Problème de robinet…

Je vous avais promis un texte différent…a vous faire dresser les cheveux sur la tête…Spéciale dédicace à mon ami Didier qui adore ce genre de littérature…

— Vous êtes bien sur de vous pour cette baignoire…?
— Oui, oui…ne vous inquiétez pas…il y a bien une baignoire dans la salle de bain !
— Parce que c’est très important pour moi…Une baignoire et puis le calme aussi !
— Oh ça pour être calme ! Je peux vous garantir que vous ne trouverez pas mieux ! D’ailleurs, si je peux me permettre…
— …Oui ?
— Enfin cela ne me regarde peut-être pas après tout, mais je me dis que pour une femme qui vit toute seule ce n’est pas forcément l’idéal un endroit aussi isolé…
— Ne vous inquiétez pas…Je saurai me défendre au besoin…
Il tourne la tête vers moi et me détaille, un air moqueur au coin de la figure. Ce même air moqueur qu’ils ont presque tous lorsque je prétends qu’ils ne me font pas peur…
— …Self défense hein ?! Vrai qu’c’est votre nouveau truc maintenant, les bonnes femmes !
Je le regarde à mon tour, mais cette fois bien dans les yeux.
— Non pas du tout monsieur Péchin…Moi je préfère plutôt faire confiance à mon Sig-Sauer…C’est du neuf millimètres – et je mime avec mes deux mains jointes…
— Cela vous fait de bien jolis trous gros comme ça !
La voiture fait une embardée. Il est ridicule ce type dans son petit costume bon marché. Je n’aime pas non plus sa grosse bagouze en or. Ça aussi c’est ridicule. Obscène même. Ces agents immobiliers sont tous de parfaits crétins, et il n’y en a pas un pour rattraper l’autre. Et celui-ci ne déroge pas à la règle.
— Voilà…On est bientôt arrivés maintenant…Vous allez voir, cela va vous plaire !
— J’espère bien
Il tourne dans un chemin de terre sans même ralentir et mettre de clignotant. Les mecs ont vraiment un gros problème avec les bagnoles. La plupart ne sont que des taffiottes de première mais lorsqu’on leur glisse un volant entre les mains, ils se croient obligés de jouer les durs.
— Le premier voisin est à deux kilomètres.
— Alors c’est parfait !
— Donc, comme ça vous êtes artiste peintre d’après ce que vous m’avez dit tout à l’heure à l’agence ?
— Oui…Une artiste…
— Et vous peignez quoi ?! Enfin je veux dire vous avez une spécialité dans votre peinture ?!
— Oui…Le nu…Je ne peins que des nus…et uniquement des hommes…
Cette fois on a bien failli se prendre un arbre. Il redresse la trajectoire in extrémis.
—…Des hommes…? Vous peignez des hommes nus ?!
— Oui…c’est exactement ça…Seulement des hommes nus !
— …Ah…Et ça se vend bien ce genre de chose ?!
— Ce n’est pas la finalité première, mais pour répondre à votre question ; oui cela se vend même très bien…Il y a beaucoup d’amateurs ou plutôt devrais-je dire d’amatrices pour ce genre de tableau figuratif !
Il ne dit plus un mot maintenant. Moi non plus car je devine très bien forcément ce à quoi il doit penser. Dès que l’on évoque le nu, la nudité, des corps nus quels qu’ils soient, les hommes s’emballent tout de suite. Ils voient toujours le mal là où il n’y a que de l’art. Mais le mal est bien ailleurs monsieur Péchin…
— Et nous y voili ! Alors c’est chouette non ?!
Comme je m’y attendais la maison n’a aucun charme. Elle est absolument parfaite.
— Oui…L’extérieur me plaît déjà beaucoup !
Il sort un trousseau de clés d’une sacoche en cuir.
— Venez…allons voir l’intérieur maintenant…Vous allez être tout à fait surprise !
Évidemment, il me fait le cinéma habituel, mais il est payé pour cela après tout. Et bien payé d’ailleurs. Les serrures résistent un peu, puis finalement il ouvre la porte d’entrée. Une forte odeur de renfermé envahit immédiatement l’atmosphère. C’est très bon signe.
— Allez y…Passez devant…Je vais ouvrir un peu les volets pour que vous y voyez mieux
— Non…ce n’est pas la peine…On y voit bien assez comme cela…Laissez donc monsieur Péchin ! Et la salle de bain ? Où se trouve t-elle ?!
Bien sur, il a été surpris lorsque je lui ai demandé de se foutre à poil. Surpris ils le sont tous et c’est bien normal. Ils refusent catégoriquement de s’exécuter et bafouillent des excuses gênées alors que seulement quelques minutes avant ma demande ils n’avaient qu’une seule idée en tête : me sauter dessus, m’arracher mes vêtements, et me prendre, là, tels de vulgaires bêtes qu’ils sont tous…
Mais lui aussi a fait comme les autres. Il s’est désapé. Entièrement. Face à un Sig-Sauer on ne résiste pas très longtemps généralement quoi que l’on vous prie de faire. Il s’est mis à chialer aussi, tout pareil que les autres avant lui. C’est absolument touchant de les voir pleurer ainsi après tout le mal qu’ils ont pu faire dans leur vie. Qu’ils m’ont fait aussi…
Finalement la baignoire n’était pas assez grande pour ce monsieur Péchin. Ses pieds dépassaient un peu…

BIGOUDIS

Bonjour, voici un nouveau texte écrit aujourd’hui pour participer une nouvelle fois à « des mots , une histoire… » sur le blog d’OLIVIA BILLINGTON. oliviabillingtonofficial.wordpress.com

Les mots imposés étant cette semaine : influenceur – modeler – insipide – saltimbanque – ombre – harmonie – bousculade – mouiller – se perdre – exploiteur – certitude – folie

Préambule :
Arlette L. a dit un jour quelque chose de très beau dans l’un de ses discours radiophoniques :
— …Travailleurs, travailleuses, ne soyez plus jamais l’ombre de vous mêmes, n’écoutez plus tous ces exploiteurs, tous ces influenceurs qui vous promettent monts et merveilles, qui essayent de vous modeler à leur façon ou de vous perdre dans des bousculades inutiles, insipides.Ayez plutôt la certitude de ces saltimbanques qui vivent en totale harmonie malgré cette douce folie qui les anime souvent…
C’est magnifique non…? Moi j’en ai encore les yeux tout mouillés

Voici donc maintenant mon texte :

Aujourd’hui j’ai rencontré ma première influenceuse.
Elle est passée au salon de coiffure accompagnée de son petit chien et d’un type qui la mitraille constamment avec un très gros appareil photo Nikon.
Monsieur Patrick avait prévenu tout le monde hier soir juste avant que l’on ne rentre chez nous.
— Je vous demanderai de faire le maximum mesdemoiselles… Demain nous jouons la réputation de notre salon…!
Il a rajouté qu’elle avait plus de cinquante millions d’abonnés sur son blog et qu’à cause de cela elle pouvait faire la pluie et le beau temps comme bon lui chantait. Il nous avoué aussi que c’était grâce à elle qu’il portait maintenant tous ces petits bracelets en cordelettes colorées autour de ses poignets. C’était devenu trés tendance et cela vous permettait ainsi de bien vous démarquer de la masse des anonymes.
Vous me connaissez, je n’ai pas toujours ma langue dans la poche, alors comme j’y voyais tout de même une sacrée contradiction dans tout ceci j’ai voulu lui dire gentiment que…
— Fermez-la donc Marie-Vonne…! Qu’est-ce que vous y connaissez vous en marketing…Dites moi un peu voir…?! Vous n’êtes qu’une pauvre fille insipide et le resterez surement jusqu’à la fin de votre vie, ma p’tite…!
Le mot insipide vient du bas latin insipidus qui signifie fade. C’est un adjectif qui s’applique très bien par exemple aux soupes lyophilisées en sachet. Son antonyme est sapide qui lui au contraire qualifie quelque chose de savoureux. Monsieur Patrick par exemple est un patron coiffeur homosexuel, exploiteur notoire de la misère humaine, et à la sapide naïveté…
Enfin bref, elle s’est pointée vers dix heures trente ce matin dans une bousculade totalement organisée. Son petit chien qui a avait du se retenir pendant des heures nous a gratifié d’une très belle crotte tout à fait odorante et qu’il a déposée adroitement au beau milieu du salon. Alors que je m’apprêtais à marcher dedans pour que cela me porte bonheur, monsieur Patrick s’est empressé de la ramasser et de la fourrer dans un petit sac en plastique qui nous sert d’habitude à emballer les bigoudis.
— Je la mettrai aux enchères sur Ebay…! qu’a t-il dit, le gros pépère, joyeux comme tout. Le ton était donné d’entrée, nous allions assurément passer une très très bonne journée.
Elle était beaucoup trop maquillée la gamine, mais personne ne semblait en faire vraiment cas, aussi obtenant, et à raison, l’infime privilège de lui laver les cheveux car je suis la meilleure shampouineuse de tignasse du salon, et de très loin s’en faut, je me suis particulièrement appliquée et cela comme jamais jusqu’à présent, faisant surtout très attention à ne pas lui mouiller le col de sa si jolie petite robe à paillettes qui la modelait adorablement, mais remarquant tout de même au passage que contrairement au gros Nikon numérique de ce type qui nous prenait sous tous les angles et notamment en contre-plongée artistique, qu’elle avait des pellicules plein la tête. Ne voulant pas évidemment gâcher l’harmonie de cette rencontre exceptionnelle je me suis bien gardée de lui en faire la remarque…
Ensuite, c’est monsieur Patrick en personne qui s’est occupé de la coupe de la demoiselle. Il lui tournait autour comme une grosse mouche à merde autour d’un tas de fumier. L’image n’est pas très belle j’en conviens avec vous, si ce n’est peut-être pour un entomologiste, mais c’est toutefois la première qui me vint à l’esprit sur le moment.
— Coupe classique, mèches auburnes, droite-gauche, dégradé filant, frange oblique, pas trop haut sur la nuque, finition rasoir à la main, coloration bio, masque capillaire, tartinage délicieux, poudre d’or et d’argile, baume démêlant, blow out, ombre exquise…?!
Elle a eu finalement droit à la totale…
Josette qui s’occupait de ses ongles pendant tout ce temps me jetait régulièrement des regards affolés. Notre Josette, elle n’a pas fait des grandes études comme moi car elle ne possède en tout et pour tout qu’un modeste certificat d’onglerie, obtenu d’ailleurs d’après ce qu’elle avait bien voulu me raconter à mi-voix dans nos vestiaires, dans des conditions d’attribution du dit diplôme fort peu reluisantes, qui engagèrent non seulement une bonne partie de ses maigres économies mais aussi l’intégrité de plusieurs de ses orifices naturels plus ou moins intimes.
— Mais tu sais Marie-Vonne… Quand on veut vraiment quelque chose il faut aussi savoir s’en donner les moyens… !
Midi sonnait déjà à la grosse pendule baroque que nous a refilé le représentant de la maison Schwarzechekoff, qu’un traiteur du quartier nous déboulait avec une multitude de plats vegan sur les bras.On organisait alors à la hâte des tables de service aux nappes brodées de pur fil de vigognes andines et des bouchons de champagne Moët et Chandon roulaient bientôt en cascade sur le sol carrelé de faiences vernissées comme à l’ancienne, et tout cela dans un joyeux brouhaha plutôt indescriptible. Un saltimbanque marocain, dont on avait également loué les services pour l’occasion, jonglait avec des fers à friser électriques et des ciseaux à dents de chien tandis que monsieur Patrick s’empiffrait goulûment de roulés au fromages de Norvège servis frais sur un lit d’algues ondoyeux. Tous alors, autant que nous étions, avions la certitude à cet instant de vivre un moment de notre vie assez extraordinaire…
C’est un peu après que cela c’est gâté légèrement… Monsieur Patrick avait placé la blogueuse sous le casque à frisettes et dans l’ivresse de la fête en avait complètement oublié l’heure qui passe si vite et qui pourtant s’affiche en très grosses aiguilles sur la fameuse pendule Schwarzechekopff dont je vous ai déjà causé… C’est la fumée qui nous a alerté…
Josette, qui a très peu de qualités et c’est vraiment peu de le dire, mais qui est très souple et prompte à la détente, s’est jetée immédiatement sur un extincteur qui traînait mollement dans un coin… mais malheureusement le mal était déjà fait…
Monsieur Patrick eut beau se perdre en excuses baveuses et en jérémiades plaintives, rien n’y fit… La chevelure de la belle ainsi que la partie étaient définitivement perdues…
Ainsi, Elle, son petit chien, le photographe, le traiteur, et le jongleur marocain quittèrent sans attendre le salon dans un élan commun qui ne laissait rien augurer de bon pour la suite.
La folie gagnait dès lors monsieur Patrick. Il était complètement abattu, l’oeil dans le vague, la mise en pli défaite, un fou rire remplaçant des pleurs dans la minute… Nous mêmes, toutes solidaires de son malheur, n’étions pas dans notre assiette.
— Faut pas vous en faire comme ça monsieur Patrick…J’ai peut-être une solution pour nous sortir de là… ai-je dit alors.
— …Hein…?
— Ouais…Nous aussi on peut lui faire beaucoup de mal si on le désire…
— Quoi…?! Comment ça…?
— …Elle a des pellicules…!

BUZZ…

Il tenait absolument à ce que je l’appelle Ernest. Ernest Salgrenn…
Cela a commencé il y a environ deux ans maintenant.
Au tout début, je n’y ai pas prêté plus attention que cela. Cela me paraissait très anodin cette histoire et il n’y avait pas vraiment de quoi s’inquiéter outre-mesure.
Les premiers jours de son arrivée, je me souviens avoir commencé par griffonner quelques mots par-ci par-là sur des bouts de papier qui traînaient dans la maison. Des bribes de phrases sans conséquence aucune. Simplement pour ne pas oublier car cela pourrait peut-être me servir plus tard.
Puis j’ai acheté une rame de feuilles. Cinq cents pages d’un coup, parfaitement blanches.
— Mais qu’est-ce que tu vas faire avec tout ce papier…?! que m’a demandé ma femme Jacqueline lorsqu’elle m’a vu revenir de chez Buroman
T’inquiètes pas, j’ai ma petite idée là-dessus ! que je lui ai répliqué déjà très sûr de moi.
Ma Jacqueline, dès le début, j’ai bien vu qu’elle essayait de me mettre des bâtons dans les roues…
Elle n’est pas méchante, mais elle ne comprend rien à l’écriture n’ayant pas été éduquée dans ce sens. Et j’ai très vite compris, malheureusement, qu’elle ne me serait d’aucune aide dans mon entreprise…
C’est à partir de là que j’ai véritablement commencé à écrire sérieusement. J’avais tout le nécessaire maintenant pour travailler. Pour débuter sur de bonnes bases, j’ai cherché un titre à mon histoire. Et croyez-moi, ce ne fut pas si facile, cela me prit presque un bon mois…
Écoute donc ça Jacqueline : « Double je »…c’est pas mal ça comme titre non ?!
— Parce que tu comptes vraiment écrire un livre…toi…?!
Je ne sais plus trop si c’est moi, ou bien peut-être Ernest qui me l’a soufflé, mais à ce moment précis, j’ai su qu’avec Jacqueline cela ne durerait plus très longtemps nous deux. D’ailleurs je ne me trompais pas, car quinze jours plus tard elle retournait vivre chez sa mère. Et c’était finalement beaucoup mieux ainsi à vrai dire. J’avais maintenant le champ libre pour me consacrer entièrement à mon roman qui serait sans aucun doute possible le chef-d’oeuvre que le monde entier attendait depuis des années.
J’écrivais sans relâche. Des journées entières. Des nuits entières aussi. Ernest me dictait tout et je n’avais plus qu’à recopier au propre. On avançait à vitesse grand V. Dans le même temps c’est lui aussi qui eu l’idée pour le blog.
Fais moi confiance…cela te permettra de te faire connaître plus rapidement en faisant le buzz !
Et il avait du pif pour la promo, immédiatement j’ai eu des centaines de followers. Beaucoup de femmes au début, car elles adoraient toutes ce petit chat que j’avais pris comme avatar. Et elles me likaient à perdre la tête. Puis très rapidement, j’ai fait le buzz effectivement. Ernest avait encore raison pour ça. Le buzz c’était vraiment ce qu’il y avait de mieux de nos jours pour avancer plus vite sur le chemin de la notoriété. On brûle si facilement les étapes avec des buzz sur l’internet. Et à mon tour, voilà que je devenais une vedette du web…
Alors on a commencé à me contacter. Le téléphone sonnait sans arrêt à la maison. Des éditeurs de la France entière qui voulaient me voir, me parler, m’entretenir de mon avenir littéraire qu’ils jugeaient tous si prometteur. Je croulais sous les demandes alors même que mon roman n’était pas encore terminé. Amélie Nothomb en personne m’a appelé un jour :
Oh…J’adore vraiment ce que vous faites…Vous avez tellement d’imagination…!
Mais Ernest a dit que l’on devait rester calme et ne pas perdre de vue notre objectif final.
Faisons les poirauter, ils n’aimeront pas ça et cela fera monter les enchères…!
Je n’avais aucun avis là-dessus mais je lui faisais encore une fois entièrement confiance. J’avais beaucoup maigri aussi. Et je ne sortais presque plus de chez moi. J’oubliais de me laver parfois. Je filais certainement un très mauvais coton mais j’écrivais toujours. Toujours et toujours. Sans répit jamais. Je n’avais absolument plus que cela en tête… écrire… et écrire encore… l’unique chose qui comptait pour moi maintenant.
Puis, un matin, bizarrement, Ernest n’était pas là.
Inquiet, j’ai attendu un peu, le front appuyé contre une vitre du salon, regardant fixement l’horizon. Je n’avais plus rien dans la tête. Un terrible silence intérieur, oppressant, m’envahissait lentement.

J’ai fini par me recoucher en me disant que j’avais peut-être raté quelque chose d’important dans la nuit ; Ernest arrivant le plus souvent à l’improviste lorsque je dormais encore…
Et je restai comme cela, à attendre. Longtemps. Toute une journée.Puis encore une autre ensuite. Mais toujours rien. Et alors cette fois j’ai compris ; Ernest ne viendrait plus jamais me voir. C’était fini.
Aujourd’hui j’ai laissé une lettre sur ma table de chevet. Elle raconte mon histoire, mes espoirs déçus, ce roman inachevé, ma célébrité avortée, et cet Ernest à qui je ne demandais rien pourtant et qui s’était tellement moqué de moi…

Bip…Bip…

Pour certains le bonheur ne tiendrait parfois qu’à un fil…
Mais là, aujourd’hui, à cet instant précis, j’étais au sommet. Au sommet du monde.
…Ici camp de base pour Nénesse… Tu m’entends Nénesse… ? Alors c’est comment là-haut… ?
Nickel… ! Moins trente-cinq… Pas un nuage… et pas plus de vingt-cinq kil de zef… ! Nickel les gars !
Et Nono… ? Il est avec toi Nono… ?!
Non… mais il arrive… Je le vois… Il arrive…!
Nono c’est Norbert. Et Norbert est mon ami. Il est Suisse alors comme tous les Suisses qui se respectent il a un chrono planté dans le cul… On s’était promis d’être tous les deux vers six heures au sommet, il est pile six heures, et le voilà mon Nono !
Et maintenant on va le faire. Juste le temps de déplier les voiles des parapentes et cette fois-ci on va le faire notre grand saut…
Devant moi le panorama est extraordinaire. J’aperçois et je domine d’autres montagnes de légende dépassant allègrement elles aussi les huit mille mètres, comme le Kangchenjunga, le Makalu, et surtout le Lohtse, là sur ma droite, avec ses impressionnantes arêtes verticales… Derrière, dans mon dos, je regarde à peine, car ce sont les plateaux tibétains chinois. La Chine et son milliard de Chinois. Et tout ce que j’exècre le plus en réalité.
Nono arrive enfin. Il souffle comme un bœuf le salaud.
Il est quelle heure…?!
Quand je vous le disais qu’ils sont complètement zinzins ces Suisses avec leur manie du timing !
Six heures cinq… T’es encore à la bourre comme d’hab’… !
Fais pas chier Nénesse ! J’me suis juste trompé de route au dernier rond-point… !
Il est con mais je l’aime bien. Je pense aussi qu’il n’a pas aimé le ressaut Hillary. C’est peut-être un peu trop raide pour lui.
Enfin, on était heureux tous les deux. Fatigués mais heureux.
Pourtant dans moins d’un quart d’heure Nono sera mort. Et moi je ne vaudrai guère mieux…
Et si plutôt le bonheur ne tenait qu’à un fil de suspente…


Je n’aime pas quand ils laissent la lumière allumée dans le couloir. Je préfère être totalement dans le noir. Et puis il y a cette putain de machine qui fait « bip », exactement la même que celle du film des Monty Pythons, et qui me rappelle toutes les deux secondes que je suis encore en vie…Saloperie de machine…!
Hier j’ai réussi à soulever un doigt de la main gauche.
Bravo…c’est vraiment bien… ! que s’est exclamé cet abruti de kiné.
Et en plus, espèce de connard, tu le sais ou pas que je suis droitier à l’origine… ?!
Qu’est-ce qu’ils peuvent bien m’emmerder tous à vouloir que je bouge quelque chose. Ils le savent pourtant bien, eux, que je ne marcherai plus jamais ou bien que je ne tiendrai plus jamais quelqu’un serré bien fort dans mes bras. Quelqu’un comme mon ami Nono par exemple…
Il y a une petite infirmière tout de même qui m’est bien sympathique dans le lot , et, de celle-là, c’est vrai que j’en aurai sans aucun doute fait mon sherpa il y a à peine quelques semaines de cela.
Elle est rigolote cette gamine. Elle me cause de son beau-frère pendant tout le temps qu’elle fait ma toilette ou qu’elle me change mes perfusions de glucose. Son beau-frère Raymond qui a fait l’ascension du Mont-Blanc l’année dernière.
Dites…c’est pas mal quand même le Mont-Blanc… ?!
…Face nord ou voie normale… ?!
…Ah…Je sais pas… ! Faudra que je lui demande… !
Moi, la grimpette je lui en expliquerai bien volontiers toutes les modalités si j’en avais encore les moyens. Mais ça aussi ça ne fonctionne plus. Je crois même qu’ils m’ont foutu un tuyau en caoutchouc au bout alors comme ça n’importe comment l’affaire est réglée.
Vous habitez encore chez vos parents… ?!
Mais qu’est-ce que j’peux être con des fois…
Bon… Il me reste quoi… ? Mes deux yeux… et la langue… ! C’est pas bézef mais on a bien le droit de tenter quelque chose non… ?!
Tiens… La machine qui fait bip ne doit plus fonctionner. En tout cas je ne l’entends plus depuis un petit moment. C’est marrant mais ils ont dû éteindre la lumière dans le couloir aussi… Y’a du progrès… Il était temps qu’ils comprennent… Mais maintenant faudrait aussi qu’ils me montent un peu le chauffage… J’ai les pieds complètement gelés… Ah… Je crois que revoilà la petite infirmière… Mais… mais non… Hé ben merde alors… ! C’est mon copain Nono qui s’amène…

JOLIES VACANCES

Voici un texte écrit ce matin pour participer à « des mots , une histoire… » sur le blog d’OLIVIA BILLINGTON. oliviabillingtonofficial.wordpress.com

Les mots imposés étaient : Finistère (facultatif, en principe pas de nom propre) – canard – oxyder – bouteille – claquement – brioches – souvenir – explorer – découverte

Jolies vacances
Nous voilà partis comme tous les ans, début juillet, sur notre île.
Notre île du bout du monde. Du bout du Finistère en tout cas mais cela est exactement la même chose pour nous.
La DS est pleine à craquer. Papa au volant engueule maman. Nous autres, derrière, on mange des brioches et du chocolat en comptant toutes les voitures que l’on croise. On est heureux comme tout. Ca y est ; c’est les vacances…!
A l’entrée de St Méen le Grand, le moteur nous a fait un claquement sec que papa n’a pas aimé du tout.
« Pas normal ce bruit…Ca tourne sur trois pattes…Peut-être une soupape qui s’est oxydée…! »
« Vous savez les enfants que c’est ici qu’est né Louison Bobet…?! » qu’a dit maman qui adore les coureurs du tour de France, en ouvrant une bouteille de limonade.
Et j’ai noté tout cela sur mon journal intime car je note tout sur mon journal intime. Même les choses les plus insignifiantes, sachant bien que je ne pourrai pas me souvenir de tout plus tard lorsque je serai devenue grande.
« Dis maman c’est encore loin la mer…? » que demande le petit Bernard bien décidé à gonfler sans attendre sa nouvelle bouée canard.
« Non mon chéri…On y est presque… »
Moi aussi j’ai hâte d’arriver. Il nous reste encore tellement de choses à explorer sur notre île…Et peut-être même, qui sait, apercevrons-nous cette année cette mystérieuse citée d’Ys dont on nous a tant parlé, engloutie sous les eaux depuis des siècles et enfin découverte aux grandes marées d’équinoxe…
« Tiens une 2CV verte…! »

ANGORA

J’ai trente ans.
Seulement trente piges au compteur mais aujourd’hui je me suis pris comme un sacré coup de vieux dans les ratiches.
Parce qu’elle va me quitter. Non, elle me quitte…
Marie-Christine me l’a annonçé tout à l’heure dans le hall de cet aérogare.
Eh bien mon vieux…fallait donc que ça te tombe dessus…sans crier gare…Voilà qu’elle se barre !
C’est quoi tout ce mic-que-mac-que ?! Et nous v’là plantés sur le tar-ma-que !
Le gugus assis à coté de moi perd patience, et il n’a pas l’air commode derrière ses grosses lunettes d’écaille…
Boudiou…! On va pas y passer les fêtes de Pâ-ques ?! Ah les canailles…ah les coq-quins…quelle putain d’ar-na-que !
Notre avion pour Toulouse est en carafe. Et je meurs de chaud. Le col de chemise je dégrafe, tandis qu’une hôtesse vient lui servir un digestif qu’est déjà le deuxième qu’il s’envoie dans le pif.
Cinq ans. Cinq ans de vie commune tout de même ce n’est pas rien…On s’installE, on prend des habitudes…Comprends pas ce qui m’arrive…revenir en arrière peut-être…rembobiner le film et faire le point…et faire…
…Faire preuve d’un peu de patience meusieu…! Devoir regonfler un peu-neu de not’ Caravelle !
Et moi c’est l’mou d’veau que vous me pompez…! Alors magnez-vous le train…d’atter-ris-sa-ge ! Suis carac-té-riel…!
J’en profite pour commander la même chose que lui, un double baby on the rocks. Rien de mieux pour décompresser rapido-presto avant notre montée aux cieux.
Alors mon poto, toi aussi tu pico-les…?! La Johny Wal-ker air-lin-ne ?! Hello…bonjour la compagnie d’aé-ro-nefs ! Et foutez-nous donc l’air conditionné…putain de co-ca-gne ! C’est dingo ça…Voulez qu’on crève tous la gueule ou-ver-te dans votre car-lin-gue en zin-gue ?!
Sur que c’est la loose ici…! Et vous, vous êtes de Toulouse aussi ?
Ô Toulouse…Ô mon païs-se ! Un torrent de cailloux rou-le dans mon ac-cent…!
Déjà vu cette vilaine tronche de métèque…déjà vu l’animal qui ronronne…déjà entendu ce passage lyrique en occitan…
Peine de coeur-re hein mon gamin…? Et dis pas non, fais pas ton ma-rio-le…J’vous ai vu tout à l’heu-re ! Pas facile avec nos bon-nes fem-mes ! Tu sais la mienne aussi elle me tan-ne, mais moi je m’en tamponne le coq-quillard !
Mais de quoi je me mêle l’ostrogoth…?! Est-ce que je lui demande moi si son couple bat de l’aile ?! Peine de coeur ? Et alors, ça me regarde non… ?!
L’hôtesse rapplique avec le whisky… et celui-là c’est pour bibi…
Et vous auriez pas des caca-ouè-tes ? Des caca-ouè-tes nom d’un chien…! Et puis un autre whisky la baronne du coq-que-pit…! Allez bon dieu et que ça pè-te !
Vrai…vous avez raison…elle me quitte…Cette fois j’ai trop déconné j’crois bien… « Me prends pas pour une pomme…ma patience a des limites ! » Et le coeur quand ça ne bat plus qu’elle m’a dit aussi c’est plus possible tu vois. Plus possible nous deux…
Et cul sec mon baby. Mon baby, ô mon baby…Et pourtant j’y crois encore…Oui j’y crois tellement encore…
…Elle voudrait une maison…
…Avec des tuiles bleues…?
…Je sais pas ! Et un gamin aussi qu’elle veut…et puis un chat…
…An-go-ra…?!
Ouais…Putain comment vous savez-ça…?!
Cherche pas minot…C’est intra-sè-que ! On va t’écrire une chanson…! Avec les tripes, avec les tripes ma ron-del-le qu’on va t’écrire ta ri-tour-nel-le…! Et tu verras…Tu verras qu’elle va revenir ta jolie pou-li-che en sueur tou-té-mer-veil-lée de bon-heur…!
Comment ça une chanson…? Vous êtes sur de vous…?!
Un peu mon garçon…! Et ces caca-ouè-tes…? Alors ça vient ces caca-ouè-tes…?! Faudra pas attendre que j’vous tombe un pour-li-che…!
Ils ont enlevé la passerelle.

Et on a décollé…

CENT CINQUANTE A L'HEURE…

Maman reste à la maison pour s’occuper de nous.
Notre père, lui, il transporte des poulets congelés dans son trente-huit tonnes jusqu’au fin fond de l’Allemagne, à Bremerhaven, d’où les poulets embarquent ensuite sur un bateau en direction de la Finlande, le pays qui se trouve juste en face et où l’on bouffe énormément de poulet.
Et ensuite pour pas rentrer à vide, un petit crochet au retour par l’Italie pour charger des beaux gigots d’agneaux. Et la boucle est ainsi bouclée…
Maman reste à la maison mais quand tout se passe bien le père fait ses deux voyages par semaine.
C’est à dire quand on ne l’enquiquine pas de trop à la douane allemande avec les papiers du chargement. Ce qui arrive assez souvent malgré tout car les Allemands il parait qu’ils ne rigolent pas avec ça. Et avec tout le reste non plus. Alors qu’avec les douaniers ritals c’est toujours beaucoup plus facile ; suffirait juste de leur glisser un petit bakchich pour qu’ils ferment les yeux.
Le samedi est le jour de la semaine où notre père rentre de sa tournée internationale. Et ce n’est pas un jour comme les autres chez nous…
C’est le jour de la torgnole pour tout le monde.
Sauf pour la petite Françoise bien sur qu’est encore trop petite pour en profiter. Pour le moment elle regarde les évènements de loin sur sa chaise haute. En chialant un peu quand même.
Mais tous les deux avec mon frangin Bernard on y passe à chaque fois, pour nous c’est recta et bien réglé comme sur du papier à musique…
Et pour Maman aussi. Comme elle ne peut s’empêcher de lui dire qu’il frappe beaucoup trop fort, et que cela ne lui plait pas au père, finalement elle dérouille aussi du coup. Mais après ça c’est plus calme à la maison. Et l’on respire beaucoup mieux une fois que c’est fini.
Et puis le lendemain, le dimanche, comme si de rien n’était, notre père, il nous fait des patates frites parce que c’est une vieille coutûme dans la région du nord de la France où il a passé toute sa jeunesse.
C’est vrai que pour accompagner le poulet y’a vraiment pas mieux que de bonnes patates frites bien dorées. Mais avec le gigot d’agneau c’est très bon aussi.
Ensuite l’après-midi du dimanche, il la passe à préparer son bahut avec beaucoup de soin. Quelques fois il nous fait monter là-haut, dans la cabine, avec mon frangin Bernard, pour qu’on y voit bien par nous-même comment que c’est drôlement confortable là-dedans, et puis que tu domines tout aussi, et puis que sur le pare-brise il a collé un vach’te d’auto-collant géant : « les routiers sont sympas »… Ouais j’vous le jure, sympa que c’est écrit dessus en grosses lettres toutes rouges !
C’est juste après le repas du dimanche soir qu’il reprend la route pour l’Allemagne, notre père, parce que le ruban est plus long que large comme il dit tout le temps.
Et alors que je devrai surement pas le penser, au fond de moi ça me fait comme un soulagement de le voir partir.
Maman elle dit que ce n’est pas une vie. Qu’elle ne tiendra pas le coup longtemps comme ça et puis qu’on avait intérêt à bien se tenir à carreau sinon elle raconterait tout à notre père le samedi suivant quand il reviendrait. Mais nous avec mon frêre on s’en fiche pas mal parce que l’on sait très bien que quoi que l’on fasse n’importe comment ; on n’y coupera pas à la torgnole…
On habite en pleine campagne. Autour de nous il n’y a rien que des champs à perte de vue. Des champs et puis quand même les hangars de monsieur Gastinel. C’est lui qu’est notre proprio et également le patron du père. Et c’est là, dans ces hangars très moches, que sont tous les poulets. Des milliers de poulets qui attendent leur tour pour partir en Finlande.
Moi aussi j’aimerai bien voyager loin d’ici. Peut-être pas en Finlande pour commencer mais plutôt en Amazonie où ça me plairait tellement d’y aller voir.
D’y aller voir par exemple ces fameux Yanomamis qu’on nous raconte qu’ils vivraient à poil toute l’année.
Notre père a déclaré une fois qu’il nous emménerait avec lui un jour, Bernard et moi, et que l’on dormiraient derrière dans la couchette du bahut pendant qu’il conduirait toute la nuit, et sans jamais s’arrêter, même pas pour pisser, qu’avec ses cachets de Maxiton il pouvait le tenir longtemps le manche, mais maman lui a dit qu’il ferait bien mieux de trouver un autre boulot qui payerait plus, et avec lequel il serait à la maison plus souvent, plutôt que de nous foutre des idées comme celles-là dans la tête.
Autour de notre maison il n’y a rien donc. Enfin rien sauf les hangars moches de monsieur Gastinel, et le grand circuit automobile dont je ne vous ai pas encore parlé jusqu’à présent.
Pourtant c’est là que nous passons toutes nos journées libres avec les copains. On se faufile par dessous le grillage pour y entrer en douce. Après on se couche tous dans l’herbe, les uns bien serrés à coté des autres, à regarder toutes les bagnoles de course qui nous frôlent, parfois à moins d’un mètre, que quand on rentre le soir à la maison on a tous les oreilles qui bourdonnent encore terriblement. Des fois cela dure même toute la nuit ce bourdonnement qu’on se ramène avec nous dans les tympans. Norbert, qui est mon meilleur pote dans notre bande, et qui a eu ses douze ans comme moi, mais lui c’était en avril son anniversaire, dit qu’on risque tous notre peau à faire ça et puis qu’un jour on se fera surement choper et qu’alors on passera un mauvais quart d’heure ça c’est sur comme deux et deux font quatre.
Mais on y retourne quand même parce que c’est plus fort que nous.
Et puis Norbert c’est un pétochard de première, si on l’écoutait on resterait tous là à rien faire d’intéressant de nos journées.
A force je les connais toutes les marques des bagnoles de course, même s’il faut avoir un oeil bien exercé pour les reconnaitre à la vitesse où elles nous passent devant la bobine. Mes préférées à moi ce sont les Porsche…Norbert lui il dit que les Ferrari sont les plus belles et les plus rapides aussi, et que les Porsche ne valent pas un pet d’lapin. On s’est même déjà foutu un peu sur la gueule à cause de ce désaccord d’ordre mécanique.
Une fois que j’étais allé avec Norbert justement sur le circuit, et que l’on s’étaient bien planqués comme d’habitude tous les deux à plat ventre dans les herbes du talus, y’en a une de bagnole de course qu’est tombée en panne juste devant nous…
Le pilote est descendu de son bolide et a enlevé son casque. Il était à peine à trois ou quatre mètres de nous, mais il ne nous avait pas encore vu à cause qu’on n’avaient pas moufté d’un poil avec mon Norbert. J’ai tout de suite vu que c’était une Porsche la caisse. J’étais aux anges vous pensez bien, même si j’avais une sacrée frousse tout de même…
Le pilote quand il s’est retourné vers nous, moi j’l’ai reconnu de suite. Et que même j’en croyais pas mes yeux de voir ça…
Chez Norbert, ils n’ont pas la télévision alors forcément il ne pouvait pas le reconnaitre ce type là…
Ses parents à Norbert c’est des Espingouins, des qui ont fuit le régime de Franco parce qu’ils n’avaient pas les mêmes idées que tous les autres là-bas dans leur pays. Son père à Norbert, que Norbert il appelle toujours papa, quand y cause en français on comprend absolument rien à ce qu’il raconte, et c’est lui qui s’occupe des poulets à monsieur Gastinel. Il peut en zigouiller jusqu’à cent cinquante à l’heure. J’ai calculé que ça en faisait plus de deux à la minute tout de même…
Nous, notre téloche, c’est le frère à maman qui nous l’a donné. Tonton Amédé qu’il s’appelle. Il vit à Paris et il est plein aux as. Des postes de télévision y paraitrait qu’il en a déjà quatre chez lui, alors celui-là il nous la refilé parce que l’image elle saute tout le temps et que ça lui coûterait bien trop cher pour la faire réparer. Notre père y dit que c’est un gros con de richard le tonton Amédé mais sa télé il la regarde quand même.
R’garde Norbert… t’as vu qui c’est… ?! C’est Josh Randall !
Moi, les épisodes d’ « Au nom de la loi » je n’en rate jamais un quand ils passent à la télé, mais là pour le coup je n’avais pas vraiment le temps de lui expliquer tous les détails du feuilleton à Norbert… Josh Randall nous avait vu…
Hey…! K’est-ce que you faire ici boys ?!
C’était curieux mais il n’avait pas du tout la même voix qu’à la téloche et surtout il parlait beaucoup moins bien le français, Josh Randall. Un peu comme le papa à Norbert mais en nettement mieux tout de même.
Normalement on aurait du se barrer en vitesse avec Norbert mais on était comme tétanisés sur place tous les deux. Il s’est avançé vers nous et a fait un geste de la main pour qu’on se lève de là.
…Dangerousse…Very dangerousse boys…! You pas rester ici…!
On s’est relevé mais on tenait à peine debout tellement on avait les guiboles qui flageolaient avec Norbert.
Vous êtes Josh Randall monsieur…?! Hein… Je vous ai reconnu tout de suite vous savez… Vous êtes bien le Josh Randall de la télévision…!
Josh a souri. Et il est vraiment magnifique lorsqu’il te sourit comme ça à pleines dents Josh…
Yes…Josh Randall ! You connaitre Josh Randall frenchie boy ?!
Il a fait semblant de nous tirer dessus avec une carabine rien que pour nous prouver que c’était bien lui en chair et en os, mais il n’y avait plus du tout besoin de ça, car même mon Norbert, qui ne l’avait pourtant jamais vu de sa vie, savait maintenant que c’était lui…
Le camion de dépannage lorsqu’il est arrivé cinq minutes plus tard, et qu’il a embarqué la Porsche à Josh, il nous a embarqué aussi.
C’est Josh qui a insisté pour que l’on vienne avec lui et on a bu une bouteille de Coca-cola tous ensemble à l’arrière du camion. Et encore une autre bien plus fraîche une fois arrivés au stand. Josh il ne nous lâchait plus d’une semelle maintenant, et il nous a offert la visite des lieux tout comme si on était devenus des personnes very importantes pour lui. Il tournait un grand film de cinéma qu’il nous a raconté dans sa langue américaine… Un très grand film de cinéma qu’il a dit.
…Et voilà qu’avec tout ça, le sourire de Josh, et les Coca-cola, et tout le reste aussi, mon Norbert il n’avait plus peur du tout, et même que je crois bien qu’il commencait à les aimer un peu mes Porsche mon Norbert…Et moi…Oui, même que moi avec tout ça, les cocas, et puis tout le reste aussi, j’en oubliai presque que demain on était déjà samedi…