de soleil sur les marécages, la veille d’une journée de Mistral, alors que la flamboyance extraordinaire de l’astre, rouge vif, illumine le ciel entier, vous laissera un souvenir impérissable. Je vous en prie, ne ratez surtout pas cela…

Je saisis la boite, je l’ouvre. Tout est prêt, l’amorce d’air comprimé à vingt-cinq bars est déjà introduite, il n’y a plus qu’à appuyer sur détente…

* « Voilà, voilà. » : une fois de plus, l’auteur se démarque immédiatement de ses congénères en employant ici, une formulation audacieuse n’ayant aucun sens si ce n’est celui de surprendre dès le début, le lecteur-trice. Bravo, l’artiste !

Texte et photos protégés. Ernest Salgrenn. Février 2021. Tous droits réservés.

Belle-de-jour.

Avant de vous livrer ma dernière composition, et il s’agit aujourd’hui d’une chansonnette, quelques nouvelles de l’artiste : malgré ce silence de presque deux semaines, et un dernier post plutôt mélancolique, je l’avoue (pour ne pas dire triste à mourir !)… il va bien ! (oui, je sais, je parle de moi parfois à la troisième personne, mais c’est mon petit côté Delonnesque)

Très bien même, ce matin, car je viens de me rendre compte que la barre des 10000 (dix mille !) lectures de mon roman « Le coup du Dodo » avait été dépassée sur la plate-forme SCRIBAY.com ! Ce qui bien entendu me fait énormément plaisir, et me laisse surtout à imaginer que cette œuvre puisse un jour trouver le chemin de l’édition conventionnelle. Ceci dit en passant (vite, j’ai de bonnes jambes !) ceci est d’autant plus remarquable que ce roman n’est pas encore terminé ! D’ailleurs, à ce propos… faut que j’y retourne ! Bye, bye, à la prochaine, les amis !

Belle-de-jour.

Belle-de-jour, petite flamme en perdition

Dangereuses liaisons en macadam version

Se donne en spectacle, long d’un trottoir

Écarlates pulsions d’un abîme si noir

Effusions de nos lèvres, secret chuchoté

Abandon de ses rêves, le cœur toujours menotté

La nuit, lorsqu’il fait noir, la Belle se donne à voir

Cinq à sept, d’adultérines promesses

Infidèles addicts avares de caresses

Fieffés bonimenteurs, coquins menteurs

Si pressés de jouir, œil rivé sur l’heure

Hôtels du malsain, alcôves anonymes

Abritent en leur sein de bien tristes déprimes

La nuit, lorsqu’il fait noir, la Belle vous donne à voir

Redresseurs d’âmes dont l’ombre plane

Voyeurs obscènes, sous vos belles soutanes

Bondieuserie puante, Machiavel pâles

Derrière la vitre sans tain, criez scandale

Dénonçant l’illicite, le sexe trop explicite

Pourtant le monde sait comme cela vous excite

La nuit, lorsqu’il fait noir, la Belle leur donne à voir

Sous draps de soie, l’amour n’a pas de loi

Oublié les contrats, c’est chacun pour soi

Perce alors ce désir d’étreintes toxiques

Corps déchirés, dézingues érotiques

Mais sous sa poitrine nue, il berce encore

Ce tendre espoir d’aimer, mais d’un amour plus fort

La nuit, lorsqu’il fait noir, la Belle nous donne à voir

Refrain (ou pas… !):

Dieu, que la vie joue bien des tours

aux amoureux éperdus

à tous les amants perdus

éperdus d’amour… éperdus d’amour… d’amour…

Texte : Ernest Salgrenn ® (tous droits réservés).

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